31 mars 2008
La Poste et la Banque Postale: Encore un problème d'interface?
Curieux ! Je vous relatais dans un message du 19 mars 2008, le résultat de l'enquète de la Cour des Comptes sur les deux premières années de mise en place de la Banque Postale. Résultats plutôt préoccupants d'après la Cour des Comptes puisqu'elle considérait que la Poste était un boulet pour la Banque Postale du fait des charges qui lui étaient facturées pour la gestion du reseau de Bureaux de postes et qui constituaient 80 pct de son chiffre d'affaire.
Depuis le PDG de La Poste, Jean Paul Bailly, vient d'annoncer les résultats 2007 de la Poste,-qui incluent la Banque Postale-, et ceux ci sont bons, même très bons. Chercher l'erreur... Avions nous un problème d'interface entre la Poste et La Banque Postale comme celui que je vous signalais dans le cas de la SNCF et de RFF dans un message du 27 mars? Allez savoir...
Je suis donc allé analyser les résultats 2007.Je n'ai trouvé que le communiqué de presse de JP Bailly mais pas les comptes détaillés qui ne sont pas encore disponibles sur le site La Poste. Il en ressort qu'effectivement les résultats globaux sont bons avec un chiffre d'affaire (20.8milliards d'euros) qui progresse correctement mais plus dans le courrier express (3.2 milliards d'euros) ou le colisage (1.3milliards), porté par le e commerce, que dans le courrier classique(11.6 milliards d'euros) qui diminue légérement. Pour l'activité bancaire, une seule information disponible, le Produit Net Bancaire, à 4.7milliards d'euros, l'équivalent dans l'activité bancaire du chiffre d'affaire dans les autres secteurs. Il monte régulièrement et Jean Paul Bailly mentionne que la Banque Postale prend des parts de marché sur la concurrence des autres banques.
Avoir plus de détail sur le résultat d'exploitation par contre n'est pas possible car il n'y a pas de séparation comptable entre La Poste et ses différents secteurs d'activité et la Banque Postale. Pas de moyen donc de connaitre les charges de l'activité bancaire et de verifier les assertions de la Cour des Comptes.La Poste regroupe les activités de son réseau de bureaux de postes sous l'intitulé L'Enseigne La Poste qui ne comporte que des couts de fonctionnement et très peu de revenus(ceux de la vente de timbres!) Comment ensuite sont repartis ces couts entre les différentes activités de la Poste n'est donc pas accessible au commun des mortels.
J'ai essayé de voir sur l'exercice 2006 pour lequel les chiffres détaillés sont disponibles sur le site de La Poste, s'il était possible de trouver plus de details.On y trouve trace d'une Convention de répartition des frais entre poste et Banque Postale pour un montant de 2.08 milliards d'euros. J'y ai trouvé trace également d'une refacturation de frais informatiques et de gestion pour 1.152 milliards d'euros.Mais pas de compte d'exploitation global qui permettrait de savoir ce que rapporte finalement la Banque Postale.
Il faudrait pour cela que comme dans le cas de la SNCF et RFF,on sépare le réseau et ses frais de son exploitation par les activités courrier et bancaire. Sinon la fixation des redevances entre les deux entités reste un "fait du prince", en l'occurence Jean Paul Bailly, qui permet de faire basculer le résultat de l'un ou l'autre des activités à loisir.
Comment voulez vous, après cette obscurité voulue dans les comptes, que la Commission de Briuxelles ait une confiance quelconque dans ce qu'on lui raconte?
Une chose est sure néanmoins et à mettre au crédit de Jean Paul Bailly et des ses équipes: l'ensemble Poste /Banque Postale a bien fait des bénéfices confortables en 2007, après avoir même financé ses investissements. Qu'en pense la Cour des Comptes cette fois?
Allemagne:Remous autour du "SMIC Poste"
L'Allemagne offre la particularité sur le plan social de ne pas avoir de Salaire Minimum Garanti imposé par la loi et géré par les pouvoirs publics. Ca ne semble pas les avoir génés jusqu'à maintenant. Je dirais même que dans certains pays on attribuerait la bonne santé de l'économie à ce degré de liberté.
C'était jusqu'à ce que l'ouverture des marchés liée à l'Europe et les difficultés financières des Etats les amènenent les uns après les autres à privatiser et à accepter la concurrence privée. Ainsi en fut il en Allemagne avec l'ouverture des marché des services postaux et l'entrée de deux concurrents à Deutsche Post, le groupe PIN, filiale du groupe de presse Axel Springer et le groupe hollandais TNT.
La Deutsche Post et son personnel n'allaient pas se laisser brouter la laine sur le dos aussi facilement.Elle réussi à susciter l'adoption après de longues discussions au sein de l'alliance SPD/CDU/CSU, d'un "Smic Poste" fixé à 9.8 euros de l'Heure à l'ouest et 8 à l'Est ce qui fit émerger immédiatement les différences salariales entre concurents.
Le groupe PIN( reconnaissable à ses couleurs vert cru) fut obligé de déclarer ses filiales en faillite et de commencer à licencier ses employés car à ce tarif horaire là, dit il, ils ne pouvaient équilibrer leurs comptes. Suivant que vous auriez été du coté des salariés licenciés ou de ceux qui tuaient ainsi la concurrence, nul doute que votre vision de ce Smic poste aurait été radicalement différente. Et si vous étiez, malheureusement, du coté des licenciés, il vous aurait été difficile de trouver un soutien du coté du syndicat officiel Ver.di.Les salariés de PIN défilèrent bien dans les rues, mais sans succès ni soutien.
La solution trouvée pour les défendre? La création d'un syndicat nouveau ex nihilo, le GNBZ, pour défendre les salariés des concurrents de la Deutsche Post, mais au dela les intérêts aussi des sociétés concurrentes.Carton rouge par contre pour son financement puisque c'est la Groupe PIN dans les derniers jours avant de faire faillite, qui a financé l'acquisition de matériel et le salaire du président fondateur. Depuis PIN est en faillite et le syndicat officiel Ver.di a porté plainte.
L'autre concurrent, le Hollandais TNT, a lui attaqué l'instauration du "Smic Poste" en justice et , surprise, a gagné.Le tribunal administratif qui vient d'en être saisi, a jugé que ce Smic Poste était illégal. Bien sur le gouvernement a fait appel. A suivre donc. En attendant PIN et ses salariés ont, eux, définitivement perdu.
Les même problèmes créant les mêmes solutions, la même chose est en train de se passer en France, non pas à la Poste mais dans le ferroviaire. Et non pas sur le Smic, qui est un fait acquis chez nous, mais sur la convention collective des métiers du rail qui est en cours de discussion avec les nouveaux concurrents de la SNCF et qui sera bati à l'identique ou au moins autour du statut des cheminots. Il restera pour les concurrents de la SNCF à jouer sur le levier d'un meilleure productivité et surtout d'un meilleur service clientèle.
Où que ce soit, et contrairement à ce que nous racontent nos politiques, nous préférons la stabilité et le connu au changement et à l'inconnu.Un autre exemple? Le loueur de ski Low Cost de la Tarentaise, Ski Republic, vient d'en faire l'amère expérience; Il a en effet essayé de faire dans la location de ski ce que Leclerc avait fait dans l'épicerie il y a trente ans, louer à prix cassé et se rattraper sur le nombre de locations. On a menacé les responsables de ses boutiques,cassé les magasins, crévé les pneus de ses camions et même tenté de mettre le feu à son magasin phare.
Les homme seront toujours les hommes, quand vos interêts vitaux sont attaqués, vous réagissez...