J'avais eu l'occasion, dans un article du 34 août, de vous parler de la différence entre investissements, dont nos médias nous rebattent les oreilles sans savoir de quoi ils parlent, et les dépenses qui malheureusement constituent la majorité des utilisations de l'argent public.

J'avais cru que Monsieur Juncker, notre nouveau Président de la Commission Européenne, qui avait une certaine réputation de financier, saurait faire la différence entre les deux en préparant son plan d'investissement de 300 milliards d'euros que tous nos politiques appelaient de leur voeux, alors que, dans leurs pays respectifs, ils n'avaient pas été capables d'en faire le dizième! Comment pensaient ils que l'Union Européenne serait capable de dégager des fonds aussi considérables alors qu'eux mêmes n'y arrivaient pas individuellement ??? 

Eh bien, Monsieur Juncker est bien un financier intelligent qui sait ce que dépenser de l'argent veut dire et nos politiques ne sont qu'un ramassis de dépensiers qui n'ont toujours rien compris car eux ne payent jamais. C'est ce que je conclus de la manière dont Monsieur Juncker a monté son FEIS, "Fond européen pour les investissements stratégiques",qui est le nom qu'on lui a trouvé et qui effectivement pourrait faire croire à de l'investissement, du vrai, du bon, de celui qui rapporte.

Jugez en plutôt? Il met sur la table 21 milliards de garantie publique, même pas de l'argent sonnant et trébuchant. Et il compte qu'avec cette garantie, avec l'aval du Président de la Banque Européenne d'Investissement, un autre organisme dont c'est effectivement le rôle mais qui ne devait pas le faire suffisamment bien, qui l'a convaincu qu'avec cette garantie, on susciterait un afflux d'investisseurs privés qui apporteraient jusqu'à 315 milliards d'euros. C'est ce que l'on appelle chez les financiers un "effet de levier". Tu apportes 21 milliards en garantie et ils mettent au pot ,eux, les 290 milliards restant!

Très bien. Mais pour tous nos politiques, il s'agissait surtout de dépenses dans de l'aménagement des territoires, comme on dit, pas  des choses qui sont censées rapporter de l'argent. Des dépenses dont ils peuvent se prévaloir, que l'électeur moyen peut voir et qu'il attribuera à ces hommes politiques qu'ils rééliront la prochaine fois sans se rendre compte que ce sont eux qui devront payer le "rendement" sur ces sommes investies.

Alors, bien sur, si ce sont des industriels qui amènent 90 pct voire 100pct des fameux investissements stratégiques européens, fini les aménagements de territoire qui plaisent à l'électeur mais ne rapportent pas grand chose. Il leur faudra de vrais projets qui plairont aux utilisateurs et qui créeront peut être même de nouveaux marchés mais qui devraient générer de vrais revenus pour rembourser les crédits et justifier de vrais investissements.Pas de "rond point"!

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Alors nos politiciens sont très déçus. Regardez les ci contre. Même José Bové à gauche qui est perplexe. Ils en salivaient pourtant déjà car leurs services avaient déjà envoyés pour 700 milliards de projets divers pour lesquels ils pensaient se partager les fonds du FEIS et en tirer la gloire.

Tous les vieux projets qu'on n'avait pas réussi à faire depuis 15 ans faute d'argent qui ressortaient, la liaison Roissy-Paris, les projets de déploiement de fibres optiques, la transition énergétique bien sur et même des cours de langues en ligne.Des projets d'intérêt général dont on savait qu'ils n'avaient pas la rentabilité qui est nécessaire à des investissement privés.Bref, de futurs gouffres à fric.

En plus Jean Claude Juncker a même demandé à ce que les états contribuent au fond lui même. Alors qu'ils sont quasiment tous exsangues.Et Angela Merkel a laissé peu d'espoir que l'Allemagne participe activement car là bas l'investissement privé ne manque pas.

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage.Voilà surement comment se terminera cette tentative de relance de l'investissement au niveau européen.Pas très brillant comme début Monsieur Juncker vis à vis des attentes de vos collègues, mais un grand merci au nom des contribuables ou consommateurs qui échapperont au prurit dépensier de nos politiques, au moins pour un temps...