Notre Président est un pur produit de l'ENA, Ecole Nationale d'Administration, dont j'ai pu cotoyer içi et là quelques uns des "produits" qu'elle fabrique pour servir l'Etat. Des personnes qui étaient originellement prévues devenir des hauts fonctionnaires de cet Etat et que les hasards des ambitions humaines et des dérives des institutions ont surtout projeté dans le grand cirque de la politique et des médias. C'est dire qu'il doit y avoir plus à gagner dans un domaine que dans l'autre.Une école dont la "France",- ou plutôt ceux qui s'expriment au nom de la France mais souvent à titre personnel-, sommes, parait il, très fier mais qu'aucun autre pays au monde n'a néammoins copié.

J'ai pu apprécier la grande qualité de parole et le pouvoir de conviction de ses élèves et diplomés qui sont tout à fait capable de démontrer, sur un sujet donné, une chose et son contraire avec brillance et conviction. C'est ce que l'on appelle la thèse et l'antithèse, c'est à dire défendre sur un sujet, une position donnée puis la position contraire. Un exercice que l'on apprend aussi dans d'autres écoles ou professions grandes pourvoyeuse d'hommes politiques comme Sciences Po ou le métier d'avocat. Il faut savoir, quand on écoute un homme politique s'exprimer sur un certain sujet, qu'il a été formé à pouvoir défendre, avec le même talent, une position sur ce sujet et l'inverse de cette position!

C'est à mon sens à cet exercice que s'est livré Notre Président, à Leipzig, en ex Allemagne de l'Est, à l'occasion de la célébration de l'anniversaire du SPD l'équivalent allemand du PS. Depuis des années, notre PS à nous affichait des positions politico-économiques différentes de celles de ses équivalents allemands ou britanniques, des positions de "tout est possibleisme économique" qui les ont amenés à défendre des politiques contraires à celles de leur collègues allemands ou britanniques. Eh bien, à l'occasion de Leipzig notre Président vient de défendre le train de réformes économique et sociales que le Chancelier Schröder avait lancé en 2003 et mis en place par la suite et qui visaient à restaurer la compétitivité de l'économie allemande en revenant sur certaines avancées sociales que la situation économique, en Allemagne comme en France, avaient permis d'instituer. Ce furent des réductions de prestations de santé, de retraite, d'allocations chomage voire salariaux, des baisses d'impôts ciblées pour les entreprises, bref ce que l'on a qualifié de facon plus globale comme la réforme de l'Etat Providence. Des reformes qui ont été difficiles à faire passer et ont donné lieu à des manifestations colossales pendant des semaines contre en particulier les lois Harz qui facilitaient les restructurations et les licenciements. Ce sont ces réformes qui ont permis à l'Allemagne d'absorber les énormes coûts liés à la "reprise" de l'Allemagne de l'Est et, plus tard, à maîtriser le chomage qui est tout de même pâssé de 9,8 à 5,4 pct en dix ans

François Hollande a donc prononcé des phrases étonnantes par rapport à ses actions récentes au pouvoir en France. Je cite: "Le progrès c'est aussi de faire des réformes courageuses pour préserver l'emploi et anticiper les mutations sociales... Elles ont permis à votre pays d'être en avance sur d'autres" ou encore "Ces décisions ne sont pas facile à prendre,mais rien ne se construit de solide en ignorant le réel" ou "Le réalisme ce ne'st pas un renoncement à l'idéal, c'est le moyen le plus sur de l'atteindre".

Etonnant, quel grand écart par rapport à sa manière de conduire les affaires en France à coup de matracage fiscal, de mépris de l'entreprise et de déni des mérites des preneurs de risque. Etait ce l'exercice intellectuel d'antithèse que je mentionnais plus haut? Etait ce la necessité de plaire sur ces terres à l'Allemagne dont on sait qu'elle nous tient par sa puissance financière et par un euro qu'elle tient à bout de bras? Etait il sincère dans ces dires et dans ce cas la suite devrait en être un changement de politique tout à fait considérable et auquel les français ne me semblent pas préparés? Je ne sais.

En tous cas voila un discours qui va amener des réactions violentes chez les "Toutestpossibleistes" que l'on n'avait pas prévenus qu'ils faudraient qu'ils virent leur cuti, comme Benoit Hamon ou Marie Noelle Lienemann. Celle ci a annoncé la couleur en déclarant: "J'ai bien vu les déclarations de l'ex camarade Hollande, c'est consternant". Harlem Désir était lui au courant si j'en juge par son "Discours offensif et résolument européen, salué par une standing ovation de nos camarades allemands" ou" Ce n'est pas vraiment un éloge sur Schröder, c'est un éloge sur la capacité à réformer et à mettre le pays au travail".

A moins que, chez François Hollande dont on sait que c'est une des qualités reconnues, la Synthèse n'ait finalement pris le dessus sur la Thèse et l'Antithèse !!