23 mars 2008
Economie: Pourquoi ca ne risque pas de changer...
J'avais eu l'occasion dans un message du 28 juillet 2007 de comparer les approches allemande et française pour redresser l'économie de nos deux pays respectifs alors que nous étions dans les années 2002/2004 dans des circonstances comparables,déficit budgétaire annuel au dela des 3 pct de Maastricht, montée de la dette et du chomage,croissance anémique et difficultés de nos industries respectives pour exporter.
En Mars 2003, le chancelier Schröder annonce aux députés du Bundestag et à leur surprise un programme appellé "Agenda 2010" qui se traduisait sur le plan politique par un virage vers la social démocratie type Blair et dans la pratique concrète par la réduction des prestations de l'Etat, la diminution des indemnisations des chomeurs dans la tristement célèbre loi "Hartz IV", les privatisations du secteur public. Un programme qui créera des problèmes sociaux lourds et qui lui vaudra d'être battu d'extrème justesse en 2005.
En même temps l'industrie a entamé un vaste effort pour améliorer sa compétitivité, en clair réduire ses prix de revient. Elle reviendra ainsi sur la réduction des horaires hebdomadaires de travail et sur différents avantages sociaux. Avec des choix douloureux proposés aux partenaires sociaux entre la diminution des charges salariales et l'investissement pour conserver les emplois ou les délocalisations et les fermetures d'usine. Nous en avons même eu quelques retombées en France comme à l'usine Bosch de Venissieux où il fut demandé à l'époque(2004) au personnel d'accepter de "rendre" 6 jours de RTT contre un engagement d'investissement de la direction qui permette de pérenniser l'usine.Compromis accepté par les salariés. Aujourd'hui l'usine a bien eu ses investissements, a fait un choiffere d'affaire exceptionnel en 2007 et emploie 750 personnes.
Le résultat de ces efforts de compétitivité se voie sur la courbe ci contre en comparaison avec celles des autres pays européens. Depuis le creux de 2004 la compétitivité de l'Allemagne n'a cessé de s'améliorer alors que dans le même temps celle des pays latins et de la France en particulier n'a cessé de se dégrader.
L'Allemagne est le bon élève européen sur le plan de la maitrise des salaires avec la plus faible hausse des couts salariaux
en 2007 par rapport aux autres pays européens, 1.5 pct là où la France arrive à 3.3pct. Et ce alors que la coalition CDU/SPD au pouvoir depuis l'élection d'Angela Merkel a augmenté la TVA de 3 pct pour rembourser la dette et rééquilibrer le budget. En d'autres termes le pouvoir d'achat des allemands a été sérieusement écorné.
Par contre pour les autres indicateurs économiques, déficit budgétaire, balance commerciale, performance à l'exportation, tout baigne pour l'Allemagne ,une évolution rigoureusement inverse à la notre.
Tout ne s'est pas fait sans douleur et il y a en Allemagne comme en France et pour les mêmes raisons, haussse des matières premières industrielles et agricoles ainsi que du pétrole, un vrai débat sur les salaires et le pouvoir d'achat. Mais il est sans doute beaucoup plus facile à l'industrie allemande d'arriver à satisfaire ces revendications dans la situation commerciale florissante dont elle bénéficie qu'à son homologue française.
Quelle est l'approche coté français? La croyance qu'il suffirait d'un point de croissance de plus que notre croissance molle à 2 pct par an pour pouvoir combler le déficit de nos échanges commerciaux et celui du budget. Hélas la croissance ne se décrète pas, même avec les dents. Elle passe d'abord par la compétitivité des produits et des prix de revient, à l'export comme sur le marché intérieur. Or comment acroitre la compétitivité de nos produits dans un pays qui crée une nouvelle taxe à chaque nouveau besoin de financement et qui n'a pas fait le moindre effort pour réduire le cout de l'état et le déséquilibre de son budget? Le credo du gouvernement, c'est la relance par le pouvoir d'achat et les salaires, ce qui était vrai il y a 50 ans quand nous produisions d'abord pour satisfaire les besoins des français et accessoirement exporter.Dans un monde ouvert ou la hausse du pourvoir d'achat profite majoritairement aux produits importés, ce n'est malheureusement plus vrai.
Il faudrait se convaincre que l'economie commence en mettant les boeufs devant la charrue et non pas l'inverse.Et que donc il faut devenir plus compétitif dans un premier temps, développer nos ventes sur le marché intérieur et à l'export et ensuite distribuer les fruits de cette croissance. Il faudrait aussi que nous admettions que le cout de l'Etat est un élément de la compétitivité globale de notre industrie et que donc il doit régresser considérablement.
Nous en sommes loin. Et notre opinion publique s'éloigne chaque jour un peu plus de cette réalité financière.Ca n'a donc aucune raison de pouvoir changer à court et à moyen terme...Peut être devrons nous attendre qu'un Schröder socialiste français fasse ce qu'un Nicolas Sarkozy n'aura pas su faire?