Comme je vous en faisais part dans mon message du 5 mai sur la saga du système ferroviaire français, les autorités françaises, en contradiction avec les recommendations de la Commission de Bruxelles, ont finalement choisi de remettre au sein de la SNCF la gestion des réseaux, dans le cadre du GIU, le Gestionnaire d'Infrastructure Unifié, lui même partie prenante du PPFU, le Pôle Public Ferroviaire Unifié, l'organisme public unifié retrouvé des pouvoirs publics!

Reste que la raison majeure de ce souhait de séparation de l'activité de gestion des réseaux, de celle de l'exploitation des transports sur ces réseaux , qui était d'assurer le passage de divers exploitants sur un réseau unique et d'en assurer ainsi la mise en concurrence, n'est pas respectée. La SNCF et ses personnels font ce qu'ils veulent en choisissant de préférence de faire passer les trains de la SNCF avant ceux de la concurrence, ou d'accorder les meilleurs horaires à leur employeur ou encore de repousser au fin fond de gares ou de quais qui "appartiennent" à la SNCF, les maigres bureaux accordés aux sociétés concurrentes.

Les transports ferroviaires ne sont pas les seules activités industrielles qui utilisent des infrastructures communes plutot que de les dupliquer à l'infini. C'est le cas des transports routiers qui utilisent les mêmes routes et autoroutes, des transports aériens qui utilisent les mêmes aéroports, guichets,et services, des fournisseurs d'accès téléphoniques ou internet, des fournisseurs de gaz, d'électricité et de très nombreuses autres activités. Le réseau ferroviaire est ,sans doute, celui qui est le plus important et le plus encombrant au sol au point qu'on ne peut le dupliquer, surtout en zone urbaine, comme l'on duplique des réseaux de télécommunication.

Ca ne justifie pas pour autant d'user de pratiques anticoncurrentielles à l'encontre des autres compagnies ferroviaires ! C'est du moins ce qu'à du penser la filiale de la Deutsche Bahn dans le fret ferroviaire, Euro Cargo Rail, qui annonce saisir à nouveau l'Autorité de la Concurrence comme elle l'avait déjà fait en 2009.La SNCF à l'époque avait été condamnée à une amende de 61 millions d'euros pour plusieurs pratiques anticoncurrentielles.

Que reproche la concurrence à la SNCF? Tout d'abord de pratiquer des "prix dit d'éviction" c'est à dire des prix inférieurs aux prix de revient pour, comme leur nom l'indique, évincer les concurrents. Ensuite d'être mal servi lors de l'attribution des "sillons", les créneaux de circulation sur le réseau, qui sont connus très tard pour optimiser les trains. Enfin de ne pas remplir ses obligations en matière d'approvisionnement en gasoil des motrices de la concurrence. L'Araf, Autorité de régulation des activités ferroviaires lui a d'ailleurs reproché son " manquement à ses obligations de non discrimination et d'accès aux installations" et son "manque de transparence" avec la facturation systématique d'un pompiste SNCF et lui a demandé, sous peine de sanction, de respecter les règlements.

Autre pratique anticoncurrentielle, la SNCF voudrait imposer à ses concurrents, le statut très favorable qu'elle a accordé à ses personnels au fil des ans et qui la handicape par rapport au vrai concurrent du fret ferroviaire, la route! Les nouveaux entrants, qui viennent pour gagner leur vie, sont très conscient que le statut des personnels est la clé de la compétitivité du fret ferroviaire contre le fret routier et n'entendent pas dupliquer un statut SNCF qui les mettraient hors jeu d'entrée.La SNCF, elle, ne verrait pas d'inconvénient à ce que le contribuable continue à payer les déficits des activités fret plutôt que de risquer des mouvement sociaux qu'elle n'a jamais su ni vraiment voulu affronter...

La concurrence pour les transports de passagers, officiellement ouverte, n'est pour l'instant pas rentrée dans les faits. Les pratiques anticoncurrentielles de notre opérateur national y sont peut être pour quelque chose. Nul doute qu'elles seront bien plus génantes encore lorsqu'elle sera devenue effective