La bataille entre syndicats et Pouvoirs Publics sur l'allongement de la durée de cotisation des salariés jusqu'a 41 ans pour pouvoir bénéficier de leur retraite à taux plein est repartie de plus belle.

Il était pourtant inscrit dans la loi Fillon qu'en 2008, on devait faire le bilan d'éxécution de cette loi en fonction de l'évolution démographique, de l'inflation et surtout de l'emploi et ajuster la durée de cotisation ou l'age de la retraite sur la base de ces résultats pour rééquilibrer les comptes. Il ne fallait pas être grand clerc pour imaginer ce qui allait se passer à savoir l'augmentation de la durée de cotisation. Certains des facteurs qui jouent sur cet équilibre ont évolué favorablement( le taux de chomage), d'autres défavorablement( l'espérance de vie)  et d'autres sont restés inchangés comme la situation économique ou le taux d'emplois des séniors. Comme l'équilibre prévu dans la loi Fillon avait été calculé à partir d'hypothèses optimistes pour pouvoir obtenir la signature des syndicats, il était évident pour tous qu'il allait falloir " en remettre une couche", c'est à dire allonger à 41 ans la durée de cotisation pour pouvoir obtenir un retraite à taux plein.

Or les syndicats ont une base majoritairement constituée des salariés les plus agés face à des salariés jeunes peu syndicalisés et peu intéressés par les problèmes de retraites.En plus ils sont quand même de gauche... Ils se devaient donc de trouver toutes les failles possibles pour revenir sur l'acceptation de la logique de la loi Fillon. Et comme la loi prévoyait effectivement un effort de l'industrie et des pouvoirs publics pour rallonger le taux d'utilisation des séniors, c'était l'axe d'attaque idéal.

Pourquoi avons nous en France un taux d'emploi des séniors inférieur à celui que l'on trouve dans les autres pays européens? Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, comme le prouve encore un sondage récent, il y a toujours un désir fort chez les salariés français de partir en retraite anticipée, en tous cas avant 60 ans et quoiqu'en disent les pouvoirs publics ou l'équilibre des caisses de retraite. C'est la philosophie du " je l'ai bien mérité" qui ignore superbement que nous sommes dans un régime de repartition dans lequel ce sont les jeunes salariés qui payent les retraites de leurs ainés et qu'il n'existe pas, comme dans les régimes par capitalisation, une masse d'argent constituée par le salarié au long de sa carrière et qui lui serait reversée tout au long de sa retraite.

Autre raison un salarié agé coute cher, plus cher qu'un jeune, du fait d'un salaire qui a régulièrement monté tout au long de cette carrière pour cause d'augmentation liée à l'ancienneté( certaines conventions collectives prevoient automatiquement 1pct de salaire de plus par année d'ancienneté) et du fait des mérites et promotions acquis grace à l'augmentation de son savoir tout au long de sa carrière.Or, à tort ou à raison, on a tendance à considérer qu'un salarié jeune est plus au fait des techniques modernes( c'est partiellement vrai), plus dynamique mais par contre il n'a pas l'expérience ni le savoir pratique du salarié ancien.Les départs massifs des salariés du baby boom montrent en tous cas que ce savoir faire n'est pas facilement remplaçable.

Autre raison enfin, le code du travail français prevoit qu'en cas de restructuration, ce doivent etre les salariés les plus jeunes et ceux qui ont le moins de charges de famille qui doivent quitter la société en priorité. En d'autres termes les plus "employables". Or ce principe de choix des partants s'est avéré peu acceptable socialement, et les sociétés,coinçées entre le désir des plus agés de partir en retraite anticipé et le souhait du corps social de favoriser l'emploi des jeunes,ont massivement préféré les retraites anticipés des séniors aux licenciements de jeunes.

Que va t il se passer si on essaye d'accroitre réellement l'emploi des séniors? On va de facto diminuer le nombre de postes disponibles pour les jeunes car le problème de la France c'est son taux, faible, de créations globales d'emplois pour cause d'un manque général de compétitivité. Nous revoiçi donc face à notre contradiction franco française une fois de plus, qui est que nous ne nous sommes jamais attaqués au problème de competitivité de l'industrie (voir à ce sujet mon message du 23 mars 2008).

Et cette bataille des partisans du maintien à 40 ans de la durée de cotisation est un combat des séniors par syndicats interposés pour conserver leurs avantages aux détriments de leurs enfants.

Il y a un ou deux ans,lors d'une manifestation pour "défendre les retraites", un homme d'une quarantaine d'année qui défilait avec son fils sur les épaules avait répondu à l'intervieweur de service qu'il défilait pour défendre la retraite de son fils! Il en était  d'ailleurs sincèrement convaincu. Nous en sommes toujours au même degré d'incompréhension des mécanismes de retraite et d'emploi....

NB L'Association Nationale des DRH, ANDRH, vient de suggérer, pour faciliter le maintien des séniors au travail,de réduire les charges sociales pesant sur ces emplois à partir de 55 ans et de supprimer les cotisations Assedic à Partir de 60 ans.Voilà une idée qu'elle est bonne !