Dans mon message du 12 mai sur l'obtention en Turquie, à la remorque des japonais, du contrat pour la Centrale nucléaire de Sinop, je vous avais fait part des difficultés rencontrées par toute entreprise française désirant investir dans ce pays ou simplement soumissionner pour un contrat dans le pays, du fait de notre reconnaissance du génocide arménien de 1915. Reconnaissance faite en 2001 et à laquelle, nous avons failli y rajouter, en 2006 puis 2012, à la demande du Parti Socialiste, la mise en place d'une sanction pénale contre toute personne qui nierait ce génocide.

Il s'en est suivi des sanctions de la part de la Turquie à notre encontre et surtout à l'encontre de nos entreprises pour les marchés publics qui se presentent dans ce pays de 76 millions d'habitants en plein développement économique.Citons à titre d'exemple la construction d'un pont supplémentaire sur le Bosphore, celui d'un troisième aéroport à Istambul prévu être le plus grand du monde, celui de lignes de métro dans différentes villes, celui d'un tunnel routier sous le Bosphore, ou encore la construction de la centrale nucléaire mentionnée ci dessus.Les sanctions contre la France avaient été levées à la suite de l'élection de François Hollande, mais ce dernier ayant exprimé le désir d'en rajouter une couche législative sur le déni des massacres, la Turquie a menacé de les réintroduire.

Il faut donc vraiment que les entreprises françaises aient un avantage technologique reconnu pour qu'elles puissent être prise en compte dans quelque appel d'offre public que ce soit. Ce fut le cas avec la Centrale nucléaire de Sinop et Areva et GDF Suez bien cachés derrière les japonais ou encore dans le renouvellement de la flotte de la Turkish Airlines où les Airbus A 320 ont remporté la victoire pour une commande de 82 avions grace à leur avance technologique et à la dimension européenne de l'entreprise.

Ce ne fut pas le cas, hélas, pour Aéroport de Paris, ADP, dans le cas de l'adjudication du contrat de construction du 3ème aéroport d'Istambul. ADP avait pourtant bien joué le coup en prenant une participation de 38 pct dans TAV, le gestionnaire de l'aéroport actuel d'Istambul, l'aéroport Atatûrk, dont on pensait qu'il pourrait obtenir aussi la gestion de ce 3 ème aéroport prévu pouvoir accueillir 70 millions de voyageurs pour 2017, avant de passer à 150 millions ultérieurement. Un aéroport qui est aussi considéré comme l'investissement indispensable pour pouvoir briguer l'attribution des Jeux Olympiques de 2020.

Que croyez vous qu'il arriva? Ce fut un consortium cent pour cent turc, composé des entreprises Limak, Cengiz, Kolin, Mapa et Kalyon qui en obtint la construction et l'exploitation pour 25 ans pour la somme jugée considérable de 22 milliards d'euros.

TAV, soutenu par ADP, s'était retiré après le premier tour, considérant le montant des enchères trop elevé.Il en résultera un manque à gagner estimé à 300 millions d'euros pour lequel ADP attend une indemnisation (?), sans compter une dépréciation possible du coût de la prise de participation d'ADP dans TAV. ADP, considérant qu'il n'y a aucun spécialiste de la construction d'aéroport dans le consortium choisi, entend leur faire des offres de services.

Il n'est pas certain que les mauvaises relations avec la France aient impacté le résultat de cet appel d'offre dont le prix offert semble en effet être monté très/trop haut. Une chose est sure, néanmoins, en avoir eu de bonnes aurait certainement aidé ADP....