L'affaire du Brexit britannique devient de plus en plus opaque, incertaine voire carrément foireuse! Par rapport aux lendemains du réferendum qui semblaient devoir être chantants pour ceux qui avaient gagné le vote, tout semble se déliter de manière désastreuse. 

Les deux gagnants majeurs, Boris Johnson et Nigel Farage, ont disparu ou sont très en retrait par rapport à la position de pointe qu'ils avaient pris dans cette bataille. Vous avez assisté au repli peu glorieux de Boris Johnson, sac au dos, le lendemain de ce qui était en principe sa victoire personnelle qui devait être couronné par le poste de Premier Ministre! Quant à Mr Farage, après une intervention insupportable de fatuité et d'égocentrisme au Parlement européen, il s'est carrément évaporé dans la nature en démissionnant de son parti, l'UKIP, qu'il avait pourtant fondé, et en admettant que les "Leave" avaient menti sur les supposés 350 millions de livres payés en trop toutes les semaines à Bruxelles qui étaient supposer revenir immédiatement pour alimenter le NHS, National Health Service.

Sur le plan économique, on ne sait pas vraiment ce quel va en être le résultat. L'avis immédiat, supporté par la position de la banque centrale qui avait pris de mesures immédiates pour éviter la fuite des capitaux et la chute de la livre, était que cela allait être difficile économiquement pour l'économie britannique. Trois mois plus tard, la livre a en effet baissé de 10 pct ce qui s'est traduit par une certaine hausse des produits importés mais sans que cela apparaisse comme dramatique.

Sur le plan industriel il y a par contre des menaces diverses que certaines usines et que certaines sociétés du secteur bancaire puisse quitter la Royaume Uni si elles ne peuvent pas continuer à bénéficier de l'accès au marché unique. Or, pour ce faire, il faudrait que  le Royaume Uni veuille bien renégocier un accord de libre échange avec l'Union Européenne pour maintenir le caractère européen des productions sur le territoire britannique et l'absence de droits de douanes. Mêmes contraintes pour le secteur bancaire dont certains établissements devraient être réinstallé sur le continent ou pour l'industrie pharmaceutique qui bénéficiait des budgets de recherche européens.

Les européens, bien entendu, n'ont aucune envie de faire des cadeaux à la Grande Bretagne qui a choisi librement ce destin. Les pays, comme la Norvège, la Suiise et d'autres "petits" pays qui benéficient de tels accords de libre échange ont exprimé publiquement leur désaccord à ce que la Grande Bretagne puisse rejoindre leur groupe qu'elle déséquilibrerait par sa taille et son importance industrielle.

Tokyo lors du récent G20 a transmis à Theresa May une liste massive de groupes menacant de quitter le Royaume Uni si les conditions d'accès au marché européen n'étaient pas maintenues. Or la Grande Bretagne captait la moitié des investissements japonais en Europe.

Par ailleurs, le vote britannique a crée une situation de gel des investissements tant que l'industrie britannique, européenne et mondiale ne sait pas dans quelles conditions ils pourraient investir et avec quels statuts. Le PIB de la Grande Bretagne devrait en être affecté mais également celui des autres pays européens. Par exemple, le PIB de l'Allemagne dont la croissance en 2016 est  attendu en hausse de 1,9 pct, est désormais prévu tomber à 1,0 pct pour 2017.               

L'autre raison majeure du vote pour le Leave était la question de l'immigration que les britanniques jugeaient excessive, en particuliers dans les provinces, et dictée par Bruxelles. Les votants pro Brexit attendaient que dans les semaines après leur vote gagnant,les frontières soient de nouveau sous controle et l'immigration stoppée. Or trois mois plus tard, rien ne s'est passé et on sait maintenant que le fameux article 50 qui devait permettre d'engager le processus du 'Leave' ne sera activé que dans un an ou deux s'il l'est jamais. La mise en place d'un système d'immigration dit " à point", comme en Australie, dont Boris Johnson et Nigel Farage avaient vanté les qualités pendant la campagne a été jugé par Theresa May comme inapproprié et repoussé aux calendes grecques.

Les électeurs Pro Brexit commencent donc à se sentir frustrés de ne pas voir leurs votes respectés malgré le  " Le Brexit c'est le Brexit" de la Première Ministre et commençent à craindre.... qu'il n'y ait jamais de Brexit.

C'est dire que la situation est très délicate et peut se retourner brutalement si le peuple s'aperçoit que l'on s'est moqué d'eux et que ce sont les considérations du "business" qui risquent d'être gagnantes et les leurs qui soient réniées.

Une situation pas facile à gérer donc pour Theresa May entre les attentes industrielles et celles de électeurs qui ont des exigences oposees pour les satisfaire. Une situation qu'il va falloir suivre avec une grande attention