Dans la grande lutte entre des promoteurs divers pour « s’approprier » l’approvisionnement de l’Europe en gaz, vous connaissez la bataille entre la Russie qui souhaiterait maintenir son monopole sur cet approvisionnement en assurant le transport et la vente du gaz de l’Asie Centrale et du Turkménistan en particulier, et l’Union européenne qui souhaite rigoureusement l’inverse, c'est-à-dire de ne plus être sous la dépendance exclusive d’un seul fournisseur, la Russie en l’occurrence. Bagarre amplifiée par le peu de contrôle sur les gazoducs russo-européens lors de leur traversée du glacis de pays séparant la Russie et l’Union Européenne, Ukraine et Biélorussie en tête, comme l’ont prouvé les difficultés d’approvisionnement de ces dernières années. AA_008

Cette bagarre se traduit en terme concrets par des projets de construction de gazoduc au nord et au sud de l’Union Européenne pour amener toujours plus de gaz vers ces consommateurs insatiables que nous sommes. Au nord le Nordstream qui, curieusement, en passant sous la Baltique, a évité de passer par le territoire polonais comme si la Pologne appartenait toujours au glacis Russo-Européen. Un gazoduc d’une capacité de 55 milliards de M3, de 1200 km de long et d’un coût prévisionnel de 7.4 milliards d’Euros qui attend toujours l’accord des pays riverains de la Baltique pour pouvoir passer dans leurs eaux territoriales. Le Danemark vient de donner le sien, il manque encore celui de la Finlande et de la Suède pour que puissent commencer les travaux, en 2010.

Au sud, c’est plus confus avec deux projets en concurrence, le Southstream d’obédience russe, même si Berlusconi le défend également, et Nabucco soutenu par la Commission européenne. Sans compter que la Russie a en principe signé un accord avec le Turkménistan pour « commercialiser » son gaz  qu’elle rapatrierait vers le Southstream  par l’intermédiaire d’un gazoduc supplémentaire qui remonterait vers le nord le long de la Caspienne

Les deux ont pour but de s’approprier le gaz de la zone de la mer Caspienne et en particulier du Turkménistan, pays de cette zone le plus riche en réserves gazières. Le Southstream est prévu avoir une capacité de 63 milliards de M3, couter une vingtaine de Milliards d’euros et passer sous la Mer Noire, passage pour lequel il a déjà obtenu l’accord  turc pour passer dans ses eaux territoriales. Le Nabucco lui est un peu le mouton noir de cette brassée de gazoduc, mal vu qu’il est par la Russie. Il est prévu avoir une capacité de 31 milliards de M3 et couter 9 milliards d’euros.

La Turquie qui joue sur les deux tableaux avec Southstream au Nord sous la Mer Noire et Nabucco au Sud et à l’Est, a bien signé avec l’Union Européenne pour y participer mais du bout des lèvres. Il est vrai qu’elle est, elle, approvisionnée en gaz exclusivement par la Russie !

Tous les coups sont bons dans cette gigantesque bataille et en voici un récent d’origine russe pour attaquer Nabucco. C’est le journal russe Vremya Novosteï qui le porte en affirmant que les réserves gazières Turkmènes ne sont pas ce que l’on pensait et qu’elles seraient surestimées par un facteur Deux ou Trois. Or, effectivement, c’est bien beau d’avoir un ou deux tuyaux d’évacuation, s’il n’y a pas assez de gaz à évacuer, ca ne marche pas !

Avant de se lancer dans de tels investissements néanmoins, les protagonistes de l’aventure avaient missionné le cabinet anglais spécialiste de ce type d’évaluation Gaffney, Cline et Associates, GCA qui avait évalué les réserves du pays en octobre 2008 à un minimum de 14 000 milliards de m3. De quoi approvisionner à la fois le Southstream et Nabucco !

Mais bien sur ce genre d’évaluation est fait à partir de documents fournis par la compagnie ou les autorités du pays. Vremya Novosteï semble dire qu’ils étaient falsifiées, GCA affirme  qu’ils s’en seraient rendu compte si ca avait été le cas.

Alors Info ou Intox ? A vous de juger…

NB Notons que l’évacuation du gaz turkmène ne se limite pas à la seule Union Européenne. Vers l’est également et via le Kirghizstan, on peut l’amener vers un autre consommateur tout aussi insatiable que l’Union,…la Chine.