• Le grand gazier français, en dehors du groupe Total qui est à la fois pétrolier et gazier, c'est GDF Suez, qui lui est plutôt situé dans l'aval de la profession,- c'est à dire exploitant de centrales électriques à gaz et distributeur de gaz-, qu'en explorateur et découvreur de gisements comme les groupes pétroliers. Le résultat de l'histoire du groupe, un mélange d'un pur distributeur à partir de gaz acheté, GDF, et d'un fournisseur de service divers aux collectivités, Suez. C'est cependant la conjonction de ces deux histoires et de leurs actifs, combiné avec l'apparition d'hommes aux volontés d'expansion marquées, dont Gerard Mestrallet son PDG,, qui ont peu à peu transformé le groupe en un énergéticien toutes énergies à vocation mondiale et à vocation de rechercher partout dans le monde les ressources,- gazières-, de l'énergie la plus importante de son mix de matières premières, le gaz.

    Une de ses ambitions majeures, se développer dans le nucléaire sur la base de son savoir faire accumulé chez Electrabel en Belgique,s'est très vite vu rognée aux ailes par le gouvernement qui n'a pas souhaité créer un concurrent à EDF et donc ne lui a pas accordé une chance de monter ce savoir faire sur le territoire national.

    Qu'à cela ne tienne! GDF Suez qui,entre temps, avait racheté l'énergéticien britannique International Power s'est lancé dans une internationalisation à tout va et en particulier en Asie du Sud Est où International Power était très implanté.Elle s'est également lancée dans une diversification technique accrue dans l'hydraulique( avec le barrage de Jirau au Brésil), dans le nucléaire hors de France (avec le projet de Sellafield en Angleterre), dans l'éolien terrestre ou maritime et dans le gaz liquéfié.

    Un changement de stratégie qui, bien que forcée, s'est avérée bienvenue alors que la production d'énergie à partir de gaz dans l'Union Européenne est devenue brutalement sinistrée du fait de l'arrivée de charbon américain à très bas coût, ce qui s'est traduit par la fermeture de très importantes capacités de production d'électricité à partir de gaz. 30 000MW soit l'équivalent de 20 EPR (!!) en deux ans!
    Globalement, GDFSuez s'est complètement transformée en quelques années d'un société très "nationale", exclusivement gazière et de distribution en un société très internationale, multi énergies, et très impliquée sur les énergies et produits d'avenir. 

  • Cap Gemini publie régulièrement son observatoire des marchés de l'énergie européens dont la dernière édition vient de paraitre.Il y signale en particulier la situation difficile des centrales à gaz européennes qui, du fait de l'arrivée du charbon américain à très bas prix, sont menacées de fermeture au profit des centrales au charbon existantes dont on pensaient qu'elle étaient condamnées à être fermées du fait des engagements environnementaux de l'Union Européenne! Etonnant tout de même qu'après avoir vécu sous tyrannie environnementaliste depuis des années, on laisse faire une telle inversion d'énergie primaire au détriment de la plus propre sans que qui que ce soit ne semble s'en préoccuper!! C'est à croire que l'économique pour l'instant tue l'environnemental.

    L'inconvénient de cette substitution, c'est que le système européen y perd l'outil qui garantit la sécurité de l'approvisonnement des foyers et des industries européennes en cas de grand froid. Ce sont en effet ces centrales à gaz que l'on remettait en fonctionnement en cas de crise du fait de leur facilité de redemarrage. Or si une centrale n'est pas utilisée à 57 pct minimum tout au long de l'année, elle n'est pas rentable et est donc susceptible d'être mise sous cocon, si elle est relativement moderne, ou d'être fermée.Et, d'après l'observatoire CapGemini, 60 pct d'entre elles sont menacées de fermeture d'içi 2016 soit 13 000 MW de capacité de production de plus, en moins....

    Dernier élement important de cet Observatoire, le rappel de la necessité d'investissements lourds dans le domaine des infrastructures d'acheminement de l'électricité en Allemagne du fait de la décision de fermeture des centrales nucléaires et donc du besoin de rapatrier l'électricité d'origine éolienne produite au nord, vers les régions de consommation du sud de l'Allemagne. Il y en a pour 1000 milliards d'euros d'investissement et pour le moment, on ne voit pas de prise en charge par les pouvoirs publics nationaux ou européens des problèmes énergétiques.
    Serait ce à dire que nos politiques attendent un grand froid et une prochaine chute des réseaux quelque part en Europe pour relancer le problème?

  • GDFSuez avait monté un projet à 50/50 avec l'électricien espagnol spécialiste de l'éolien, Iberdrola, de mettre en service une centrale nucléaire de 3,6 gigawatts ( 2 EPR) sur le site de la centrale de Sellafied en Angleterre. Areva s'en frottait les mains d'avance à la pensée d'y placer deux de ses EPR. Or n'apprend on pas que Iberdrola avait vendu ses 50 pct de la société Nugen chargée de "porter le projet" au japonais Toshiba qui, comme vous savez peut être, est aussi le propriétaire de Westinghouse, le grand concurrent mondial d'Areva. Fureur de ce dernier, mais après tout il était toujours en course pour la fourniture des EPR et entre français....
    Deuxième détente de ce gag industriel. Toshiba annonce que les négociations avec GDF Suez se poursuivent pour une cession partielle des 50 pct de projet par GDF Suez qui se contenterait d'en conserver 30 pct dans la mesure où ils resterait l'opérateur du site. Ca ne gène pas Toshiba qui n'a pas vocation à être opérateur de centrale. Par contre il imposerait trois réacteurs Westinghouse AP 1000 en lieu et place des 2 EPR.
    Fin des négociations prévues en janvier mais on peut déjà monter du doigt dans ce deal les gagnants et....le perdant!