Vous avez peut être été, comme moi, surpris de l'apparition brutale dans l'information de "l'affaire Alstom", alors que vous pensiez que tout allait bien pour ce fleuron industriel français entre le ferroviaire, et le TGV en particulier, et l'autre fleuron de ses activités, la fourniture de très gros matériels à l'industrie de l'énergie et de la distribution électrique. J'avais bien noté que l'on voyait moins souvent Monsieur Patrick Kron, son PDG, dans les médias alors qu'il avait l'habitude de nous y faire part des succès de la société qu'il présidait.

Et puis patatras, on nous annonce qu'Alstom est en discussions avec l'américain Général Electric pour lui vendre son activité énergie. De plus quand une société se sépare d'une de ses activités, c'est en général une partie secondaire que l'on considère comme non stratégique ou que l'on n'a pas les moyens de la développer et que d'autres pourraient le faire mieux.Or là il s'agit de la part principale de l'activité d'Alstom ( 70 pct!!!)  qui est envisagé être cédée pour se recentrer sur les 30 pct restant, le ferroviaire.Raison de plus d'être inquiet, notre Ministre de l'Economie , ex Ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg l'avocat, n'était même pas au courant! Beaucoup de raisons d'être inquiets. 

Que se passe t il donc? La branche électricité d'Alstom vit des installations de centrales électriques, auxquelles elle fournit des alternateurs et turboalternateurs pour transformer la vapeur en électricité, et des contrats de maintenance de ces matériels  En cherchant bien, vous trouvez une première raison, c'est le ralentissement économique en Europe qui fait qu'il y a moins de demande en électricité en ce moment ce qui ne pousse personne à investir et diminue la maintenance.Or Alstom est très présent en Europe et peu en Asie du Sud Est où les besoins étaient par contre énormes?

Seconde erreur, dans la mouvance des idées écologiques et du réchauffement climatique qui sont la condition sine qua non à la réléection de notre personnel politique, l'Union Européenne a décidé la mise en place de l'objectif 3 fois 20 soit d'arriver en 2020 à une réduction de nos consommations énergétiques globales de 20 pct, à une réduction de nos émissions de CO2 de 20 pct également et à une production d'électricité assurée à 20 pct par des énergies renouvelables. Beau slogan que cette politique 3 fois 20, n'est ce pas? Sauf que personne n'a réellement évalué les impacts de cette politique sur l'économie et sur l'industrie de la production énergétique. Or c'est bien connu, le diable est dans les détails!

Rajoutez la dessus quelques évènements inattendus comme l'arrêt du nucléaire en Allemagne et l'émergence des gaz de schistes au Etats Unis. On est parti pour les 20 pct de production à assurer par des renouvelables sur le solaire et l'éolien. Sauf que les deux sont des énergies couteuses qu'il a fallu lourdement subventionner si nous voulions trouver des investisseurs pour financer des installations couteuses et déficitaires. Et pas qu'un peu, pour l'éolien on a financé sur une durée de quarante ans à un prix, elevé, garanti et on a donné priorité de passage sur les reseaux à l'électricité produite,- quand elles en avaient envie-, par les éoliennes. Comme ellles n'ont par essence, qu'une production intermittente il a fallu combler en plus le manque de production par des installations de substitution qui coutent très chers à opérer sur des bases intermittentes!

Même topo pour les installations photovoltaiques, avec prix de reprise garanti et intermittence à gérer, mais punition différente. Là ce sont les chinois qui se sont mis à fabriquer des panneaux  à des prix de detresse et ont tué vite fait notre industrie europèenne à laquelle ils founissaient de toutes façons sa matière première,le silicium.

Dernièr facteur impactant, l'émergence des gaz de schistes aux Etats Unis qui se sont traduits, comme j'ai eu l'occasion de vous l'expliquer,par des importations à des prix de détresse de charbon américain.

Nous nous sommes donc trouvé avec des prix de l'énergie en hausse avant de s'écrouler en même temps que la demande,  en particulier en Europe du Nord, des centrales à gaz soit fermées comme les moins compétitives soit mises sous cocon et dépréciées dans les comptes des sociétés, des émissions de CO2 en hausse du fait de la réactivation des centrales au charbon et des énergéticiens,des besoins de financement de réseaux de distribution à améliorer à un coût très elevé et des energéticiens, en particulier allemands, dans une situation financière désastreuse après avoir du fermer leurs centrales nucléaires.

ScConstructionCentralesEurope

Les déboires d'Alstom dans tout cela ne sont que la fin du fin de la chaine de ces évènements. Quand on voit qu'une société comme GDF Suez a du fermer toutes ses centrales à gaz et en déprécier la valeur dans ses comptes pour 15 milliards, on se doute que ce n'est pas demain que GDF Suez va batir de nouvelles centrales, ce qui était le schema anticipé initialement, compe tenu de la souplesse de fonctionnement des centrales à gaz.

Avec de si faibles perspective d'installation nouvelles et une présence très limitée en Asie du Sud Est, là où est la demande nouvelle, ce n'était pas gagné d'avance pour Alstom. Il fallait donc s'adosser à un plus gros, mieux implanté géographiquement sur les marchés mondiaux. C'est le cas de Général Electric et à un degré moindre mais avec moins de complémentarité de Siemens. A suivre donc jusqu'au terme de cette saga.

Signalons néanmoins que tout ceci était parfaitement évitable si nos politiques au delà de leurs intérêt personnels nos politiques avaient eu un minimum d'expérience industrielle ou avaient écoutés ceux qui en avaient....