Vous savez que l'Union Européenne est quasi exclusivement approvisionnée par le gaz russe et Gazprom par l'intermédaire d'un réseau de gazoduc lui appartenant et traversant le glacis des ex républiques soviétiques, Pologne, Biélorussie et Ukraine en particulier dont les séparations avec l'ex ami russe ont été parfois tumultueuses. De ce fait l'économie de l'Union est extrèmement dépendante de son approvisionnement énergétique par la Russie, des humeurs du maître du Kremlin et des désaccords éventuels avec les pays de passage du réseau de gazoducs.

J'avais eu l'occasion de vous présenter les tenants et aboutissants de la géopolitique du gaz dont dépend in fine notre activité industrielle et économique dans des messages des 29 juin 2007, 25 janvier 2008,  29 mai 2008 et 2 septembre 2009 que je vous invite à relire . La Commission Européenne et les différents pays de l'Union étaient bien au courant de cette situation de dépendance et avaient refléchi au moyen de se libérer, au moins partiellement, de la tutelle russe en allant s'alimenter...ailleurs et par d'autres tuyaux. Sauf qu'il est facile de vouloir le faire ou le dire et qu'il est plus difficile d'y arriver concrètement.

Pour alimenter le nord de l'Europe, pour lequel l'Allemagne avait connu quelques problèmes d'approvisionnement à l'époque de bisbilles Russo-polonaises, la solution a été de créer un gazoduc nouveau bypassant la Pologne, le NordStream qui passe au fond de la Mer Baltique et approvisionne l'Allemagne et d'autres pays nord-européens à partir de l'arrivée du gazoduc sur le sol allemand. Le problème des aléas du passage par la Pologne a été ainsi résolu mais pas celui de la dépendance de Gazprom.

L'union Européenne avait pensé construire un nouveau gazoduc à partir de la Mer Caspienne, dont on avait découvert qu'elle détenait des gisements considérables de gaz et de pétrole dans les divers pays qui jouxtent cette mer fermée, le Kazakhstan, le Turkménistan, l'Azerbaidjian, l'Ouzbeckistan voire la Géorgie et le Kirghistan.Tous pays anciennes républiques soviétiques et ayant conservées à ce titre de très bonnes relations avec le Kremlin.Sauf qu'il y a 3500 km minimum entre les gisements et les consommateurs, une mer, la Mer Noire, et quelques pays de transit entre l'Azerbaidjian et les consommateurs, la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et les Balkans. C'est le projet du gazoduc Nabucco ,porté par l'Union Européenne, qui partait de Bakou pour contourner la Mer Noire par le sud et la Turquie et remonter le produit vers les pays d'Europe Centrale à travers de la Bulgarie et Hongrie avec une branche allant vers les pays du sud de l'Europe   

Par ailleurs Vladimir Poutine entendait valoriser ses relations anciennnes avec les pays de l'Asie Centrale pour remonter le gaz de la Caspienne vers le réseau de gazoducs de Gazprom et se charger de l'approvisionnement de ce gaz et de sa commercialisation dans l'Union Européenne. Voie nord ou voie Sud , où en sommes nous quatre ans après le début des discussions?

D'autres intervenants sont venus s'impliquer au fil du temps dans ces projets qui sont les compagnies pétrolières internationales ou locales,et leurs clients, les compagnies gazières de distribution ou les producteurs d'électricité, là aussi internationales ou locales dans chacun des pays susceptibles d'être raccordés ou approvisionnés par les "tuyaux". Car si les gouvernements se placent, ou font semblant de se placer-, en position de décideurs, ceux qui amènent l'argent pour développer les champs gaziers ou pétroliers sont les compagnies gazières et ceux qui signent des contrats sur 20 ou 25 ans avec les développeurs sont les compagnies utilisatrices du gaz, électriciens ou distributeurs de gaz. C'est de cette conjonction de développeurs et d'utilisateurs que naissent les consortium qui réalisent les développements et ceux des clients finaux utilisateurs.

Où en sommes nous maintenant que nous approchons des réalisations concrètes?

