La mode du Haro sur les patrons, "ces pelés, ces galeux d'où nous vient tout le mal" pour paraphraser La Fontaine,se poursuit, peut être parce que pendant ce temps, on oublie les responsabilités de nos hommes politiques dans l'absence de régulation des hérésies financières qui ont amenées la crise.Cette fois c'est sur les "plans chapeaux" de retraite que l'on jette l'anathème. Or de quoi s'agit il et à quoi est ce que ca sert?

Les plans chapeaux qui existent dans certaines entreprises sont des dispositifs crées pour venir compléter les retraites de certaines catégories de personnels, les cadres en général, par accord d'entreprise.Rien d'illégal donc, seulement des discussions et des accords entre les directions et les organisations syndicales pour mettre en place de tels plans correspondant à un vrai problème social. Ils ont en général été crées durant les trente glorieuses quand l'économie française se développait à tout va et ont disparu depuis, ou ont vu leur avantages fortement diminués, pour une large part d'entre eux dans les années 80 à 95, car très couteux. Ils entrent dans le cadre des dispositions fiscales légales et, rassurez vous, dans l'hypothèse où ils ne les auraient pas respectés, les controles fiscaux n'auraient pas manqués depuis de rectifier le tir!

Vous imaginez que si des directions d'entreprises et des syndicats se sont mis d'accord sur de tels plans c'est qu'ils correspondaient à une besoin social. Effectivement ils ont été développés pour combler les insuffisances des systèmes de retraites publics qui matraquent les cadres et les cadres supérieurs en particulier.Car les retraites servies par les systèmes obligatoires Sécu/Arrco/Agirc se traduisent au moment du passage de l'activité professionnelle à la retraite par une baisse de revenus et de niveau de vie qui augmente dramatiquement au fur et à mesure que vous montez l'échelle des responsabilités et des salaires.

C'est ainsi qu'un salarié au Smic passe de l'activité à la retraite avec des revenus qui correspondent à 70pct de son salaire d'actif, à condition bien sur qu'il dispose de tous ses "trimestres" de cotisation. Baisse partiellement compensée par des cotisations sociales(à effet immédiat) et des impots sur le revenus( à effet décalé d'un an) plus faibles qu'avec son salaire plein. Pour un cadre moyen c'est seulement 50 à 60 pct de son salaire précédent que recevra le cadre nouvellement retraité. Une chute de revenus importante qui peut être difficile à supporter à une époque de la vie où les intéressés ont encore des enfants à l'Université ou des engagements de prets immobilier importants. Pour un cadre dirigeant, c'est encore beaucoup plus important puisque le nouveau retraité touchera de l'ordre de 25 à 35 pct seulement de son salaire précédent!

La raison en est le plafonnement des cotisations de retraites à partir d'un certain niveau de salaire.Au dela de ce niveau de salaire, en effet, le salarié cadre supérieur ne peut donc plus cotiser pour augmenter sa retraite! Par ailleurs il est de plus en plus difficile aux cadres d'atteindre le plafond de leur retraite obligatoire du fait de l'accroissement de la durée des études et d'une entrée dans la vie active de plus en plus tardive. Si on se projette en plus dans l'avenir, la situation ne fera qu'empirer du fait de l'accroissement régulier du nombre de trimestre et de la baisse du rendement des retraites lié à la démographie. Il est sur que les cadres et les cadres supérieurs seront les grands sacrifiés de l'évolution future des retraites.

Les grandes entreprises, consciente du problème et à la demande des syndicats avaient ainsi mis en place à une époque économique plus faste que maintenant des plan chapeaux qui permettaient à ses cadres de bénéficier, dans certaines conditions, d'une retraite dite supplémentaire qui venait accroitre de 10 à 30pct la retraite de ces cadres de manière à ce que les cadres dirigeants puissent partir avec 50pct de leur salaire précédent. Le but était bien sur d'attirer les meilleurs et surtout de les garder dans l'entreprise car le bénéfice de cette retraite supplémentaire disparaissait immédiatement si vous quittiez la société avant 55 ans! Elles ont depuis été largement remplacées par des moyens de rémunération autres( bonus et stock option) moins reglementés et qui ont l'avantage de demeurer la propriété des cadres dirigeants si ils quittent l'entreprise

On ne peut donc pas dire que les plans chapeaux soit , comme l'a déclaré le Premier Ministre, inacceptables d'autant plus que s'ils ont été financé en totalité par les entreprises, c'est du fait d'une impossibilité légale que le salarié y cotise! Par ailleurs, il est curieux que ce soient ceux qui bénéficient des retraites du secteur public à 74 pct assurées et financées par leur employeur, l'Etat, qui se permettent de juger de l'acceptabilité ou non de l'engagement des entreprises à financer ces système de retraite supplémentaire  alors qu'ils correspondent à un réel problème social d'une classe entière de salarié.

Il est vrai que nous sommes dans une ère de politique spectacle qui s'intéresse peu aux vrais réalités établies et étudiées sérieusement et cherche plutot à gagner ou conserver les voix des électeurs. De nos jours c'est le "débat de société" médiatique et manichéen qui prime sur l'étude sérieuse des problèmes, scientifiques ou sociaux.

Triste constatation. Espérons néanmoins que le législateur prendra en compte le problème social des cadres moyens et supérieur et pas seulement l'écume du problème que constitue les abus des conditions de rémunération de quelques dirigeants.