La chute des bourses mondiales  et avec elle celle de la valorisation des entreprises a fait reapparaitre une nouvelle époque des "affaires à faire" tellement la valeur d'actifs industriels de qualité est devenue parfois dérisoire.On est passé en deux ans de conditions de prise de participation ou de controle très couteuses à des prix de détresse. Dans mon message du 8 mai,je vous signalais par exemple le cas de la prise de controle de Chrysler par Fiat comme une des meilleures affaires du moment. Bien sur pour pouvoir en profiter il faut faire partie de ceux qui ont toujours de l'argent ou du crédit, c'est à dire de n'avoir pas soi même été touché par la crise dans sa valorisation ou dans son activité. C'est probablement le cas de la société de Dubai MAG qui veut racheter le site de production de pneus de Clairoix mais surtout le savoir faire du pneumaticien allemand Continental.

MAG est en effet une société de négoce et de distribution de pîèces détachées sans aucun expérience de fabrication ni aucune connaissance technique dans le domaine du pneu, un domaine hautement technique. Une société de taille modeste, implantée à Dubai et qui cherchait, d'après elle, depuis longtemps à acquérir une usine de pneus.A priori aucune des caractéristiques et des savoir faire qui en ferait un candidat idéal à la reprise d'une fabrication et d'un site comme Clairoix. Seul notre Ministre de la Relance, Patrick Devedjian, qui n'a rien d'un industriel, a fait semblant de le croire( version positive) ou a fait preuve d'une grande naïvété(version négative). Les syndicats et le personnel ont, eux, été plus brutal en exprimant leur défiance face à "l'amateurisme" de MAG.

Ces derniers ont pourtant annoncé la couleur en disant qu'ils ne connaissaient rien aux pneus et cherchaient à racheter en même temps que l'usine de Clairoix, l'ensemble du savoir faire de Continental, machines, mélanges de gommes, scuplture et moules des pneus. La seule chose qu'ils savent, en bons commercants, c'est qu'en même temps que leurs pièces détachées, ils pourraient vendre des pneus ! Dans leur zone d'intervention ou en Europe et à quel prix ce sont les questions qui restent à résoudre?

Les choses vont commencer à se clarifier avec la proposition de Continental de leur vendre, non pas l'usine, mais l'ensemble du processus c'est à dire le savoir faire, les machines de fabrication, les dessins et les moules de pneu qui en assure les performance,les formules de mélanges de gommes, les brevets et même l'assistance technique pendant dix ans. Avec probablement à la clé un engagement de non présence sur le marché européen sur la période car si Continental veut fermer cette usine pour cause de surcapacités de fabrication de pneus en Europe (18 millions de pneus en trop contre 8 millions de capacité de production à Clairoix) , ce n'est pas pour retrouver ces pneus, utilisant la même technologie face à leur propres productions.Leurs confrères et concurrents, dont Michelin, pensent sans doute également de même.

C'est apparemment ce que notre Ministre n'avait pas compris en accusant Continental de mauvaise volonté pour revendre l'usine de Clairoix. Dans le pays du premier pneumaticien mondial, Michelin,dont l'avance technique a été le moteur du développement mondial et dont le souci du maintien de cette supériorité technique s'est traduite par une manie extrème du secret bien connue, c'est un peu étonnant. Mais,pour un un politique,forcément,il faut éteindre l'incendie social le plus vite possible quite à sacrifier les intérets du possesseur du savoir, allemand de surcroit, voire de l'ensemble de la profession.

L'avenir dira, maintenant que MAG dispose du "vrai" cout de la reprise de Clairoix, technologie comprise, s'ils vont poursuivre leur projet d'entrée dans le secteur du pneumatique. Ce n'est pas impossible mais c'est un challenge d'une toute autre nature que la simple reprise d'une usine.