J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de la société française Déinove, de Montpellier, qui a développé l'utilisation de bactéries dite déinocoques qui, à partir de biomasse, permettent de produire de l'éthanol que l'on incorpore ensuite dans le supercarburant ou des ester d'huile végétales que l'on incorpore dans le gazole dans les proportions maximales fixées par la règlementation.

Les bacteries déinocoques sont des bacteries qui datent des premiers ages de notre planète et qui ont été, de ce fait, capables de survivre dans les pires environnements ( sècheresse, froid, chaleur, radiations),  en ayant la faculté, lorsque ces conditions s'améliorent, de regénérer très rapidement leur génome originel à partir des centaines de fragments subsistants de ce génome. C'est en quelque sorte la matérialisation du Phénix qui renait de ses cendres. Pour ressusciter en quelques heures de cette manière, les bactéries déinocoques utilisent la caractéristique dont elles disposent de stocker de multiples copies de leur ADN.

Elles ont également une propriété particulière qui est celle de pouvoir "emprunter" un élément de leur génome à d'autres organismes vivants, levures, bactéries, plantes, pour les intégrer dans le leur et fabriquer des composés rares à partir de composants divers de biomasse. Il est ainsi possible de selectionner la bactérie déinocoque pour l'adapter à la biomasse dont on dispose et lui faire produire tel ou tel composé chimique, presque à la demande en quelque sorte.C'est en quelque sorte une boite à outil pour le chercheur pour trouver la bactérie adaptable à une biomasse spécifique et à la production d'un composé chimique particulier.La force de Déinove est de dispose ainsi de plus de 6000 souches de ces bactéries avec des morphologies et propriétés différentes.  

Déinove, aux Etats Unis, a eu l'occasion d'avoir des contacts avec la société Tyton Bioenergy de Virginie qui développe, elle, des végétaux nouveaux adaptés à des usages de production de produits chimiques industriels tout en en minimisant la pénalité que cette utilisation des sols apporterait à la production de denrées alimentaires que l'augmentation à venir des populations et la modification de leurs habitudes alimentaires rend indispensable de maintenir. Il s'agit qu'elles soient aussi peu chargés en lignine que possible et qu'elles nécessitent aussi peu d'eau que possible pour être cultivable sur des terres non exploitables pour des denrées alimentaires.

L'un d'entre eux est un dérivé du tabac exploitable dans ces conditions sur des terres qui seraient non exploitables pour des denrées alimentaires. Un "Tabac énergétique" en quelque sorte qui devrait permettre, de part sa faible teneur en lignine et sa teneur en éléments valorisables énergétiquement, sucres et huiles,  de "tirer" 3 fois plus d'éthanol à six mois qu'en utilisant du maïs par exemple et 3 fois plus de biodiesel qu'avec du soja.

La rencontre entre les deux entreprises s'est traduit par la signature d'un accord technologique et commercial qui devrait permettre, par optimisation mutuelle de leurs procédés respectifs,de développer un processus global, de la plante au combustible en quelque sorte,pour produire des combustibles d'origine agricole non impactant sur la capacité de production de ressources alimentaires de la planète

Un petit pas en avant pour résoudre le problème de notre planète de pouvoir nourrir tous ses habitants!