Si vous suivez ce blog régulièrement vous connaissez mon inquiétude sur l'avenir d''EDF, empétrée dans des engagements financiers trop lourds pour elle, en France et en Grande Bretagne,sur celui d'Engie dont on nous parle peu mais qui semble subir le même sort que celui d'E.on, RWE et Vattenfall en Allemagne face à la transition énergétique, de la SNCF, revenue, à sa demande(!),au bon temps où elle croulait sous des milliards de dettes, sur celui d'Areva qui semble ne plus savoir construire une cuve de réacteur, de la Poste qui essaye de survivre à coup de petits boulots pour ses personnels  avec un marché qui a déjà quasiment disparu et du transport aérien où Air France KLM se débat dans sa lutte avec les low costs .

Une évolution qui fait se poser la question de la qualité de la gestion des entreprises d'état dont on a l'impression que leur valeur, qui est tout de même tout à fait considérable, est en train de s'éroder largement au fil des ans. Le livre de Jean Peyrelevade, ex PDG du Crédit Lyonnais et acteur/observateur du désastre de cette entreprise d'état (Première banque du monde avnt 1914) dans les années 2000, fait un peu froid dans le dos pour la gestion d'état.

Jean Peyrelevade nous dit avoir longtemps cru que ce désastre économique n'avait rien à voir avec sa gestion d'Etat et était lié à des erreurs accidentelles ou à un concours de circonstance particulier. Il nous dit maintenant que ce désastre est celui de son "modèle français" de gestion et donc est susceptible de se reproduire pour toutes les entreprises d'état actuelles.De quel modèle français parle t il? D'une structure monarchique qui ressemble fort à celle de l'Etat lui même avec une forte concentration des pouvoirs, la constitution d'une cour qui rassure le chef et ne le conteste jamais et l'existence d'une double pyramide mandarinale,celle des sachants sélectionnés dès leur plus jeune age et issus de Polytechnique ou de l'ENA et celle auréolée de la caution du suffrage universel,celle des élus égarés parfois dans la gestion des entreprises d'état. Brr..

Il existe en principe dans les structures de toute entreprise et des entreprises d'état des contre pouvoirs censés apporter la contradiction nécessaire au fonctionnement de ces entreprises, mais nous  dit il,  elles ne fonctionnent pas car la dite conjonction de pyramides ci dessus se considère comme structurellement infaillible. Quand le désastre se produit, c'est l'incompréhension qui domine et l'étude des causes du désastre, qui serait nécessaire, n'est jamais réellement effectuée.

Par ailleurs il existe une contradiction majeure entre le devoir du PDG d'une entreprise, fut elle publique, qui est de défendre l'intérêt social de la dite entreprise et celui de défendre l'intérêt général du pays qui est celui de l'Etat et qui est donc par essence supérieur, même s'il est largement indéfini, multiple et variable dans le temps et suivant les ministres et gouvernements et dans lequel la pâix sociale et les espoirs de réélections jouent un rôle non négligeable.

Voila qui ne nous rassure pas à un moment de l'histoire et de la vie économique qui menace justement l'existence de ces mammouths économiques. Quelles solutions pour ce dilemne, monsieur l'ex PDG? De vrais actionnaires privés de long terme, avec de vrai intérêts économique, comme des fonds de pension par exemple que nos gouvernants successifs n'ont jamais voulu instituer, peut être parce qu'ils constitueraient un autre contre pouvoir génant pour notre double pyramide régalienne et sachante.

La façon dont le cas d'EDF, donc la faillite serait un désastre industriel bien plus grand que celui du Crédit Lyonnais, sera traité, sera particulièrement crucial. Apparemment, tel que c'est parti avec le soutien à 3/5 milliards d'euros qui vient de lui être mollement accordé, nous sommes très loin du compte! Le désastre est toujours possible, même probable quand on écoute Monsieur Peyrelevade....