C'est fou ce que ce pays est capable de monter des plans industriels ambitieux qui finissent au bout de quelques années par ne mener à rien, s'écrouler carrèment, voire se terminer par une faillite retentissante ! Des programmes conçus, mis au point et largement promus par politiciens et médias réunis mais qui se heurtent souvent à l'incurie économique et industrielle de ces deux classes d'intervenants!

Nous assistons en ce moment à l'écroulement lamentable du programme monumental d'équipements en éoliennes marines des côtes françaises de Dunkerque à Noirmoutier. Pas moins de six champs d'éoliennes marines avaient été mis en adjudication depuis 2011 par Eric Besson, alors Ministre de l'Energie du temps de Sarkozy, puis repris par tous ses successeurs jusqu'au quasi arrêt du programme, faute de combattants, en particulier du coté des fournisseurs d'éoliennes.

EDF associé à Alstom avait remporté les champs de Saint Nazaire, de Courseulles sur Mer dans le Calvados, et de Fecamp en Seine Maritime. Les autres champs de Saint Brieuc dans les Côtes d'Armor, du Tréport en Seine Maritime, et de Noirmoutier en Vendée.avaient été dévolus aux éoliennes d'Areva.

Pourquoi donc en sommes nous au chant du cygne de cet ambitieux programme? D'abord parce que des éoliennes marines sur nos côtes atlantiques dont le plateau continental plonge très rapidement n'ont rien à voir avec les éoliennes marines qui ont été installées au nord de l'Allemagne, en mer Baltique, dans des eaux peu profondes sur des fonds sablonneux.Or dès que la profondeur de l'ancrage au fond de la mer augmente, le coût de la dite éolienne augmente exponentiellement. Le coût des champs mis en adjudication n'aura donc rien a voir avec ceux des champs exploités au Danemark ou au nord de l'Allemagne.Signalons également que l'accès à ces éoliennes sera impossible au moins trois mois par an en fonction de l'état de la mer du nord ou de l'océan Atlantique

Pas étonnant que dans ces conditions le prix du Kwh demandé par les candidats à ces appel d'offre et accepté par EDF et l'Etat atteindra en moyenne les 200 euros le Megawattheure soit le double de la centrale nucléaire anglaise d'Hinkley point, pourtant critiquée en Grande Bretagne. Qui paiera? Les français par l'intermédiaire de la CSPE qui,sur leurs factures d'électricité, regroupe les coûts de la transition énérgétique sans qu'il en soient nécessairement conscients!

Dans l'appel d'offre pour ces champs, le gouvernement avait inclu des obligations d'installations d'usines de production des éoliennnes, de leurs mats et de leurs pales et pas qu'un peu.Quatre usines pour Alstom à St Nazaire et Cherboug avec 1000 emplois directs et 6000 indirects et 2 usines au Havre pour Areva avec 700 emplois directs et 2000 indirects créés.Ces 10 000 emplois ont été estimés couter la somme exhorbitante de 38 milliards d'euros à la charge de tous les français y compris ceux qui, à l'autre bout de la France, ne verront jamais cette électricité leur arriver.

ScPMEoliennes012

Reste à développer et produire les turbines qui transforment la force du vent en courant dans la tête des dites éoliennes. Or tout a changé chez les producteurs de ces turbines. Alstom a été coupé en deux et son activité turbine reprise par General Electric qui dispose de ses propres modèles et installations. Quant à Areva qui devait développer ces turbines et les construire dans une coentreprise avec l'espagnol Gamesa appelée Adwen, la société, nationale pourtant, est en quasi faillite et Gamesa est en cours de rachat par Siemens qui détient 63 pct du marché des turbines pour éolienne.Pensez vous que dans ces conditions les usines Adwen verront jamais le jour? 

Il était évident, sur le plan industriel, que ces projets avaient des ambitions inatteignables( 5 usines pour un marché "moyen" en partant de zéro face à une concurrence forte!) mais nos politiques n'en ont cure qui s'intéressent surtout aux effets d'annonces et à leur notoriété personnelle et pas aux réalités concrêtes et qui, de toutes façons, ne paieront jamais la note des dépenses colossales qu'ils ont initiés en notre nom. 

Parions que nous n'allons plus entendre parler souvent de ce gigantesque programme d'aménagement de notre littoral atlantique, le temps que toutes ces tractations avec les repreneurs et les exploitants se poursuivent et arrivent, peut être, à leurs conclusions industrielles et sociales.

A suivre