Je vous ai résumé dans les deux articles précédents sur le même sujet, la situation d'EDF confronté à la masse de ses besoins d'investissements pour répondre à l'ensemble des sollicitations qui lui sont adressées pour le renouvellement normal de son parc de centrales nucléaires, pour la construction de l'EPR en cours, pour la transition énergétique et la construction des parcs éoliens, ainsi que pour le rachat de British Energy et le renouvellement de ses propres centrales nucléaires,et pour le financement des installations de stockage de déchets nucléaires.

Je n'ai pas fait le compte détaillé des engagements financiers d 'EDF reliés à l'ensemble de ces investissements mais leur somme globale me parait devoir réprésenter les 50 milliards à l'horizon 2025, un véritable mur de dette sur lequel EDF risque de se fracasser.Que prévoit donc de faire EDF pour l'éviter?

  • La première méthode est donc de rechercher toutes les économies diverses et de revente d'activités précédemment rachetées et considérées comme ne faisant plus partie du core business d'EDF  dans les circonstances présentes.Rien d"anormal à ça, c'est de la bonne gestion, sauf que les volumes de ventes d'activités n'ont plus rien à voir avec les 500 à 600 millions d'euros de cession de "respiration" des actifs habituels. On cherche de 5 à 6 milliards d'euros d'actifs, des volumes plus en ligne avec l'endettement d'EDF ( 37,5 milliards) et les besoins à venir.

    EDF a déjà cédé fin 2015 sa participation dans l'autrichien Estag et sa filiale hongroise Bert ainsi que son siège de l'avenue de Wagram. Elle cherche désormais à se séparer de son implantation aux Etats Unis où elle est en coentreprise avec Exelon dans la CENG qui exploite 5 réacteurs nucléaires pour une valeur de l'ordre de 3 milliards de dollars.Comprenant peut être enfin quie le morceau de British Energy était un peu gros pour ses moyens, elle a bien essayé d'y faire entrer d'autres opérateurs comme les énergéticiens chinois ou le distributeur britannique Centrica qui est présent à hauteur de 20 pct du capital dans le capital de 8 centrales. Par exemple, céder les 29 pour cent restant de ce lot qui lui permettrait de rentrer du cash sans perdre le controle de son exploitation.

    Enfin elle reste propriétaire en France du réseau de distribution d'électricité RTE, un gros morceau dont elle pourrait bien décider de se séparer. Ironiquement, la séparation de la production et de la distribution était le modèle recommandé par l'Union Européenne pour accroitre la concurrence, une séparation qu'EDF soutenue par nos gouvernements successifs avaient toujours refusé de faire. Peut être même arrivera  t elle à accepter la remise en adjudication des barrages qu'elle avait toujours refusée. C'est dire l'ampleur des besoins et l'urgence à les trouver

  • La seconde recette consiste à ajuster les effectifs à la baisse pour diminuer les dépenses. D'ores et déjà EDF avait annoncé dans son Plan Moyen Terme, PMT, une baisse de 5pct de ses effectifs sur la période 2016/2018. la première vague devrait toucher les commerciaux, celles qui s'occupe des gros clients industriels dont on sait qu'EDF en a perdu 30 pct à l'occasion de l'ouverture du marché au 1er janvier 2016. Mais les syndicats ont déjà lancé un appel à la grève. Dure bataille en perspective.
  • La troisième, vieille comme le monde, consiste à.... augmenter les prix du Kwh pour équilibrer les comptes. Un bref rappel le prix du Kwh pour les repreneurs de courant dans les installations de l'EDF a été fixé à 42 ctc le kwh. Un bon prix à l'époque où il a été fixé et discuté avec les électriciens alternatif mais qui n'a pas résisté à la dégradation du marché européen depuis l'émergence des gaz de schiste américain et leur conséquence, l'arrivée du charbon américain à prix cassé en Europe.

    Le résultat, c'est que le Megawatt/heure sur le marché de gros européen est tombé à 33 euros, un prix insiffisant pour financer quelque investissement que ce soit.Or souvenons nous qu'à la surprise générale, le gouvernement anglais avait accepté pour financer les réacteurs EPR de Hinkley Point d'assurer à British Energy un prix de vente du kilowattheure de 93 centimes pendant 35 ans!.

    Autre solution, mettre en place un système de taxation du CO2 émis comme il a été déjà fait en Suède à 100 Euros ou en Grande Bretagne à 30 euros.Seule bizarrerie, la taxation du CO2 a été le seul sujet qui n'a pas été traité lors de la COP 21!! Curieux non?