Vous avez peut être lu dans la presse un interview du PDG de Véolia Transport qui s'étonnait de ce que l'ouverture à la concurrence du marché des TER, pourtant annoncée,-à titre expérimental- par le Secrétaire d'Etat aux Transports, était passé à la trappe lorsqu'il s'était agi de légiférer pour la rendre possible;

Véolia Transport est une société nouvellement crée pour se développer sur le marché des transports à l'occasion de sa libéralisation qui est le résultat naturel de la création de l'Europe et du traité de Maastricht. Au fil du temps, cette libéralisation se met progressivement en place et pour le transport ferroviaire, c'est la reglementation OSP qui va forcer à ouvrir à la concurrence ce marché en Décembre 2009. Certains pays ont déjà décidé d'ouvrir ce marché ferroviaire. La France, elle, résiste et résistera jusqu'au bout.

C'est toute la beauté de notre pays et l'ambiguité de la manière dont il a été dirigé depuis des années, toutes tendances politiques confondues. Nous avons signé Maastricht, sous présidence socialiste, mais sans jamais vouloir dire et expliquer aux français qu'elles allaient en être les conséquences économiques. Nous parlons de changement et tous nos présidents se sont fait élire sur ce thème, mais au fond de nous mêmes, nous sommes un peuple effrayé par ce changement et par les conséquences qu'il suppose pour chacun d'entre nous: Plus d'incertitude sur notre avenir, plus d'effort pour s'adapter et se battre avec la concurrence, plus de risque de se retrouver au chomage, des risques d'y perdre sur son statut, voire de voir son salaire ou ses revenus diminuer.

Alors que l'ambition majoritaire des français pour leurs enfants reste, sondages après sondages,de les voir embrasser la carrière de fonctionnaire, l'archétype dans leur imaginaire de l'absence de risque, d'un travail assuré sans trop d'effort et d'une retraite assurée. C'est ainsi, nous votons pour le changement alors que nous vivons plutôt majoritairement dans l'aversion au risque.Il n'est pas étonnant dans ce contexte que chaque référendum sur l'Union Européenne se termine péniblement par une courte victoire ou défaite d'un camp vis à vis de l'autre.

Autre particularisme français, nous sommes sous la coupe des syndicats et en particulier des syndicats des services publics. Là aussi, c'est le résultat de l'histoire depuis la révolution française, de l'acceptation de théories idéalistes par les intellectuels français des 18 et 19eme siècles de Rousseau à Proudhon et de la popularité des thèories communistes. Même si le communisme s'est écroulé depuis, nous croyons toujours profondément au salaud de patron, à la lutte des classes, au centralisme plus ou moins démocratique. Jusqu'à l'excés parfois comme l'on montré ou le montre actuellement l'écroulement de l'industrie du livre et celle en cours de nos activité portuaires dont la mise en règlement judiciaire de la dernière entreprise de maintenance maritime à Marseille est le dernier avatar.

Il est vrai que quand vous êtes élu délégué syndical, vous l'êtes pour défendre la paye, le statut et les avantages acquis des salariés actifs dans l'entreprise ou la branche. Et ce dans un contexte compétitif qui fait que celui qui exige le plus est celui qui a le plus de chance d'être réélu. Ce n'est pas le problème des syndicats de savoir si ce qu'ils ont obenu du patron, privé ou public, peut mettre l'entreprise en danger.. C'est celui du patron d'en juger et de savoir si ce qu'il a accordé est justement susceptible de la mettre en danger ou pas. Ce fut le cas de la faillite de Lip de Manufrance ou d'autres, passés à la trappe pour avoir eu des patrons qui n'avaient pas su résister à des demandes qui se sont révelées déraisonnables par rapport à la concurrence. C'est d'ailleurs une des raisons sous jacentes du recours à la sous traitance et à l'outsourcing/externalisation. On vous a dit que c'était parce que la spécialisation et la professionalisation permettait de mieux gérer telle ou telle activité, c'est vrai. Mais il est également vrai qu'en ayant recours à des services extérieurs, vous faites appels indirectement à des salariés moins bien payés ou avec un statut moins couteux que celui que vous avez accepté pour vos propres salariés.

En plus, dans le secteur public, ce danger n'existe même pas, il y a le monopole et un patron, l'Etat, qui a la facilité d'augmenter les tarifs à sa guise sans risquer de perdre un seul client. Il peut même, comme dans le cas du couple SNCF/RFF, faire du dumping en affichant des tarifs attractifs qui ne couvrent pas les frais parce que, derrière  le rideau, c'est le contribuable qui paye les déficits et l'endettement. Alors pourquoi se priver d'empiler les exigences.

C'est, pourquoi Monsieur Du Peloux, et vous le savez parfaitement, il vous faudra attendre que la France soit formellement obligée de libéraliser le secteur et de devoir recourir à des appels d'offres pour que vous ayez votre chance. Patience donc...

Je pense même que si nos dirigeants et en particulier François Mitterrand à l'occasion de Maastricht, nous ont poussé dans l'Union Europénne, c'est parce qu'ils savaient que c'était, le seul moyen de faire entrer la France dans le monde concurrentiel et d'éviter qu'elle se fossilise.

NB Vous avez noté que la justice, dans l'affaire de l'attribution du contrat des transports publics de la Ville de Bordeaux avait tranché en défaveur de la Deutsche Bahn qui se plaignait qu'une publicité suffisante n'ait pas été faite à cet appel d'offre. Un autre signe que la mise en concurrence n'est pas naturelle chez nous.