Pendant des années, les « Big Three », General Motors, Ford et Chrysler ont dominé de la tête et des épaules leur marché local avec pas moins de 90 pct de part de marché dans les années 70. Le reste étant à l’époque pour la Coccinelle Volkswagen.Nous en sommes maintenant à une part de marché qui s’approche des 40pct seulement. Encore cette part de marché est elle due à une taxation défavorable des importations (25pct) dans le domaine des Light Trucks, très populaires ici. Quant à leur position en dehors des Etats-Unis et en particulier en Angleterre et en Allemagne, elle s’est également érodée au fil des ans au point que Ford a été obligé de revendre à l’Indien Tata ses marques de prestiges et que Opel/Vauxhall ont perdu de leur force attractive et de leur compétitivité.

Et soudain l’annonce incroyable que General Motors, l’entreprise dont on disait que ce qui était bon pour elle était bon pour l’Amérique était en quasi faillite et qu’elle n’avait de trésorerie que pour tenir jusqu’en janvier/février 2009.Annonce suivi de celles de Ford, en légèrement meilleure position pour s’être attaqué à son problème de compétitivité plus tôt et de Chrysler, également en position difficile. Suivie également par la demande de subventions d’Opel au gouvernement allemand.

Il y a bien entendu des causes multiples à un tel désastre. L’une d’entre elles étant l’importance de l’activité financière (prêts à la consommation) dans leur résultats, activité qui avait pratiqué le même laxisme que les banques et organismes financiers avec les même résultats «  lorsque la bise fut venue ».

L’autre est le défaut de compétitivité dans ses coûts de production par rapport aux usines nouvellement implantées aux Etats-Unis par les concurrents japonais, coréens ou allemands. Des usines modernes et conçues pour une efficacité maximale là où les vieilles usines des constructeurs américains malgré leurs améliorations, restaient peu productives.

Rajoutez par la dessus le problème social d’une force de travail payée nettement plus cher que les jeunes bataillons des usines rivales (70$/h contre 40/50) et de la charge des pensions de retraite qui aux US est à la charge de l’employeur et vous comprenez que la crise actuelle qui a considérablement diminué la demande est finalement le révélateur d’une situation bien plus critique qu’il n’y paraissait. On peut penser aussi que le retrait de Daimler Benz de Chrysler et l’échec des discussions entre GM et Renault-Nissan découlaient de cette constatation de non compétitivité industrielle et sociale des outils des constructeurs américains

Mais enfin, au-delà des problèmes de coût, la vraie cause de l’écroulement potentiel de nos Big Three est que, quoiqu’ils en disent, ils ont surtout perdu sur les trente dernières années l’art de développer et de fabriquer des autos qui plaisent aux américains. Régler les problèmes sociaux et industriels ne changera rien à cette perte d’inventivité des Big Three.

Reste donc à trouver comment sortir de ce guêpier. L’expérience des écroulements précédents d’industrie comme celle de l’acier ou de la construction aéronautique nous orienterait vers des restructurations sévères avec fermetures d’usines multiples, changement de management et renégociation sociale( c’est du moins la manière de voir de ce coté ci de l’Atlantique) et redémarrage sur des bases sociales et industrielles nouvelles.

Barrack Obama, son équipe et le Congrès vont donc, d’entrée de jeu, être confronté à comment renflouer cette industrie vieillissante car dans le climat économique et social actuel on ne peut envisager une seconde qu’il n’en soit pas ainsi. Injecter massivement de l’argent du contribuable à fond quasi perdus, ou bien seulement à court terme pour « passer l’hiver » en quelque sorte, en attendant que l’industrie trouve ses propres solutions et en échange d’engagements stricts des dirigeants de mettre en place les mesures de restructurations qui assureront  que cette restructuration sera la bonne et qu’il ne faudra pas remettre au pot dans 1,2 ou 4 ans. Dans tous les cas il y aura certainement un coût social relativement lourd.

L’endroit où Obama placera justement le curseur entre le « bailout » pur et simple sans restructuration et le prêt conditionné avec des restructurations lourdes donnera une indication sur les intentions sociales du Président élu comme on l’appelle ici.

Difficile baptême du feu, n’est ce pas ?

NB En cas de refus du Président et du Congrès de subventionner à tout va, il reste aux Etats-Unis la possibilité pour les industriels de se mettre sous la protection du Chapter 11, c'est-à-dire de continuer l’exploitation de la société sans avoir à payer ses dettes, en d’autres termes sur le dos des créanciers. Dans ce cas ce sont tous les sous traitants divers et en particulier les équipementiers qui s’écroulent d’un coup. Et comme sans équipementiers, on est de nos jours incapable de construire une voiture….