J'ai souvent entendu dire dans les médias que les cadres jouissaient d'une espérance de vie plus longue que les ouvriers.Derrière une telle affirmation se profilaient souvent différents arguments ou revendications sous jacentes telle que la non reconnaissance par le capitalisme de l'importance égale de l'ouvrier et du cadre dans le développement de l'économie, ou la stigmatisation de la catégorie sociale des cadres considérée comme le bras armé du salaud de patron, ou la plus grande pénibilité du travail de l'ouvrier qui méritait reconnaissance sous forme salariale, ou de moindre durée du travail, ou de départ en retraite anticipé.

Il se trouve que je lisais cette année le rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'Assurance Maladie, HCAAM, présenté début décembre et qui incluait pour la première fois les réflexions du Conseil sur ce que l'on appelle les inégalités sociales de santé et sur le rôle éventuel de l'Assurance Maladie sur la réduction de ces inégalités sociales. Un organisme incidemment qui comporte 65 ou 66 personnes dont le temps de travail doit se dérouler très majoritairement dans des bureaux ministériels plutôt que sur les chantiers ou dans les usines et qui centralise les activités et résultats d'un nombre considérable d'organismes travaillant sur ce secteur.

Le dit rapport réaffirme d'entrée que les inégalités sociales de santé sont indiscutables et qu'il existe une corrélation entre "inégalités sociales" et "inégalités d'état de santé", en clair les plus riches, les plus éduqués, les plus reconnus socialement sont en meilleure santé que les plus pauvres et les moins elevés socialement. Le tout est cristallisé immédiatement dans l'écart entre l'espérance de vie des ouvriers qui est inférieure de 6,3 ans à celle des cadres.ll existe aussi une différence entre les espérance de vie des femmes cadres et des femmes ouvrières mais elle est moindre que dans le cas du sexe fort avec 3 ans de différence au lieu de 6,3 entre ouvriers et cadres de sexe masculin.

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Le rapport mentionne immédiatement après que cette corrélation ne livre pas d'explication sur les causes de ces différences et que les liens entre situations sociales et état de santé peuvent emprunter de multiples chemins !

Une des questions qui intéresse le Haut Conseil pour l'Avenir de l'Assurance Maladie de par sa fonction, est de savoir si ces différences ne sont pas liées à des difficultés d'accès aux soins, pour raisons financières ou par manque d'offre, auquel cas il lui appartiendrait de prendre des mesures pour réduire ces difficultés.Or les chiffres ne font pas apparaitre de différences sensibles dans les dépenses de soins entre les catégories sociales.L'Assurance Maladie joue donc bien son rôle d'assurer un bon niveau d'égalité dans l'accès aux soins aux différentes catégories sociales.

On peut trouver deux grands types d'explications à ces corrélations entre inégalités sociales et inégalités d'état de santé

D’une part, l’explication par la « sélection sociale » : les personnes en bonne santé auraient plus de chance d’occuper une position élevée dans la société. L’inégalité de santé est, en quelque sorte, une « cause » de l’inégalité sociale. D’autre part, à l’inverse, ce qu’on peut appeler la « causalité sociale » : une position élevée dans la société favoriserait une bonne santé. L’inégalité sociale est alors la « cause » de l’inégalité de santé.

En cherchant plus en détail les raisons de cette différence d'espérance de vie entre catégories sociaux économiques,on trouve que 60 pct des 6,3 années d'espérance de vie entre cadres et ouvriers provient de la période 35/60 ans et que cette différence provient de décès par les accidents du travail mais aussi par cancer ou maladie cardiovasculaire que l'on peut relier à des différences comportementales dans un tabagisme deux fois plus elevé chez les ouvriers/(es) que chez les cadres,une prévalence de l'obésité deux à trois fois plus elevée et une plus forte consommation d'alcool.

Des différences entre diplomées et non diplomées qui sont nettement moins sensibles dans la population féminine que dans la population masculine ce qui explique la nette différence entre les 6,3 ans d'écart entre hommes et les 3 ans entre femmes.Pour donner un exemple, le risque de décéder par cancer chez les femmes est 1,2 plus fort pour les non diplomées que pour les diplomées alors que chez les hommes ce risque est 1,9 fois plus élévé!

Dernier point le rapport compare les espérances de vie à 35 ans puis celles à 60 ans et enfin les espérances de vie sans incapacités.Les différences socio-économiques ne font que d'aller en s'amplifiant, la différence en espérance de vie à 35 entre hommes cadres et ouvriers qui est de 6,3 années s'accroit à 8ans quand on passe pour l'espérance de vie sans incapacités