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Vous savez que l'approvisionnement en gaz de l'Union Européenne risque d'être problématique cet hiver et que des crises comme celles qui se sont déjà produites en 2006, 2008 et 2009 peuvent fort bien se reproduire.

Nous sommes nous, français, relativement à l'abri de ces perturbations de livraisons car situé à l'extremité ouest du continent européen, proche du gazoduc Nordstream qui approvisionne cette partie de l'Europe en direct et lié pour des raisons historiques à des importations par bateau en provenance d'Algérie. Ca ne veut pas dire pour autant que nous n'aurions pas à en souffrir néanmoins si d'aventure les livraisons via l'Ukraine pouvaient être interrompus ou détournées car la solidarité fait partie des règles de l'Union Européenne et nous pourrions être amenés à nous "serrer la ceinture" au profit d'autres pays moins bien ravitaillés  .

L'Union Européenne qui n'est pas particulièrement riche en matières premieres énergétiques utilise largement du gaz de provenance russe qui arrive jusqu'à nous par des batteries de gazoduc qui traversent soit la Biélorussie et la Pologne soit l'Ukraine. Plus récemment a été construit et ouvert en 2012 le gazoduc dit Nordstream qui évite tout transit par un pays tiers en passant par le fond de la Mer Baltique."On" avait critiqué cette construction à l'époque alors l'expérience prouve que ceux qui en avaient décidé ainsi avaient simplement une bonne vision de la géopolitique du gaz!   

Jusqu'à présent le passage par la Biélorussie et la Pologne n'a jamais posé problème. Par contre le passage par l'Ukraine en a souvent crée car cette voie d'accès sert à la fois à approvisionner les besoins internes à l'Ukraine et au transit via ce pays des volumes envoyés vers les différents pays de l'Union Européenne et en particulier vers l'Allemagne qui en est le coeur industriel.

Le demantèlement de l'Union soviétique ne s'est pas particuliérement bien passé comme les problèmes actuels dans l'est de l'Ukraine le démontrent encore. Sur le plan énergétique, l'Union Soviétique approvisionnait en gaz les républiques soeurs à des prix dérisoires qui ont été brutalement convertis en prix de marché au jour de la séparation entre les pays frères. Ce qui était logique, mais revenait à étrangler l'économie de ces pays. L'Ukraine prise à la gorge économiquement, a bataillé ferme avec la Russie pour que d'abord l'ancien prix lui soit conservé, puis pour trouver un terrain d'entente plus intéressant que le prix de marché avec le fournisseur, Gazprom en l'occurence. Elle a été bien en peine de payer le prix de marché et outre des impayés immédiatement monumentaux, a pratiqué et peut toujours pratiquer l'interruption des transferts du gaz vers l'Union Européenne ou pire leur détournement à son profit.La situation de guerre avec les ukrainiens russophones de l'est soutenus par les forces armées russes et l'annexion pure et simple de la Crimée par la Russie ont bien entendu envenimé les choses.

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Que risque t il de se passer cet hiver? D'abord revenons sur l'ampleur des volumes et les possibilités de rétorsion des uns et des autres. Les volumes de gaz livrés par Gazprom à l'Union européenne se montent à 160 mds de m3 (milliards) ce qui représente 30pct des besoins de l'Union Européenne et 76 pct des exportations de gaz russe.La moitié de ces volumes, 60 mds de m3 passent par l'Ukraine et l'autre moitié en la contournant par la Nordstream.La capacité de ce dernier qui est de 55 milliards de m3 par an ne permettrait pas cependant de se passer du transit par l'Ukraine, en particulier pour l'alimentation des pays de l'Europe du sud( Bulgarie, Slovaquie voire Italie)

Comme je vous l'avais signalé, au lendemain même des mesures de rétorsion de l'Union Européenne envers la Russie, Vladimir Poutine est allé signé à l'autre bout de son territoire un contrat qui était en discussion depuis des années. Un contrat d'approvisionnement de la Chine pour lui fournir 38 milliards de m3 par pendant trente ans.On pourrait probablement transférer physiquement tout ou partie des volumes de gaz "européens" par un jeu de gazoduc vers l'est mais, même si ces volumes ne sont pas rien,ils ne peuvent en aucun cas compenser les 160 milliards de m3 que l'Union européenne achète à Gazprom tous les ans.

Sur le plan financier, les achats de l'Union européenne représentent 40 pct de son chiffre d'affaire total de 54 milliards de dollars.Gazprom peut donc difficilement s'en passer

Nous sommes donc dans une partie du genre "Je te tiens, tu me tiens par la barbichette" dans laquelle il faut impérativement arriver à s'entendre quelles que soient les contingences extérieures du moment. A suivre