"L'Energievende" est la dénomination allemande de la transition énergétique qui est, comme chez nous mais bien plus brutalement, en train de se mettre en place en Allemagne. Le résultat de la décision prise par Angela Merkel de sortir du nucléaire immédiatement après la catastrophe de Fukushima et sans concertation préalable avec les quatre électriciens allemands, E.ON, RWE, EnBw et Vattenfall.

L'Allemagne a vu et subi déjà les conséquences de l'Energievende dont les effets ont été relativement lourds. Le pays s'est ainsi aperçù que, outre les problèmes sociaux que généraient ou allait générer les fermetures des centrales nucléaires, le réseau électrique du pays avait une capacité  insuffisante pour amener de la mer Baltique, l'électricité produite par les fermes éoliennes qui y était installées et que donc il allait falloir le doubler pour alimenter le sud de l'Allemagne industriel, que la mise en place d'un réseau Haute Tension y suscitait un phénomène de rejet chez les populations, que l'Intermittence de la production d'électricité à base d'énergies renouvelables imposait de disposer de capacités de production de remplacement quand elle ne produisait pas.

Comme l'émergence des gaz de schistes aux Etats Unis s'était traduit par le détournement potentiel vers l'Europe de la production américaine de charbon à des prix cassés, on vit brutalement se fermer les centrales allemandes  au gaz et apparaitre en remplacement des centrales à charbon soit converties de celles au gaz soit nouvellement installées avec les conséquences écologiques que l'on devine, le charbon était un combustible infiniment plus polluant au sens propre ,c'est à dire pas en émissions de CO2,- qui n'est pas un polluant chimique-, mais en émissions de composés souffrés. On en arriva à cette constatation ahurissante que l'Allemagne débarrassée de son nucléaire était devenue infiniment plus émettrice de CO2 et plus polluante que précédemment !!

Dernier impact de cet Energievende, le prix de l'électricité sur le marché de gros allemand et européen se mit à baisser considérablement au niveau de 28 euros le Mwh alors qu'il dépassait les 50 euros deux ans avant.Entre temps,les énergéticiens allemands ont chacun pris les mesures qu'ils pensaient nécessaires pour s'adapter à leur nouvelle situation. le plus extrème a été E.ON qui a décidé de couper carrément la société en deux, avec le E.ON nouveau ne s'occupant plus que de ses activités de production d'électricité  avec les énergies vertes, supposées d'avenir, et l'activité de distribution réseau, et l'ancien E.ON, rebaptisé Uniper, coiffant les centrales à gaz et à charbon restantes. Les autres sont restés sur une organisation inchangée mais en se developpant très fortement dans le domaine d'une production majoritairement à base d'énergies renouvelables.De ce fait la production d'électricité "verte" représente 26 pct de la production allemande totale mais le bilan carbone de cette production est paradoxalement bien moins bon qu'au temps du nucléaire !!!

Quant à la situation des électriciens allemands, elle est devenue critique, chacun d'eux ayant déprécié la valeur dans leur comptes de leurs centrales à charbon ou à gaz et subissant la forte baisse du prix de l'electricité et la diminution du marché du fait de la priorité d'accès au réseau accordée à l'électricité renouvelable.E.ON par exemple a annoncé de ce fait une perte de 7 milliards d'euros pour son exercice 2015 après 8,8 milliards d'euros de dépréciation. Incidemment Engie en a fait de même avec une dépréciation fin février de 6,8 milliards.

Il ne fait plus très bon travailler chez les électriciens allemands