J'ai eu l'occasion de vous alerter,- modestement, un peu avant tout le monde-, dans mes messages des 24, 26 et 28 janvier 2016 de la situation critique d'EDF liés à ses engagements financièrs pour le rachat de British Energy, à ses engagements ultérieurs  et contractuels vis à vis du gouvernement britannique de construire deux EPR sur le site d'Hinkley point, à ses engagements multiples sur le territoire français, de l'EPR de Flamanville à la reprise d'Areva NP en faillite, de son engagement dans le site Cigéo de stockage enterré des déchets radioactifs jusqu'aux conséquences,-financièrement lourdes- de la transition énergétique pour EDF, de la nécessité d'étendre la durée de vie de nos centrales nucléaires avant de pourvoir à leur remplacement. Tout ceci représente des  dizaines de milliards d'investissements sur des dizaines d'années dont on se doute qu'EDF ne dispose pas et que personne ne semble avoir prévu.

La démission du directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, est venu confirmer cette crainte, que j'exprimais alors, que EDF ne s'approche de difficultés financières considérables qui risquent de la mener à la faillite.Comment une société nationale peut elle risquer la faillite sans que les représentants de l'Etat au Conseil d'administration ni le Ministère de tutelle de la société nationale n'aient jamais alerté sur ce risque et sur la manière dont EDF était géré? Je pense, par exemple, que les dits représentants et le ministère auraient du empécher EDF de racheter British Energy et de s'engager dans le projet d'Hinkley Point.

David Cameron et le gouvernement anglais doivent encore rire de nous, tous les jours, que nous leur ayions permis de détourner les ressources d'EDF, notre société nationale, à leur profit pour qu'elle assure le remplacement de leurs vieilles centrales nucléaires qu'ils n'auraient pas été capable de faire eux mêmes!

Passons. La  question qui se pose désormais est de trouver comment EDF pourra assumer les exigences en investissement que nos gouvernements successifs leur ont imposé au fil des ans. La solution évidente est qu'EDF se sépare d'actifs importants comme je vous en avais averti dans mes messages précédents. Le plus important sera le désinvestissement dans RTE, la filiale d'EDF qui assure le transport de cette électricité en haute tension sur le territoire français.

L'autre mesure serait d'augmenter significativement le coût du Kwh tel qu'il nous est vendu et sans qu'il ne nous soit possible de faire jouer la concurrence alors que le prix du Kwh sur le marché de gros est nettement inférieur à celui que nous accorde le gouvernement  (33 euros le Mwh contre 42 euros le prix de référence d'EDF).

Enfin il va falloir qu'EDF revoit son organisation pour la rendre plus efficace ce qui devrait se traduire par des diminutions d'effectifs voire des modifications du statut des personnels d'EDF. Emmanuel Macron a déjà annoncé que l'Etat et l'Entreprise travaillaient sur un programme de redressement de la trajectoire financière d'EDF dont les principes seront arrétés d'içi l'Assemblée Générale du 12 mai. Mais, hélas, qui permettrait de confirmer l'engagement de la société,- et donc du client ou du contribuable français-, dans le projet d'Hinkley Point dont je rappelle qu'il coutera 23 milliards d'euros.

Le président d'EDF, Jean-Bernard Levy a également annoncé qu'il fallait construire un nouvel EDF capable de vivre avec un prix du Kwh de 26 euros là où EDF facture un minimum de 42 euros actuellement, et que tout le monde devrait faire des efforts. Et Emmanuel Macron de rajouter que l'Etat, c'est à dire nous, ferait des efforts pour recapitaliser, si nécessaire, la société. Il a d'ailleurs commencé dès cette année pour 1,8 milliards d'euros en acceptant que son dividende lui soit payé en action et pas en cash. 

Enfin Emmanuel Macron est  courageusement allé annoncer aux employés d'EDF et à leur syndicats, sur le site de la centrale nucléaire de Clairvaux qu'il visitait, qu'il faudrait sans doute revenir sur un compromis social qui pendant très longtemps, a été fait aux dépens de tout le monde pour l'intérêt uniquement des salariés!

Il en a rajouté une couche en martelant que la dynamique salariale avait été "déconnectée pendant 20 ans de l'évolution de la productivité" et en soulignant que "l'injustice résidait de protections statutaires supérieures pour l'agent EDF que pour le salarié de la PME sous-traitante qui travaille sur le site". 

Comme nous sommes dans un régime démocratique et électoraliste et à un an d'une élection présidentielles, je suis certain que ces paroles ne rentreront jamais en application. Mais chapeau au Ministre de l'économie d'avoir en tous cas osé les prononcer.

Rendez vous le 12 mai pour l'Assemblée générale d'EDF