La France est géographiquement située à l'extrême opposé de la Turquie sur la carte de l'Union Européenne. Elle n'a pas de problème d'approvisionnement gazier, étant une modeste consommatrice de gaz de par le choix qu'elle a fait, à l'époque de Giscard d'Estaing, pour le tout nucléaire pour sa production d'électricité. Elle dispose par ailleurs d'une facade maritime considérable avec des ports et des terminaux équipés pour le déchargement de gaz liquefié. Enfin, de par son histoire avec l'Algérie, elle pense disposer d'un approvisionnement sûr avec ce pays.

Ce n'est pas du tout la situation des autres membres de l'Union Européenne, en particulier ceux de l'est européen mais aussi l'Allemagne et l'Italie qui sont tous liés à des gazoducs à partir de la Russie et ont des besoins en gaz sans commune mesure avec les notres du fait de leur faible utilisation du nucléaire.Or les crises Bielorusse et Ukrainienne de ces dernières années ont montré la fragilité de cet approvisionnement auprès d'une Russie qui a repris le controle de ses ressources gazières et qui n'hésite pas à se servir de l'arme énergétique en cas de conflit politique. D'où la recherche de fournisseurs alternatifs de la part d'un nombre importants de pays membres Canalblog185

Or comme le montre la carte ci contre la Turquie est un point de passage obligé pour l'évacuation du pétrole et du gaz en provenance de l'Asie Centrale, la Mer caspienne, l'Azerbaidjian, le Turkmenistan, l'Ouzbekistan, le Kazakhstan ou même la Russie elle même. Cest ainsi que le port turc de Ceyhan est devenu le débouché naturel par l'intermédiaire du Pipe line BTC(Bakou-Tbilissi-Ceyhan) du pétrole de la Caspienne.C'est ainsi que la Turquie elle même est approvisionnée en gaz par un gazoduc dit Blue Stream 1 de Russie à Ankara et que plusieurs projets sont en cours d'étude pour accroitre encore l'accès du pétrole et du gaz de ces pays vers "les marchés", les pays de l'Est européen,Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Autriche, l'Italie et la mer libre et l'exportation vers le monde entier  via le port de Ceyhan.

Le premier projet jusqu'à l'Autriche s'appelle Nabucco, celui vers l'Italie est une extension de Blue Stream dont une branche est prévue aller également jusqu'en Autriche et une autre jusqu'au port turc de Ceyhan. Cet ensemble de gazoducs et pipelines est le pendant pour l'évacuation du pétrole et du gaz de l'Asie Centrale du système de gazoducs et de pipelines du Nord de l'Europe qui à travers le glacis des anciens pays socialistes, Ukraine, Bielorussie etc alimente l'Europe à partir des ressources russes.

Sans compter que, dans un moyen orient pacifié, ou peut également espérer évacuer un jour le pétrole du nord de l'Irak voire d'Iran par cette voie.

C'est dire si la Turquie a un role clé dans cette géopolitique du pétrole et du gaz. Elle le sait, elle sait en jouer et l'Union Européenne le sait également. Madame Ferrero-Waldner, Commissaire Européenne en charge des relations extérieures,le dit elle même:"la Turquie et l'UE ont toutes les deux beaucoup à gagner d'une coopération énergétique plus étroite" ou encore "La Turquie est un partenaire clé pour l'UE et l'énergie est certainement un des domaines cruciaux de cette coopération stratégique".

Autres considérations plus politiques cette fois: La Turquie est une interface entre l'Union Européenne chrétienne  et le monde arabe et islamique puisque ce n'est pas un pays arabe, c'est un pays islamique mais c'est aussi un pays à forte tradition laïque depuis Ataturk. Elle serait chrétienne que l'intégration de la Turquie à l'Union Européenne serait sans doute déja faite. Or ce qui inquiéte les pays membres de cette Union et la France en particulier c'est l'arrivée en force de l'islamisme dans l'Union. L'arrivée au pouvoir des islamistes de l'AKP et leur réelection triomphale inquiète beaucoup même si leur leader, Monsieur Recep Tayyip Erdogan, semble avoir évolué vers un islamisme plus modéré et s'être converti à la démocratie.C'est d'ailleurs un des arguments des partisans de l'intégration de la Turquie que de penser que cette intégration amènera le peuple turc à évoluer vers plus de démocratie, plus d'ouverture et moins d'islam intégriste que l'inverse.

Il n'est pas inintéressant parfois de se poser la question du " que se passerait il si",le "what if" anglo saxon. En l'occurrence que se passerait il si la Turquie se voyait refuser l'entrée dans l'Union Européenne? Vraisemblablement on assisterait à une césure entre la partie occidentalisée du peuple, celle des grandes villes et des affaires, et la partie très traditionnelle, islamiste, pas vraiment partisante de la laïcité, celles des campagnes profondes à l'écart du monde et de l'évolution éonomique et culturelle, mais incidemment majoritaire. Que ferait l'armée, garante de la laîcité et de l'héritage culturel d'Ataturk, nul ne sait après le désaveu de dernières élections?

Par contre, il pourrait y avoir un retournement des alliances en faveur d'un axe Moscou/Ankara et ...Téhéran ce qui modifierait l'équilibre du monde dans la région. C'est pour la Turquie une alternative qui ne manque pas d'attractivité en créant un bloc qui controlerait le Moyen Orient, riche de ressources pétrolières et gazières et point focal d'une région particulièrement agitée.Une alliance de nation non arabes au passés prestigieux. Méfions nous, un tel bloc est tout aussi attractif qu'une intégration à l'Union Européenne.

Moralité:notre intéret global est peut être finalement que la Turquie s'intégre à l'Union Européenne...

Je vous laisse y réfléchir.