• Dans l'industrie nucléaire, vu le coût de construction des unités de production, la durée d'exploitation des centrales est devenue la variable d'ajustement de l'exploitation de ces centrales, d'autant plus que la fermeture de l'exploitation d'une centrale est loin d'être la fin des coûts d'exploitation qu'elle a à supporter. Il faut en effet prendre en compte les frais de démantélement de la dite centrale dont on sait qu'ils sont extrémement coûteux sans qu'il existe pour le moment d'historique sérieux de ces coûts.

    Autre élément  à prendre en compte désormais, le coût d'entreposage , pour des centaines de milliers d'années, des produits de dégradation à forte activité radioactive de la réaction nucléaire qui sont devenus incontournables à traiter et dont on commence seulement à appréhender les coûts.A titre d'exemple, on vient pour la première fois d'estimer le prix de construction d'un site de stockage  de ces produits hautement radioactifs sur le site de Bures en Haute Marne. Il est estimé à 30 milliards d'euros pour la totalité des résidus émanant des 58 réacteurs actuels existants, sans compter les coûts de gardiennage de ces déchets, année après année. La aussi une poursuite de l'exploitation de dix ans ou plus d'une centrale diminuera fortement les coûts de cet entreposage et gardiennage.

    Les américains sont déjà passés, dans leur procédure standard de fixation de la durée de vie d'une centrale, de la durée classique des 30 ans à une durée contractuelle de 40 ans assortie d'une durée supplementaire de 20 ans sur demande de l'exploitantL'autorité nucléaire américaine,la NRC, a d'ailleurs déjà accordé des licences de 60 ans pour 8 réacteurs. Elle vient de lancer en plus, fin 2015, un projet de définition des techniques et des méthodes d'exploitation acceptables par la NRC pour pouvoir amener la durée d'exploitation des centrales jusquà 80 ans. Ce projet qui regroupe exigences techniques et méthodologiques est en consultation publique.Les opérateurs devront démontrer comment ils gèreront matériaux et éléments les plus susceptibles d'être affectés par cette extension de leur durée de vie, pour la rendre acceptable et sans danger..

    Signalons qu'avec l'émergence des gaz de schistes à prix cassé aux Etats Unis. les conditions d'exploitation des centrales nucléaires, même avec une espérance de vie de 60 années d'exploitation, ne sont déjà plus compétitives au point qu'un opérateur a récemment arrété deux centrales avec licence de 60 ans 

  • Les conditions d'exploitation des centrales en France ne peuvent qu'être affectées par cette évolution de celles acceptéees aux Etats Unis car, sans alignement sur les normes américaines, le coût de production des  centrales françaises risqueraient fort de devenir un handicap de compétitivité pour toute notre industrie.

    EDF a déjà indiqué officiellement à l'ASN, Autorité de Sécurité Nucléaire française, son souhait de pouvoir prolonger la durée d'exploitation de nos 58 centrales jusqu'à 50 ans voire 60.L'ASN a rappelé que le système français, à la différence du système américain, ne consiste pas à donner une licence une fois pour toutes à un opérateur mais à procéder à des inspections tous les 10 ans avant renouvellement  pour mettre en place les améiorations de réacteur, de centrale ou de son système de gestion qui permette de poursuivre son exploitation 10 ans de plus . C'est ainsi que la première décision de l'ASN doit porter sur les mesures à prendre pour améliorer la gestion des fusions de coeur ou des rejets radioactifs ainsi qu'une amélioration des conditions d'entreposage dans les piscines actuelles.C'est fin 2018 que se situeront les quatrièmes visites décennales de la centrale du Bugey, qui fêtera alors ses 40 ans.

    C'est dire que nous sommes encore loin de voir l'ASN répondre positivement à la demande d'EDF. 

A suivre donc