Vous aviez peut être cru que calculer un taux de croissance de l'économie était un calcul relativement facile à faire pour des spécialistes de l'économie comme nous supposons qu'il en pullule dans les bureaux de Bercy et du Ministère des Finances.

C'est le Ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, qui avait, dans un premier temps et de manière assez malencontreuse, semble t il, pour ses collègues, annoncé un taux de croissance révisé par rapport au chiffre du budget 2013 d'origine de 0,8Pct, à 0,2 à 0,3pct. Un chiffre tiré d'un chapeau, a t il semblé, puisque aussitôt, le Ministre des Finances, Pierre Moscovici, s'était étonné de cette annonce et du chiffre donné. Il avait d'ailleurs annoncé qu'il ne pourrait annoncer le chiffre révisé avant fin mars. Le temps de faire les calculs, bien sur.

Ayant personnellement participé, dans une société privée, à l'établissement des plans prévisionnels pour l'année suivante et les années à venir, je ne fais pas partie de ceux qui demandent des révisions tous les trois mois. Une prévision reste une prévision, par nature fausse, et il suffit de suivre l'évolution des résultats, des marchés et des indicateurs économiques pour savoir où l'on en est et vers où l'on va.Une revision à la moitié de l'année pour en tenir compte est largement suffisante. Il est plus inhabituel, par contre que dès le premier mois de l'année, le plan prévisionnel soit aussi décalé par rapport à la réalité car cela sous entend que l'on a voulu sciemment le "truquer", soit pour tromper les français soit peut-être avec de très bonnes raisons comme de ne pas voir les financements et le taux des prêts qui nous sont consentis attaqués et au delà voir la crise de l'Euro repartir.   

Quelques jours plus tard c'est la Commission de Bruxelles elle même, par la bouche du Commissaire en charge des affaires économiques, Olli Rehn, qui annonce aux français dans le cadre d'une revue européenne des affaires économiques que l'objectif de déficit 2013 de 3pct dont on nous jurait à Bercy quelques jours avant, que,- croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer-, il serait tenu, n'était pas tenable d'après les économistes de Bruxelles et qu'il serait plutôt de 3,7 pct du PIB. Moyennant quoi,Bruxelles acceptait de repousser l'objectif de retour aux 3pct de déficit à 2014.

La croissance économique de 0,8 pct qui sous-tendait notre budget devait être revue fortement à la baisse à 0,1pct seulement et qu'il faudra donc vraisemblablement à la fois emprunter plus et rééquilibrer notre budget. Ce qui veut dire en clair augmentez les impôts, ou diminuer les dépenses. Augmenter les impots c'est diminuer le pouvoir d'achat et faire entrer l'économie dans une spirale descendante.Diminuer les dépenses, dont 70pct sont constitués de frais de personnel, c'est attaquer le Mammouth de la fonction publiques. Connaissant l'amour que nous avons pour la fonction publique et ce gouvernement pour ses électeurs, c'est un dilemne extraordinaire que de revenir, au minimum, à la politique Sarkozy de non renouvellement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Autre critique des économistes de la Commission, le plan prévisionnel 2014, celui qui intègre dans ses calculs le plan de compétitivité censé relancer l'emploi d'industriel.Or comme ce plan n'est pas "financé" pour l'instant, c'est à dire  que le gouvernement n'a pas expliqué par quelles taxes nouvelles miracles ou économies de fonctionnement de l'Etat il allait dégager les 20 milliards d'euros necessaire, Bruxelles a réduit le taux de croissance de l'économie française, prévu par Paris à 2pct, à 1,2 pct seulement ce qui fera mécaniquement monter le déficit à 3,9 pct du PIB.

Derrière toutes ces discussions, il y a un soupçon fort, celui du manque de professionalisme des équipes du gouvernement et une menace claire, de nous mettre à l'amende en 2014 si notre déficit ne retombait pas "nettement" sous les 3 pct soit d'après les collaborateurs de Olli Rehn à 2,7 pct !!!