ScSouthStream

La Voie Nord s'est matérialisée désormais par un gazoduc dit South Stream (!)  en construction, mené par Gazprom  et l'ENI italienne, qui est prévu passer sous la Mer Noire et rejoindre l'Europe du Sud via la Bulgarie, la Roumanie et les Balkans jusqu'à l'Italie en évitant de passer par l'Ukraine. Il devrait commencer à approvisionner fin 2015 les compagnies clientes de Gazprom. Ses actionnaires en seront Gazprom à 50pct, ENI à 20pct, EDF et Wintershall à 15pct . Sa capacité est prévue être énorme à 60 milliards de M3 /An.

La Voie Sud (Southern Corridor gas), soutenue par l'Union Européenne et qui devait alimenter les mêmes marchés, en partant directement de la côte ouest de la Mer Caspienne (Bakou) pour rejoindre, via la Géorgie (Tbilissi) et la Turquie, les pays de l'Europe Centrale et du Sud n'est pas morte mais a été remplacée par une variante qui partirait toujours de Bakou et évacuerait le gaz du mégagisement azéri de Shah Deniz vers la Grèce, la Bulgarie et l'Italie du Sud en passant par la Turquie. La première partie dite TANAP pour Trans-Anatolian Gas Pipeline aura pour actionnaires les compagnies gazières azerbaidjianaise SOCAR(80pct) et turques Bodas(15pct) et TPAO(5pct), pour amener le gaz jusqu'à l'entrée en Bulgarie. Il est

ScVoieSudGazAzéri

prévu qu'il soit connecté vers le sud  au TAP, Trans Adriatic Pipe, qui passerait via la Grèce  et l'Albanie sous l'Adriatique pour réjoindre l'Italie tout au sud de la botte italienne. Il serait également connecté vers le nord au gazoduc Nabucco West, la version restante du Nabucco originel, qui ferait la jonction entre le TANAP et l'interconnection (hub) gazière de Baumgarten située tout près de Vienne qui permettrait alors au gaz azéri d'entrer sur les réseaux nord européens. La voie directe en évitant la Russie qui était l'ambition de l'Union Européenne serait finalement bouclée entre le gaz de la Caspienne et l'Union Européenne.

Ce gazoduc "Voie Sud" est prévu d'une capacité plus modeste que le South Stream russo-italien avec seulement 16 milliards de M3 transporté par an, mais est prévu pouvoir monter jusqu'à 23 Milliards de M3 voire jusqu'à 60 milliards si une connection avec les champs gaziers du Turkménistan peut se réaliser via un gazoduc sous la Mer Caspîenne dit Trans-Caspian Gas Pipe.

Les opérateurs du TAP sont la Socar azerbaidjianaise, BP, Total, Statoil,E.on, le belge Fluxys et le suisse Axpo.

Le gisement géant de Shah Deniz dans la Caspienne qui doit fournir le gaz devant entrer dans ces gazoducs est un gisement situé à 70 km au sud est de Bakou dans des profondeurs d'eau modérées de 50 à 500m. Il a été découvert en 1999 et mis en valeur par un consortium mené par BP et comprenant la Socar azerbaidjianaise, Statoil, Total, Lukoil, Nyco et Tpao. Il a commencé  a produire en 2006 à l'intention de l'Aerbaidjian, de la Géorgie et de la Turquie.C'est l'un des plus importants champs de gaz et de condensats au monde.
La phase 2 du développement de ce champ, dit Shah Deniz2, doit permettre d'en accroître considérablement le débit en passant de 9 à 16 milliards de m3/an.Le consortium d'exploitation de Shah Debniz2 ont annoncés avoir signés des contrats d'approvisionnement de longue durée avec 9 compagnies gazières européennes dont GDF Suez, E.ON,Shell,Enel, et Gas natural.Il est prévu commencer à fournir du gaz aux pays proches, Turquie et georgie dès 2016 et à ^partir de 2018 popur le reste de l'Union Européenne 

Les deux projets de gazoducs, SouthStream et Southern Corridor gas coûteront à construire des sommes équivalentes avec de l'ordre de 20 milliards d'euros pour chaque projet