Si vous lisez ce blog régulièrement, vous avez su que les normes comptables mondiales qui servent à établir comptes d'exploitation et bilans des sociétés commerciales partout dans le monde avaient été modifiées en 2006 pour adopter les normes dites IFRS pour International Financial Reporting standards. Ces mêmes normes sont actuellement montrées du doigt comme ayant eu une responsabilité dans la crise financière. Autres mots dont vous avez peut être entendu parlé dans cette crise, le "Mark to market" ou encore la "fair value" qui traduit une des caractéristiques de cette norme comptable, la référence pour calculer la valeur des actifs de la société à la valeur de cet actif sur le marché et non pas comme dans les normes comptables précédemment utilisées,la valeur d'achat de cet actif au moment de son achat.

La différence, c'est donc que les actifs des sociétés reflètent la valeur vénale de leurs actifs, -le mark to market- , ou la juste valeur,- la fair value-, au moment du bilan trimestriel ou annuel  et plus leur valeur d'achat. Ils sont donc fortement surévalués par rapport à la valeur prise en compte précédemment dans les normes comptables, ce qui influence le cours de bourse à la hausse et offre des possibilités de financement améliorées( meilleure garantie du bilan de la société).

Pour les sociétés de "l'économie réelle", les sociétés industrielles dont les actifs sont immobiliers ou industriels et peu liquide, cela ne change pas grand chose et les comptes de ces sociétés en norme IFRS réflètent mieux leur vrai valeur. Pour les sociétés du système bancaire et financier par contre, cela veut dire qu'à chaque cloture de comptes et résultat trimestriel, la valeur des actifs financiers va refléter leurs variations à la hausse ou à la baisse durant le trimestre et affecter leur résultats.

Dans les périodes "normales" durant lesquelles la bourse est relativement stable, ça ne change pas grand chose.Par contre dans les périodes de crise comme nous connaissons actuellement cela rend les bilans et résultats extraordinairement volatils.En particulier lorsque ces actifs sont constitués de prêts ou actifs à risque( on dit désormais toxiques) qui sont devenus invendables et donc sans valeur vénale immédiate.

Cela a deux effets. Tout d'abord plus personne ne sachant qu'elle est la valeur réelle des actifs au bilan  qui constitue la garantie d'être remboursés,on ne se prète plus entre banques! Toutes les banques d'investissements ou les sociétés de prêt(financement automobiles, prêts à la consommation, etc)  qui prétaient de l'argent sans quasiment de fonds propres en s'approvisionnant sur le marché monétaire ont été subitement privées de ressources. C'est comme cela que meurent les banques, quand elles ne peuvent plus se procurer leur matière première l'argent. Un peu comme un grand groupe pétrolier qui subitement n'aurait plus accès au brut.C'est la crise des liquidités à laquelle on assiste en ce moment avec le caractère aggravant de la hausse du cout de ces ressources qui se repercute sur le taux de nos prêts.

Les banques de dépots qui ont l'avantage de bénéficier des dépots en compte courant de leurs clients pour prêter, ne couvrent néanmoins avec ces dépots que 20pct environ de leur besoins de liquidités. C'est dire que tout en étant moins exposées, elles peuvent néanmoins être à la peine.Canalblog0109

Deuxième effet, les banques et établissements financiers doivent respecter des ratio minimum de solvabilité, c'est à dire le rapport entre leurs fonds propres et leurs encours d'emprunt. C'est ce qu'on appelle le Tier 1 qui, suivant la reglementation européenne doit être de 6pct minimum.Or quand la valeur de vos actifs baisse brutalement avec la bourse ou parce que certains d'entre eux sont devenus invendables et incotables, il vous faut faire appel au marché,par une augmentation de capital par exemple, pour retrouver un Tier 1 en ligne avec la règlementation. Certaines banques ont essayé avec des fortunes diverses.    

Voila à peu prêt tout ce qui se passe en même temps sur le marché.Les normes IFRS ne sont bien entendu qu'un élement dans cette grande saga dans laquelle toute la chaine, des politiques chargés de réguler et qui ne l'ont pas fait ou mal, des banques centrales qui en baissant leur taux pour relancer l'économie après le 11 septembre ont encouragés ceux qui, en principe n'avaient pas les moyens de construire à le faire jusqu'au courtier de base qui vendait ses prêts subprime sans aucun controle de solvabilité du client, a oublié les fondamentaux économiques et financiers.

A suivre..

NB Incidemment,les normes comptable IFRS ne sont pas l'émanation d'un organisme international officiel, c'est la création d'un organisme privé l'IASB, International Accounting Standard Board qui s'est autoattribué la mission de mettre en place des Standards Comptables internationaux. Il est basé à Londres. La Norme IFRS qu'il a concocté a néanmoins été reconnu par la Commission de Bruxelles et par la France comme la norme européenne officielle.Etonnant non? Ca me rappelle le scandale de l'amiante dans lequel un comité adhoc du même tonneau avait également sévi pendant des années sans aucun mandat officiel!