• Ces temps derniers, les pétroliers avaient tendance à se séparer de tout ce qui n'était pas exploration et production du brut, car, d'une part, c'est leur vache à lait traditionnelle et, d'autre part, les investissements dans ce secteur sont devenus tellement énormes qu'il faut bien couper les dépenses quelque part pour les financer.
    Exit, donc, chez certains, les réseaux de stations services trop coûteux, exit, chez d'autres, tout ou partie du raffinage. Bien sur ces séparations d'avec certains secteurs d'activités se font sur la base de critères objectifs de rentabilité de tel ou tel marché et de son caractère mâture ou pas.
    C'est ainsi que la pression s'est accentuée sur les raffineurs européens pour cause de marché mature, d'excédent de capacité de raffinage ( 10pct estimés sur l'Union Européenne) et de récession économique. L'affaire Petroplus et la fermeture inévitable de l'ex raffinerie Shell de Petit Couronne en sont la partie émergente.
    Les marges de raffinage que l'on calcule entre les prix des produits finis cotés à Rotterdam tous les jours et les prix du brut plus les coûts de raffinage, sont tombées en dessous de 10 dollars à la tonne ce qui est insuffisant pour rémunérer correctement l'activité de raffinage.On considère en effet qu'il faut des marges de l'ordre de 35 dollars à la tonne pour que le raffinage puisse vivre.
    Aux Etats Unis c'est l'inverse! L'arrivée des gaz de schiste, peu couteux, a boosté les profits des unités pétrochimiques souvent intégrées aux installations de raffinage. Celles des pétroles de schistes et la baisse des prix du brut qui en a résulté se traduit par des profits en hausse dans le secteur du raffinage là bas qui viennent d'ailleurs compenser la rentabilité limite de la production des gaz de schistes. Ceux du premier pétrolier mondial ExxonMobil dans le raffinage sont passés de 425 millions de dollars au 4éme trimestre 2011 à 1,77 au même trimestre 2012.Ceux de Chevron pour le même trimestre sont passés d'une perte de 61 millions de dollars à un bénéfice de 925.
    Les pétroliers uniquement impliqués dans le raffinage et distribution, -ça existe aux Etats Unis- , comme Valéro ou Marathon sont passés respectivement au même trimestre d'un bénéfice de 45 millions à 1 miliard pour le premier et d'une perte de 75 millions à un bénéfice de 755 millions pour le second.
    Enfin le seul pétrolier qui se soit débarrassé de son raffinage l'année dernière, Conoco, a vu son résultat global chuter de 3,39 milliards à 1,43 en 2012 pour ce même trimestre. Pas de chance pour Conoco!
  • L'autre soucis de la profession pétrolière est celui du renouvellement des gisements dont vous savez qu'ils perdent naturellement tous les ans de 5 à 10 pct de leurs réserves. Il faut, bien sur, en découvrir des nouveaux et l'on sait que c'est de moins en moins facile, mais il faut aussi les mettre en production et c'est de plus en plus long et coûteux.
    C'est ainsi que la production d'ExxonMobil est en baisse de 5,9pct, celle de Chevron de 2,2 pct, celle de Conoco de 3,3 pct. Il en est de même pour tous les grands groupes pétroliers internationaux.
    Heureusement, d'une certaine manière, que les gaz de schistes sont arrrivés pour nous fournir une matière première énergétique de substitution!
  • En France, depuis des années, la profession se plaint du favoritisme affiché par les pouvoirs publics pour le diesel et donc le gazole que ce moteur utilise. Le brut ne contenant qu'un certain pourcentage de gazole, au fil des ans la structure de production de nos raffineries s'est trouvé de plus en plus décalée des besoins du marché. Heureusement, dans le même temps le marché américain était de plus en plus demandeur d'essence, ce qui permettait d'évacuer nos excédents de supercarburant. L'arrivée des gaz de schistes a changé la donne et nos raffineries se trouvent de plus en plus excédentaires en carburants alors qu'en même temps nous importons à tout va du gazole...de Russie.
    Les pétroliers les plus malins, Shell, se sont débarrassés de leurs vieillles raffineries. Les moins astucieux les ont toujours sur les bras. Quant à celui qui, étant national, ne peut fermer son outil de production alors qu'il a investi en même temps en Arabie Séoudite, il a finalement pris son parti de sa situation et décidé d'investir lourdement dans sa raffinerie majeure, celle de Gonfreville pour l'adapter aux marché.
    Il en a ainsi couté à Total plus de 1 milliard d'euros, pour..réduire(!) sa capacité de traitement de 16 à 12 millions de tonnes de brut et produire davantage de gazole( +10 pct soit 500 000 tonnes/an) et moins d'essence( -60pct) grace à de la conversion lourde, tout en diminuant consommation énergétique et émissions de CO2.