Un article récent paru dans Capital relatait un interview du Directeur Asie de PSA, Grégoire Olivier, que j'ai trouvé très intéressant en ce sens qu'il relatait les mêmes difficultés et la même suffisance française que lorsque Renault avait lancé la Dauphine aux Etats Unis! En voiçi quelques extraits choisis:

Sur les besoins et attente de l'automobiliste chinois: Il y a des incontournables. En Chine, on trouve toujours des pompistes dans les stations-service. Le conducteur ne descend pas de sa voiture, il actionne un levier à l’avant pour ouvrir la trappe à carburant. Sans cette manette, vous ne vendez pas la voiture. La richesse des planches de bord est aussi indispensable. Dès l’entrée de gamme, on trouve du cuir, des plastiques recouverts de flush, une matière plus douce au toucher, des couleurs plus brillantes. Autre exemple, la climatisation : ici, un bon système doit envoyer un jet d’air glacial à 10 mètres/seconde dans le visage ! Pas question de ­rafraîchir l’habitacle progressivement comme en Europe. Les moteurs doivent aussi être réglés spécialement. Les Européens adorent démarrer en trombe alors que les conducteurs chinois n’appuient jamais à fond sur la pédale. Du coup, il faut des moteurs ayant beaucoup de couple au démarrage."

Sur les raisons de l'echec initial de PSA: " C’est vrai, nous avons longtemps stagné. Au début, l’erreur a été de proposer des voitures anciennes, comme la Xsara Picasso, qui avait réussi en Europe mais ne correspondait pas aux attentes locales. Les goûts ici ne sont pas les mêmes : les Chinois veulent des voitures tricorps, là où l’Europe est en bicorps ; ils préfèrent les moteurs à essence, alors que le cœur du marché européen est le diesel. Enfin, plus de 50% des consommateurs chinois choisissent des boîtes de vitesses automatiques alors que les Européens préfèrent les mécaniques… Sur tous ces sujets, nos réponses n’ont pas été à la hauteur, nous en avons tiré des leçons".

Sur le marché chinoisC’est à la fois le premier marché automobile du monde, mais aussi le pays le moins équipé. On est à 50 voitures pour 1 000 habitants contre 600 pour 1 000 en Europe et un peu plus aux Etats-Unis, d’où un potentiel énorme. L’infrastructure routière se construit à toute vitesse, l’auto est devenue «aspirationnelle». Quand vous demandez à un Chinois ce qu’il souhaiterait acheter s’il avait plus d’argent, il cite l’automobile et le logement. La Chine vit aujourd’hui l’équivalent de nos Trente Glorieuses. Les salaires montent chaque année de 10%, on s’arrache les ingénieurs, les gens changent de job facilement, le sentiment général est celui d’un enrichissement collectif. Le contraste avec la morosité en Europe est saisissant.

Sur les constructeurs chinois: Les constructeurs chinois occupent 30% du marché, avec des petites voitures pas très chères. De 3 000 euros à 10 000 euros, alors que les modèles européens démarrent à 7 000 euros pour atteindre 25 000 euros ou 30 000 euros. Donc, nous ne sommes pas sur les mêmes segments. Lorsque nous demandons à nos clients entre quelles marques ils ont hésité, ils citent Ford, Volkswagen, mais pas les chinoises. On ne voit pas comment ils pourraient dépasser les 30% : nous produisons localement, nous avons les mêmes coûts d’achat et nous sommes tout de même en avance sur le plan technologique. 

Sur la situation actuelle de PSA: " PSA fait de la croissance rentable en Chine et, surtout, prend des parts de marché. Nous étions à 3,3% en 2010 et nous sommes à 4% en ce moment, en ligne avec notre objectif de 557 000 voitures vendues à la fin de l’année. Le but est d’atteindre 5% de parts de marché en 2015, ce qui représente un volume compris entre 800 000 et 900 000 véhicules. Par rapport à nos 2 millions de ventes en Europe, le marché chinois commence donc à peser significativement pour PSA."
et encore:  Fin février, notre chiffre d’affaires avait progressé de 51% par rapport à l’an passé, à 6 milliards d’euros, partagés à égalité entre Peugeot et Citroën. Nous avons deux joint-ventures en Chine. L’un avec Dongfeng, le deuxième constructeur chinois, pour fabriquer des Peugeot et des Citroën, et l’autre avec Chang’an, le numéro 4 chinois, pour lancer la marque DS."

Sur le Haut de gamme et la stratégie PSA: "Nous ne pouvons pas être durablement rentables en Chine si nous n’avons pas un pied dans ce segment ­dominé par nos concurrents allemands, BMW, Audi et Mercedes. En ce moment il représente 9% du marché en volume, mais nous estimons qu’il va monter rapidement à 15%. Le créneau représente déjà 20 à 25% du chiffre d’affaires du secteur automobile et des marges de 30 ou 40% !"
et encore: "Nous lançons DS. Il ne s’agira pas d’une ligne de produits de Citroën comme en Europe, mais d’une véritable marque automobile positionnée sur le segment premium. C’est un grand pari, probablement l’une des plus grandes initiatives stratégiques de PSA dans le monde, mais s’il y a un endroit où on peut réussir, c’est ici"

Ce monsieur a tout compris et nous aussi à l'écouter. Quel dommage que PSA ne l'ait pas envoyé la bas il y a quinze ans!

NB Quant à Renault il n'a pas encore réussi à s'y implanter! Pas brillant