Le scenario d’une Grèce éjectée de la zone euro n’est plus tabou parait il, du moins en Allemagne ou aux Pays bas qui s’y préparent. C’est dire que la situation devient grave et qu’il n’est pas inutile pour chacun d’entre nous d’avoir une idée de ses conséquences pratiques, car lorsque cette possibilité se matérialisera, il sera trop tard pour sauver ce qu’il aurait fallu sauver.

Tout d’abord ce n’est en principe pas possible car rien dans les traités n’a été prévu qui permette une telle sortie de la zone euro !Le traité de Lisbonne dans son article 50 prévoit bien une possibilité légale de sortie de l’Union Européenne mais pas de l’Euro ! Extraordinaire n’est ce pas ? Il faudrait donc que le pays désireux de sortir de la zone euro se mettent d’accord avec ses anciens partenaires pour en sortir ce qui passe par une modification du traité de Lisbonne avec approbation éventuelles par référendum dans certains pays membres. Autant dire que ce n’est pas demain la veille que le processus aura été approuvé. Même en cas de consensus, il faudrait modifier à l’unanimité le traité de Maastricht ! 

En supposant qu’un pays décide de sortir, ou plutôt que le marché l’y force , il lui faudrait repasser à son ancienne monnaie et convertir sa dette dans cette monnaie avec des taux de change qui entérineraient une forte dévaluation. Il en coûterait 170 milliards d’euros pourla Grèce, 70 pour le Portugal, 90 pour l’Espagne et 300 pour l’Italie. L’euro en serait fortement déprécié  et le prix des produits et des matières premières importées (pétrole) fortement augmentés en zone euro et encore plus dans les pays l’ayant quittée. Par contre l’exportation de nos productions serait en principe favorisée, du moins si leur prix de revient n’est pas trop affecté par les matières premières importées. Quant aux investisseurs extérieurs,dont nos banques, ils entérineraient des pertes colossales et ne seraient pas prêts de revenir. 

L’effondrement de l’Euro serait un vrai désastre pour les banques, dont quoi qu’on en dise nous avons quotidiennement besoin. Les banques des pays restant, perdraient 50pct ou plus de leurs créances, diminueraient drastiquement leur exposition aux monnaies des pays sortants , seraient obligées de rémunérer grassement (50pct ?) les dépôts comme en Argentine en 99/02 et ne seraient plus en mesure que de donner chichement du crédit aux entreprises et aux particuliers. Un nombre important d’entre elles se retrouveraient en faillites comme ce fut le cas en 2008/2010 aux Etats-Unis. Ce serait une période de faillites et de regroupements dans cette industrie qui mettrait très longtemps à se redresser. 

La valeur des monnaies nouvelles serait dépréciée considérablement. De l’ordre de 55 pct pour la drachme grecque par rapport à une euro lui-même déprécié, de 35 pct pour la monnaie portugaise, de 20pct pour la peseta espagnole, et 30pct pour la lire italienne si on se fie aux dépréciations enregistrées en 92/93 lors de l’explosion du Système Monétaire européen de l’époque. Très probablement, les pays restants rétabliraient des droits de douanes sur les produits en provenance des pays partants pour s’en protéger ce qui réduirait considérablement les flux commerciaux entre pays partants et restants. 

Dans les pays partants les taux d’intérêts augmenteraient considérablement ce qui générerait une forte inflation et uneforte gène pour l’investissement industriel qui serait obligé de se financer sur du court terme. Leur banque centrale ne trouvant plus d’investisseur extérieurs ferait marcher la planche à billet , ajoutant encore à l’inflation. 

Enfin le corps social risque de se désagréger avec son cortège de manifestation, de soulèvement, de guerre civile même, peut être compensée par une dérive autoritaire des autorités (le retour des colonels). 

Finalement le coût global de cette sortie de l’Euro pour les pays sortants a été estimé à 10/ 12000 euros par habitant la première année soit 40 à 50 pct de son produit intérieur brut pour descendre ensuite à 3/4000 euros par personne et par an. 

Par comparaison, le rachat total, ou la perte pour les pays et organismes  préteurs, de la totalité des dettes de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande a été calculé devoir coûter aux pays prêteurs seulement 1000 euros par personne au sein de la zone euro. Ce serait donc probablement la meilleure solution collective pour l’ensemble des populations que de payer ces 1000 euros par personne. Ceci dit quel serait l’accueil des populations si vous leur proposiez d’effacer totalement la crise contre 1000 euros?Vraisemblablement très négative si on en juge par les réticences des allemands aux divers plans de soutien au Club Med grec !!

C’est donc une situation dantesque que nous décrivons là dont nous aurons tous à souffrir. Honte à nos hommes politiques de tous poils, donneurs de conseils permanents et grassement rémunérés, pour ne pas avoir su ni prévoir ni évité une telle catastrophe

Chiffres en provenance d'un étude réalisée pour le Figaro par P Arthus, responsable de la recherche économique chez Natixis, et S Déo,chef économiste chez UBS  que je remercie