Les Français n'ont pas la réputation de savoir aisêment passer d'une idée initiale à sa concrétisation technique et commerciale en un produit vendable. Je peux moi même en témoigner pour être fréquemment confronté à cette difficulté en aidant de futurs créateurs d'entreprise à transformer leur idée initiale en une réalisation commerciale.Outre la complexité de la création d'entreprise elle même, la tenacité dont il faut faire preuve tout au long de ce processus de transformation de l'idée en produit ou service, il faut reconnaitre que l'ignorance économique dont font preuve chercheurs ou ingénieurs, comme les autres français d'ailleurs, n'aide pas.

Une information parue récemment dans la presse m'interpelle justement sur cette capacité, à nous français, de savoir sentir une opportunité,la saisir pour essayer de la transformer en réalisation concrète et en fin de compte créer une entreprise pour l'exploiter. Il s'agit de l'annonce récente de la création d'une joint venture à Toulouse entre un Canadien, le groupe Lallemand et une entreprise chinoise,Biostime Inc, pour exporter des alicaments en Chine!

Les alicaments, ce sont cette nouvelle catégorie d'additifs biologiques( probiotiques) à introduire dans nos aliments pour leur apporter des propriétés particulières que le français Danone en particulier essaye de promouvoir dans ses nouveaux produits. Sur le plan technique, on peut être sceptique sur l'efficacité et sur le besoin réel pour le consommateur moyen des qualités que sont supposés lui apporter ces alicaments mais sur le plan marketing ça marche et c'est même considéré comme une des pistes de développement majeurs pour l'industrie alimentaire.

Le groupe canadien Lallemand est déjà implanté à Toulouse où il emploie 2000 personnes dont 75 dans un centre de recherche. Il fabrique(!) des bactéries et des levures de boulangeries pour l'industrie alimentaire et la Pharmacie. La société chinoise Biostime Inc, fondée en 1999 s'approvisionne auprès de Lallemand en compléments alimentaires probiotiques qui renforcent la flore alimentaire et les commercialisent en Chine via 60 bureaux de ventes et au delà 10 000 pharmaciens et 5000 magasins spécialisés et supermarchés. Le chiffre d'affaire de Biostime  avec ces produits est de l'ordre de 50 millions d'euros.

L'usine qui va être crée grace à cette joint venture n'est pas un petit atelier. Il s'agit d'une usine de conditionnement de 5500 m2 qui emploiera 200 personnes à produire des sachets d'alicaments.Je suis très heureux d'une telle création et je souhaite bonne chance à cette joint venture sino-canadienne.

Mais quelque part, elle traduit que nous disposions dans la région de Toulouse et dans ses Universités et Laboratoire de Recherche d'un savoir faire unique dans ce domaine car je ne peux imaginer un groupe canadien s'implanter là ( par pur hasard?) en apportant sa propre technologie. Il y avait forcément un noyau dur de savoir dans nos unités de recherche qui sans doute combiné au propre savoir des canadiens, a permis de créer ces sociétés commerciales. Mais cela sous entend aussi que nous n'avons pas su nous mêmes tirer la substantifique moêlle de ce savoir faire pour l'exploiter commercialement en France, au Canada et en Chine...

Le problème de l'éducation économique des français et de notre inventivité créatrice reste posé et ce n'est pas l'enseignement actuel biaisé anti entreprise qui le résoudra.A suivre quand même.