La dérégulation en Europe et les privatisations des sociétés nationales font ressortir le problème des infrastructures, de la position monopolistique de certaines d'entre elles et partant d'en définir quels doivent en être les propriétaires pour assurer le meilleur service pour le public et les populations.

Certaines infrastructures sont tellement couteuses à installer qu'il était exclu de pouvoir les dupliquer. C'est le cas des réseaux de tous types que ce soit chemin de fer, réseaux électriques, réseaux routiers, réseaux de télécommunication, réseaux gaziers mais dont on s'apercoit que l'Etat en avait délégué la maitrise, et donc l'intérêt public, aux  sociétés nationales qui les exploitait. C'est le cas aussi de certaines infrastructures qui sont en position de monopole de fait comme les ports ou les aéroports. Que devient donc la défense de l'intérêt public quand les états sont obligés de les vendre soit pour cause d'ouverture à la concurrence ou pour cause d'impécuniosité ?

Pour les réseaux, c'est le sujet du grand débat européen en cours. Pour des raisons de concurrence, l'Europe voudrait que la production et la distribution soit séparées et que la distribution reste dans le giron des pouvoirs publics. Les Etats qui comme la France sont à un niveau de surendettement avançé, n'ont pas les moyens de conserver la propriété des infrastructures ou de les racheter dans le cas où ils ont déjà privatisés ces bijoux de famille.Le compromis se fera donc au cas par cas en fonction de la situation de chaque gouvernement. Pour la France, EDF, GDF et France Télécom et RFF restant  pour l'instant la propriété de l'Etat, il ne devrait pas y avoir de problèmes pour conserver ce controle régalien des réseaux. Seul inconvénient, la valeur des bijoux de famille vendables pour boucher les trous ou la dette en sera diminué d'autant.

Pour les infrastructures monopolistiques comme les Ports ou les aéroports, c'est seulement récemment que l'on s'est aperçu que c'étaient des actifs stratégiques. Très exactement à l'occasion de la tentative de prise de controle du fond souverain de Dubai sur les ports américains.Mais cette prise de conscience est néanmoins tardive. L'aéroport de Paris, par exemple, a déjà été partiellement privatisé et est promis un jour à la vente totale. Celui de Londres Heathrow est déjà privatisé et est devenu la possession de l'espagnol Ferrovial. Quand à nos autoroutes, elles aussi en position de monopole, elles ont été revendues mais avec des clauses de régulation des tarifs de péages. La maitrise de l'intéret public sur ces infrastructures n'est donc pas toujours assurée.

Air France/KLM vient de se faire l'écho de cette perte de maitrise de l'intérêt public à l'occasion des dernières augmentations de tarifs de passage à l'aéroport Londonien d'Heathrow  qu'elle juge désastreuses. Depuis sa privatisation en 1996, les tarifs de passage par Heathrow ont en effet pris 50pct en 5 ans et les autorités britanniques qui en régulent les tarifs viennent d'autoriser une hausse de 86 pct(!!) de ces tarifs pour les 5 ans à venir malgré les protestations des compagnies aériennes.. Bien sur il faut investir dans des nouvelles pistes, de nouveaux moyens de controle, de nouvelles régulations imposées par les états. Mais ce faisant on risque de tuer la poule aux oeufs d'or, le trafic aérien dejà bien menacé par les émissions de CO2 et le prix du kérosène.

Le directeur général de l'IATA,Giovanni Bisignani, s'insurge contre le monde à deux vitesses du trafic aérien.D'un coté les compagnies aériennes qui vivent dans un monde utracompétitif et les aéroports qui en sont encore à l'époque du tout est possible et nous construisent des aéroports en plaqué or là où  il faudrait désormais batir des aéroports low cost.Et d'accorder au gouvernement britannique le trophée du "pire régulateur de l'année" !!

Alors, messieurs les Etats, tachez de penser, au moment de privatiser, qu'au dela de la rentrée d'argent, il y a un deuxième volet  dans vos responsabilité régaliennes à ne pas oublier à cette occasion, qui est le controle pour le plus grand bien du public des tarifs de ces infrastructures en position de monopole...