C’est peut être le commentaire que l’on fera dans quelque semaines si les choses ne se passent pas comme prévu par nos stratèges militaires et civils qui de toute évidence ont fait le pari d’une guerre rapide, d’un écroulement des milices islamiques et de la prise en charge rapide par un corps expéditionnaire africain de la suite des évènements. 

J’avais cru, à l’annonce de cette intervention de nos forces armées, qu’il allait s’agir d’une intervention comme celle faite en Lybie, c’est à dire pas tous seuls, peut être sous l’égide de l’Otan, et limitée à un engagement aérien sans intervention terrestre. Ce sont d’ailleurs les premières frappes aériennes qui ont fait l’objet d’une couverture médiatique et seulement un peu plus tard qu’il fut annoncé que nous faisions monter des troupes terrestres et des matériels lourds au nord du Mali . 

Il semble que notre Président en avait décidé autrement. C’est son droit et son choix, du moins tant que ce choix apporte des résultats positifs,comme le retrait des islamistes du nord Mali, la remise en place d’une autorité forte dans un Mali pacifié, le maintien de l’intégrité du territoire malien et la libération des otages français, avec le minimum d’effets négatifs, comme  des morts et blessés nombreux dans les combats, un engagement de long terme forcé sur le territoire malien ou encore des manifestations anti-françaises pouvant aller jusqu’à des attentats meurtrier et une montée d’un fort sentiment anti-français dans le monde musulman ! 

C’est dire que les risques directs et collatéraux pour la France et les français dans cette aventure sont tout à fait significatifs. Pourtant la totalité de nos partis politiques et de nos hommes politiques se sont immédiatement prononcés en faveur de cette intervention et nos médias, comme à leur habitude, suivent. 

Sur le fond, je suis assez d’accord sur le but de cette intervention qui devenait, me semble t il, de plus en plus inévitable. Sur la manière, je suis beaucoup plus dubitatif sur les choix fait par notre Président tout en espérant que l’avenir ne me donnera pas raison. Tout d’abord, il me semble que nous remplaçons  dans cette affaire un corps expéditionnaire africain qui devait, depuis des mois, prendre en charge la situation. Où est il ? Il se prépare nous dit on et devrait être opérationnel dans les dix jours. C’est dire que ces messieurs ne se sentent pas trop motivés pour venir en aide aux maliens et pour faire la chasse aux terroristes. 

On aurait pu attendre, comme pour l’intervention en Lybie, de s’entendre avec les autres pays européens pour ne pas se retrouver tout seul au milieu d’un continent et d’un désert alors que la situation peut devenir brutalement incontrôlable. Nos commentateurs franco-français déplorent que l’Allemagne ne participe pas et que l’Europe de la défense n’existe pas encore. Mais si elle existait, il faudrait alors convaincre 25 pays, aux intérêts très variables pour ce continent, et leurs opinions publiques avant de pouvoir intervenir. Et il aurait fallu y travailler dur et bien avant pour déclencher une telle intervention. 

Enfin nous avons pris le risque d’ouvrir la boite de Pandore du terrorisme islamique dont on a vu ce qu’il était capable de faire à l’occasion de l’attentat du 11 novembre à NewYork. Nous sommes d’ores et déjà sous la menace d’un acte comparable. L’attaque d’In Aménas en Algérie pourrait bien en être un signe précurseur. Sans compter que nous avons des otages au Mali dont on ne se semble pas se préoccuper beaucoup à cette occasion.

 Bref, il me semble que nous avons pris beaucoup de risques dans cette aventure et que nous ne savons pas vraiment où nous allons. Espérons que tous ces risques ne se matérialisent pas et que notre intervention puisse se terminer rapidement et sans casse. C’est ce que je souhaite du fond du cœur au peuple français, à nos soldats, et à nos otages.