Ce titre est une question à l’attention de nos gouvernants qui me semblent bien plus préoccupés par la limitation des émissions de CO2 que par l’alimentation des habitants futurs de la planète si j’en juge par les assistances respectives de représentants des états, y compris les chefs d’Etat, à Copenhague pour le four que l’on sait et à la journée mondiale de l’alimentation organisée à Rome en Octobre dernier par la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Pourtant les deux sujets sont indissociables car d’une part l’élément majeur de l’accroissement des émissions de CO2 est l’accroissement sans fin et sans contrôle du nombre d’émetteurs de CO2, les habitants de la planète, et d’autre part parce qu’on peut se poser la question de l’utilité de la lutte féroce et couteuse qui aura lieu contre les émissions de CO2 si ceux qui en bénéficieront en 2050, n’auront pas suffisamment pour se nourrir ! Le fait que l’un de ces sujets soit plus médiatique et porteur de voies des électeurs que l’autre explique peut être ces choix de présence des responsables politiques et médiatiques.

Sur les chiffres, les calculs des Nations Unies confirment que nous sommes actuellement 6.8 milliards d’individus sur la planète, que nous avons franchis en 2009 la barre du milliard de mal nourris et que nous serons 9.1 milliards en 2050 soit 34 pct de bouches à nourrir supplémentaires en 2050.Ils établissent également que les régimes alimentaires évoluent sous l’effet de l’urbanisation croissante et de la croissance du niveau de vie vers des régimes plus carnés et au détriment de la consommation directe de céréales.

Nous sommes ainsi passés de 1970 à aujourd’hui d’une consommation de viandes de

25 kg

par personne et par an à

38 kg

désormais. L’ennui c’est que la consommation directe de céréales est infiniment moins consommatrice de calories végétales que la viande qui est une transformation secondaire de productions végétales. A partir d’une calorie d’origine végétale directement consommable, il en faut 4 pour obtenir une calorie animale de viande de poulet ou  de cochon et 11 pour de la viande de bœuf ou de mouton.

Nourrir les 9.1 milliards d’habitants de la planète se traduira par une modification drastique de nos habitudes alimentaires. Au lieu des 4000 calories par jour, dont 1000 de viande ou de poisson, dont nous disposons actuellement, nous passerons à 3000 calories disponibles dont 500 seulement d’origine animale.

Pour accroitre ces disponibilités alimentaires encore faudra t il trouver des surfaces supplémentaires à cultiver et mes méthodes de cultures appropriées. Des surfaces, il en existe puisque nous ne cultivons que 1.5 milliards d’hectares et qu’il en existe 2.7 milliards d’hectares non cultivés. Mais attention, ces hectares non cultivés ont leur utilité environnementale puisqu’ils sont situés essentiellement en Afrique ou en Amérique latine et sont constitués…de forets, le poumon vert de la planète. Il n’est pas non plus évident qu’ils puissent être consacrés en totalité à l’alimentation humaine car voici un gros concurrent qui se présente, les agrocarburants !

L’avis des experts de la FAO est qu’il faudra miser sur l’intensification des modes de production et pas sur les cultures bio dont les rendements inférieurs iraient dans le mauvais sens. Il y a peu de marge de progression dans les pays développées où l’accroissement des rendements à l’hectare a tendance à diminuer( de + 3.2 pct par an dans les années 60 à + 1.5pct par an depuis les années 2000). Il y en a dans les pays en voie de développement à condition d’investir lourdement dans la mécanisation et de pouvoir disposer d’une autre bien qui intéresse assez peu nos hommes politiques et nos médias , l’Eau !

Tout ca pour vous dire que ce n’est pas gagné d’avance que nous puissions  nourrir les 9.1 milliards d’habitants de la planète en 2050.D'aillleurs la FAO part du principe que l'agriculture intensive permettra seulement de couvrir 90pct de la demande nouvelle, compte non tenu de surfaces additionnelles pour les agrocarburants.

Autre question qui ne manquera pas de se poser dans un monde aux ressources alimentaires limites.Les pays qui disposeront de ressources suffisantes pour pouvoir vivre en autarcie continueront ils à participer aux échanges commerciaux nourriture contre marchandises où bien se replieront ils sur eux mêmes en conservant pour eux leurs précieuses ressources?

L'avenir nous le dira. A suivre... dans quarante ans.