Le ministre allemand de l’économie, Rainer Brûderle, vient de nous rappeler sèchement que la clef de la bonne marche d’un pays réside dans le développement de son secteur privé et de ses entreprises et qu’il existe quelques règles incontournables de la bonne gestion d’un pays comme d’une entreprise , comme de diminuer les dépenses quand les revenus baissent et d’adapter sa base de couts à celle de la concurrence.

C’est ce que j’essaie régulièrement dans ce blog de rappeler. Ca a même été une des raisons de sa création.

Or  comment nos deux pays voisins ont ils géré l’émergence d’une concurrence low cost avec l’arrivée de l’énorme concurrent chinois ? Du coté allemand ca a été la prise de consciences qu’arrivait sur le marché à l’importation des produits chinois concurrents des produits précédemment fabriqués en Allemagne ou dans un pays européen à haut cout de main d’oeuvre et à l’export que se présentait désormais face aux produits allemands des produits de Chine ou de provenances diverses à bas prix.

La réaction a été de se poser la question de comment rester compétitif face à ces produits nouveaux et de considérer que, même avec l’avantage de la technologie allemande, il fallait réduire les couts de fabrication. La réponse a été de revoir le marché du travail allemand à partir du milieu de l’an 2000 pour le rendre plus flexible et permettre de travailler à moindre coût. Ce sont les lois Hartz , un ministre du travail particulièrement impopulaire, qui se traduisirent par des semaines de manifestations dans les rues. Comme quoi il n’y a pas que chez nous que les régressions sociales ont du mal à passer. Nos médias et nos hommes politiques ne se sont que mollement intéressés à l’affaire, pensant sans doute que cette bizarrerie allemande n’arriverait jamais chez nous. Et que d’ailleurs nous n’avions aucune raison d'être inquiets.

Nous en eûmes néanmoins quelques dommages collatéraux avec des usines filiales de grands groupes allemands qui se sont vue demander d’accepter des conditions salariales moins avantageuses ou de travailler différemment de manière à faire tourner davantage l’outil de travail et rendre l’usine plus compétitive. Le patronat allemand mis sur la table des investissements  nouveaux ou un engagement de maintenir l’usine en activité un certain nombre d’années, et les intéressés, dans leur très grande majorité, acceptèrent les nouvelles conditions de travail moins favorables. Un exemple qui montre qu’entre licenciement et chômage, les ouvriers lorsqu’ils sont concernés directement ont vite fait de choisir.

Par la suite l’Allemagne introduisit un autre dispositif que nous attendons toujours d’étudier seulement. La TVA sociale qui permettait de transférer sur la consommation une partie des charges sociales et d’y faire participer les produits importés.

En France pas de problème, nous avons attendu tranquillement la catastrophe en maintenant les conditions sociales existantes sans changement. Et plutôt que de poser le problème aux salariés et à leurs syndicats, nous sommes restés sur le statu quo en attendant, je suppose, la reprise qui devait nous sauver et que nous attendons encore. Monsieur Jospin ne parut pas particulièrement tracassé par la compétitivité de nos industries.

Personne n’osa non plus profiter du détricotage des 35hrs négocié plus tard par Monsieur Bertrand pour la bonne raison que, quand vous avez déjà perdu une bonne année à négocier des 35hrs, que vous avez retrouvé dans l’entreprise un équilibre organisationnel et social, vous n’avez aucune envie, en dehors de conditions très particulières, de repartir dans une autre année de négociation difficile pour gagner péniblement quelques pct de masse salariale. Il aurait fallu pour cela, comme en Allemagne, une prise de conscience des enjeux économiques, une adhésion populaire,  une classe politique qui mouille sa chemise pour la bataille de la compétitivité  et des syndicats réformistes avec une bonne compréhension de l’économie. Bref en faire une vrai cause nationale.

Nous en étions loin. Vous n’avez quasiment jamais entendu notre classe politique, tous partis confondus, parler de compétitivité. Nos médias n’ont eu de cesse de vilipender notre patronat qui se plaint toujours sans raison. Nos syndicats que nos hommes politiques se plaisent à promouvoir ne connaissent que la fonction publique et ne sont pas particulièrement réformistes ! Bref nous n’avons rien fait alors que notre voisin allemand considérait que la compétitivité était une grande cause nationale. Comprenne qui pourra !A_113

Il en a résulté qu’en quelques années le cout du travail en France a rattrapé puis dépassé celui de l’Allemagne alors que le salarié en net est moins bien payé en France qu’en Allemagne !Entre 2000 et 2007 l’excédent brut des activité manufacturières, la marge dégagée en quelque sorte, a augmenté de 67 ct en Allemagne et diminué de 14pct en France. Cette divergence dans l’évolution des couts explique que nous exportions moins que notre voisin et que nos marges restent désespéramment faibles.

Les faits sont donc là. Nous avons perdu considérablement en compétitivité en dix ans par rapport à notre voisin. Il est d’ailleurs étonnant qu’il faille que ce soit un rapport d’un institut privé qui nous l’apprenne alors que nous ne manquons pas de Comité stratégiques ou autres et d’économistes distingués pour suivre un indicateur aussi important de la performance de l’industrie française.

C’est Monsieur Rocard qui se plaignait de l’ignorance des français en matière économique. C’est toujours vrai. Monsieur Brüderle a bien raison de dire que nous marchons en canard. Encore heureux que ce soit notre client principal, au moins nous en profiterons ...un peu.