Je vous signale régulièrement l'évolution de la situation en Turquie où le parti au pouvoir islamiste, l'AKP, et les institutions laïques s'affrontent. J'avais eu l'occasion de faire le point sur la situation actuelle dans des messages du 27 mai et du 12 juin 2008.

L'AKP, parti du Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan et du Président, Abdullah Gül, est sous la menace d'une dissolution judiciaire au motif que le parti et ses dirigeants auraient pour intention de saper les fondements laïques du pays et de restaurer la charia, la loi islamique. Le point de départ de toute cette affaire étant l'autorisation donnée par le gouvernement de porter le voile islamique à l'université.

La Cour Constitutionnelle doit prononcer son jugement d'içi le mois d'aôut sur cette accusation très grave et dans l'esprit de beaucoup il y a beaucoup de chances que l'AKP soit dissoute et que ses dirigeants ne puissent plus se présenter aux élections qu'à titre individuel. Cette situation, qui peut nous paraitre ahurissante, s'est pourtant déjà produite avec les mêmes effets en 1998 avec la dissolution du parti de la vertu, le Fazilet, du Premier Ministre de l'époque, Necmettin Erbekan, et l'inégibilité de ses adhérents et haut dignitaires. C'est dire que la question du caractère laïque de la république Turque est une question fondamentale dans ce pays.

Le parti AKP et le gouvernement n'ont pas l'intention de se laisser faire et viennent de riposter brutalement. Le jour même ou débutaient les audiences des inculpés par la Cour Constitutionnelle, pas moins de 24 personalités laïques dont deux généraux en retraite, et le Président de la Chambre de Commerce d'Ankara ont été arrétés sous l'accusation de fomenter un coup d'Etat.

Les milieux d'affaires sont inquiets de voir le parti au pouvoir, dont les succès sur le plan économique sont appréciés avec la maitrise de l'inflation, jadis à 3 chiffres, une forte croissance économique et la perspective d'entrer dans l'Union Européenne,risquer d'être dissout et ses dirigeants risquer de devenir inéligibles. Cette inquiétude s'est traduit par la chute de la bourse d'Istambul et la baisse de la livre turque.

L'AKP a déjà intégré le fait que le Parti va être dissous et a déjà déposé une demande pour enregistrer un nouveau parti appelé d'ailleurs le nouveau Parti et dont l'emblème est un soleil. A suivre avec attention durant l'été...