Je vous avais relayé, dans un message du 2 juillet 2015, la mise en évidence par Jean d'Ormesson du passage de la démocratie, le gouvernement du peuple par le peuple, au régime de l'Inaptocratie, le gouvernement du peuple par des "inaptes", les personnes visées par l'écrivain étant une parti de notre classe politique.

Le problème des normes de contrôle des consommations des voitures puis de leur niveau de pollution en est un exemple. Que notre ministre puisse déclarer publiquement que nous allons passer pour contrôler la performance de maîtrise des émissions de polluants des voitures à des essais sur la route montre son ignorance technique ainsi qu'incidemment celle des journalistes qui lui tendent leur micros pour qu'elle s'exprime.

De quoi s'agit il en effet? De tests sur des bancs à rouleau et dans un cycle de fonctionnement du véhicule bien défini qui avait été développé il y a une trente ans pour d'abord mesuré les consommations puis extrapolé plus tard au controle des polluants émis. Si à l'époque il avait été décidé de faire ce genre d'essai sur banc à rouleau plutot que sur la route, c'est parce que les ingénieurs qui effectuaient ce genre d'essai avaient constatés à l'époque qu'ils étaient impossibles à réaliser sur la route dans les conditions de roulage urbain que nous connaissons tous. Celles çi sont en effet trop variables pour que l'on puisse les reproduire d'un essai à l'autre et d'un véhicule à un autre.

Un essai de ce type quel qu'il soit, doit avoir en effet pour être utilisable pour le but auquel il est destiné doit montrer deux qualités. Une bonne répétabilité, c'est à dire donner des résultats qui, réalisés sur le même vehicule avec le même banc à rouleau et le même cycle de fonctionnement, donne des résultats de consommation ou d'émissions de polluants dans une fourchette proche par exemple à plus ou moins 1 pct de la valeur moyenne.

Il doit également offrir une bonne reproductibilité, c'est à dire que, réalisé avec des véhicules différents mais au caractéristiques identiques, sur des bancs à rouleau différents mais aux caracteristiques identiques et avec le même cycle de fonctionnement, donne des résulkats de consommation ou d'émissions de polluants dans une fourchette proche, par exemple de plus ou moins 3 pct de la valeur moyenne obtenue. Une fourchette plus importante qu'en répétabilité car une bonne reproductibilité est plus difficile à assurer que la répétabilité.

Pour donner un exemple plus concret et accessible à tous, vous vous pesez sur la même balance au même endroiit tous les matins et trouvez des résultats différents à chacune de vos pésées.C'est la matérialisation de la répétabilité d'une mesure. Si du fait d'un déplacement par exemple vous vous pêsez dans deux endroits différents sur deux balances différentes, vous êtes confrontés à la reproductibilité d'une mesure.

N'importe quel ingénieur apprend ça au tout début de ses études mais visiblement pas un énarque ni un journaliste. Et c'est ainsi que l'on tombe dans l'Inaptocratie que dénonce Jean d'Ormesson avec des gens qui parlent de sujets dont ils n'ont pas la moindre idée,mais.... ils parlent et c'est bon pour leur réélection éventuelle.

Pour revenir au problème qui secoue l'industrie automobile, il est et sera impossible de réaliser en circulation urbaine des mesures de consommation ou d'émissions qui offrent des garanties de sérieux de la mesure acceptables pour de telles mesures. Par contre il sera possible de sévériser le cycle de fonctionnement sur banc à rouleau pour le rapprocher des niveaux réels de consommation ou d'émissions en ville dans la vie réelle. Il faut reconnaitre qu'à l'époque où ces mesures ont été définies, les constructeurs ont agit pour rester dans des niveaux de consommation et d'émissions qui n'effrayent pas les acheteurs potentiels des voitures et pour se limiter à fournir au consommateur un outil de comparaison entre les performances de modèles comparables de différentes marques.

Tout le monde savait qu'il n'y avait qu'un lien éloigné avec la vrai vie mais le législateur n'a pas vraiment essayé d'obtenir des chiffres réalistes. S'étonner de la chose aujourd'hui revient à s'étonner de l'incurrie de l'administration de l'époque dont je crains qu'elle n'ait pas vraiment changer. Avec le nombre de fonctionnaires dont nous disposons, il ne devrait pourtant pas être difficile de faire travailler quelques ingénieurs sérieux sur le sujet... 

Il reste à sévériser les protocoles d'essais et nous pourrons avoir des cycles d'essais et des résultats de consommation et d'émissions qui correspondent à la réalité du terrain.

Tout ceci n'enlève rien au scandale des manoeuvres délicteuses du groupe VolksWagen mais montre aussi la légèreté des pouvoirs publics nationaux et de la Commission de Bruxelles qui savaient et n'ont rien fait.