J'ai déjà eu l'occasion dans ce blog de m'étonner du peu de connaissance des rouages de l'économie chez les français en général mais également dans le corps des journalistes et même chez nos hommes politiques qui n'ont, hélas, que très peu d'expérience de l'entreprise. Au point que, même dépourvu de cette expérience, cela ne les empèche pas de donner des conseils péremptoires sur la gestion des entreprise et de mettre en place des mécanismes dont l'impact sur l'économie est souvent douteux . C'est d'ailleurs une des raisons de la création de ce blog d' essayer d'expliquer l'économie de marché et ses mécanismes, que nos hommes politiques ont d'ailleurs approuvé sans que les français s'en soient vraiment rendu compte avec la signature du traité de Rome mais surtout de celui de Maastricht.

Ce n'est pas faute pourtant de créer des haut conseils de ceci, des autorités de cela au point que nous avons même des doublons. Ainsi en est il de l'Institut pour l'Education Financière du Public, présidé par un communiste, et du Codice, Conseil pour la Diffusion de la Culture Economique, crée par Thierry Breton. Sommes nous devenus pour autant plus savant en  économie depuis, je ne sais? En tous cas je n'ai jamais vu dans la pratique une action quelconque de ces organismes.

Le point de départ cependant de cette prise de conscience du fonctionnement économique devrait être l'école. J'ai connu personnellement une école où il n' y avait pas d'enseignement de l'économie du tout non plus qu'à l'Université ou dans les Ecoles. Il a éte fait depuis un effort pour certaines sections( section ES en 1ère et Terminale) avec la mise en place d'un enseignement économique et social mais je peux temoigner que, à l'Université ou dans les "grandes" écoles d'ingénieurs, la culture économique est quasiment nulle.Dans une école d'ingenieur dans laquelle je faisais justement une conférence sur l'entreprise, j'ai eu la surprise qu'on me demande que ce que c'était que le dividende que distribuait une société! C'est dire à quel niveau d'inculture en sont réduit de futurs ingénieurs dont la vocation est pourtant d'aller dans l'industrie( même si son corps enseignant tachent de les garder dans le sérail du corps enseignant).

C'est Monsieur Michel Rocard qui, à l'époque de la mise en place du Codice, avait exprimé son inquiétude de cette inculture économique.Il a recommencé récemment,comme membre de la commission Pochard chargée de réfléchir à l'évolution du métier d'enseignant,  en qualifiant de " catastrophe ambulante" l'enseignement de l'économie en  France dont il considère que le faible niveau est responsable du "blocage du dialogue social en France". Il est vrai que quand on compare les comportement des syndicats allemands et français, on constate que les uns comprennent les grand leviers du fonctionnement de l'economie et des entreprises alors que les autres en sont encore au tout début du marxisme et de le lutte des classes.

L'association des professeurs d'économie (Apses) s'en est irrité et Michel Rocard a rectifié le tir en ne blamant pas le contenu mais le nombre d'heures consacrées à cette science.

Pourtant il est apparu depuis que les manuels consacrés à cet enseignement étaient outrageusement partials.En voici quelques exemples: " le cauchemar de la classe politique européenne c'est que le peuple continue de voter mais mal";"C'est le travail qui assume le risque de l'entreprise tandis que les dirigeants assurent au capital une promesse de rémunération"; "La théorie des effets positifs à terme des avancées technologiques est une piêtre consolation pour la masse croissante des travailleurs réduits au chomage et au sous emploi" etc  etc

Ces livres sont édités par des éditeurs privés comme Nathan, Bordas, Hatier, Magnard etc qui devraient sans doute réagir à la lecture de ces contenus. Mais, d'une part, ce sont des professeurs qui écrivent ces manuels et ,d'autre part, pour vendre ces manuels, il faut qu'il correspondent à la sensibilité et à la culture de la population d'enseignants en économie.

Imaginez un manuel qui explique que ce sont les entreprises les seules créatrices de valeur. Ou encore que les fonctions de l'état se traduisent par des couts qui doivent ensuite être payés par les salariés( via leurs impots directs et indirects) et les entreprises( via l'impots sur les sociétés et les taxes et cotisation sociales diverses) et que les services gratuits n'existent pas. Ou encore expliquent ce que signifie la compétitivité des entreprises et comment l'améliorer.Ou encore qu'on ne peut s'offrir  que les services publics ou la protection sociale que l'économie du pays vous permet de vous payer. Ou encore propose comme travaux pratiques un calcul de prix de revient rendu France d'un produit fabriqué en Chine en utilisant les salaires et charges français et chinois,le cout du transport Chine France et les frais financiers qui sont liés au stocks. Ou encore explique ce qu'est une marge brute et une marge nette....

Je suis prèt à parier que ce manuel n'aurait que peu de succés, tellement dans le domaine de l'Economie et du Social, le succés du manuel et donc son contenu sont lié à la culture économique et politique de corps professoral qui l'enseigne. L'Etat ne controle rien des manuels qui sont proposés par les éditeurs aux enseignants. Le ferait il d'ailleurs que les services de l'inspection académique qui en assurerait, je suppose, le controle n'y trouverait probablement rien à redire.

Michel Rocard a même éprouvé le besoin de s'excuser auprès de l'Apses tout en persistant à se dire 'effrayé' de la visison de l'économie qu'il a rencontré chez les lycéens et qui montrent "un degré d'abstraction et de dogmatisme qui en interdirait toute utilisation dans la pratique sociale". Etonnons nous après cela que nous manquions de créateurs d'entreprise et que 70 ct des français souhaiteraient devenir fonctionnaire.

Le sujet est désormais sur le bureau du Ministre de l'Education Nationale, Xavier Darcos, qui s'en émeut désormais.Les dizaines de Ministres de l'Education qui l'ont précédé, dont Claude Allègre, connaissaient parfaitement la situation de ces manuels scolaires et ne semblent pas s'en être ému. Etait ce parce qu'ils adhéraient également à cette vision de l'entreprise ou parce qu'ils n'ont pas eu le courage de s'attaquer au problème?Je vous laisse juge.