Nicolas Sarkozy, au moment de

la Crise

financière, s’était plaint de ce que

la France

ne disposait pas d’un fond souverain qui, d’après lui, aurait permis de protéger les entreprises françaises. Nous avons pourtant une Caisse des Dépôts et Consignations dont la mission est certes ambiguë puisqu’en principe elle doit gérer en bon père de famille des fonds qui n’appartiennent pas à l’Etat, mais dont la réalité du fonctionnement montre qu’elle est souvent aux ordres de la puissance publique qui en nomme d’ailleurs le Président, Augustin de Romanet. Caisse des Dépôts dont la liste des placements montre qu’elle est présente dans la plupart des entreprises du CAC 40. Il existe aussi un organisme qui gère les participations de l’Etat qui aurait pu servir à cet office à condition que l’on lui en ait donné la mission.

Passant à l’acte, notre Président vient de nous annoncer la création de ce fond souverain à la française qui sera constitué d’un certain nombre de participations en provenance de

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des Dépôts et Consignations pour 7 milliards d’euros, d’autres en provenance des participations de l’Etat lui-même pour le même montant et qui sera autorisé à emprunter sur le marché pour 6 milliards d’euros, 3 pour

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des Dépôts et 3 pour l’Etat lui-même. Le tout s’appellera Fonds Stratégique d’Investissement et sera géré par …

La Caisse

des Dépôts et Consignations dont il sera une filiale !

Ma première réaction est «  Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?» et de me demander  s’il ne serait pas plus simple et moins coûteux en frais de gestion de regrouper au contraire dans un seul organisme l’ensemble des participations de l’Etat plutôt que de multiplier les organismes à vocation semblables. Notons que le dit FSI aura un Conseil d’administration présidé par Monsieur de Romanet et auquel reporteront un Comité d’investissement présidé par Madame Patricia  Barbizet, ex du Fonds personnel de Francois Pinault,Artemis, et un Comité d’Orientation présidé par Monsieur JF Dehecq, Ex PDG de Sanofi Aventis et retraité. Tout ce beau monde pour gérer 20 milliards d’euros. Une preuve de plus que pour l’Etat la frugalité dans les dépenses n’est pas une culture existante ni privilégiée ? Passons

Sa mission telle qu’elle avait été exprimée durant la campagne présidentielle consisterait «  à prendre des participations dans des entreprises stratégiques ».Une mission précisée depuis en « arme anticrise pour que

la France

reste un pays où l’on construit des voitures, des bateaux des traisn et des avions » ce qui est un peu différent.

Si on se réfère aux exemples existants de fonds souverains qu’ils soient chinois, russe, saoudien, singapourien ou en provenance des Emirats du golfe, on s’aperçoit qu’ils ont en général une force de frappe financière infiniment supérieure à notre FSI, au minimum 10 fois plus, qu’ils s’intéressent aux grands groupes internationaux du type de ceux du CAC 40 et qu’ils entendent participer au décisions et peser sur le management en place grâce à des niveaux de participation élevés.

Autre élément de différenciation important il sont constitués, non pas par emprunt, mais à partir des excédents de rentrées d’argent de ces pays,excédents en provenance( jusqu’à récemment) de ventes de pétrole ou de matières premières.

Il est donc peu de dire qu’à cote de ces mastodontes, notre FSI fait plutôt minable et pas vraiment souverain. Il est vrai qu’il est le fruit de 25 ans de gestion déficitaire de notre pays et que nous n’avons aucune source de matière première sur notre territoire susceptible de l’alimenter. Raison de plus pour que ses frais de gestion soient minimaux.

Première décision du FSI, ou vraisemblablement de Nicolas Sarkozy lui-même car je doute que son Comité d’Investissement ait déjà eu le temps de se mettre en place, investir dans une PME appelée Daher et qui est petitement connu comme un logisticien capable d’assurer n’importe quel type de transports exceptionnels dans n’importe quelle partie du monde. Une société qui travaille beaucoup pour l’Onu et ses forces d’intervention dans le monde. Depuis quelques années elle souhaite se développer comme sous traitant important de l’aéronautique en rachetant par exemple les usines dont EADS ne veut plus et les contrats d’approvisionnement qui vont avec. Elle prétend avoir un « business model » original en vendant en même temps que le matériel les services qui d’après elle, vont avec. Les 85 millions d’euros que lui attribuera le FSI serviront à ce développement et cette ambition

Nous lui souhaitons bonne chance, bien entendu, mais ne voyons pas vraiment l’aspect stratégique de la chose ni la nécessité pour des opérations de ce type de créer un «  Fond Souverain ». Alors est ce que par hasard, la montagne aurait accouche d’une souris ?