10 janvier 2008
La Culture de Zorro matinée de Droit d’Ingérence?
C’est peut être ainsi qu’il faut voir les motivations cachées qui ont poussé Eric Breteau à aller au delà du raisonnable dans son aventure personnelle du rapatriement forcé d’une centaine d’enfants tchadiens au nom de l’Arche de Zoé, ou plus exactement de Children Rescue puisque c’est sous cette fausse barbe que son association opérait au Tchad.
C’est du moins l’impression qu’on retire du magazine de FR3, Pièces à conviction, du dimanche 7 janvier qui a enquêté sur les circonstances des agissements de l’Arche de Zoé. On y apprend en effet que :
- Eric Breteau s’était investi dans le secours aux rescapés du Tsunami et y avait eu une conduite tout à fait recommandable et reconnu par ceux qui ont bénéficié de ses efforts dont Zoé, une enfant dont il a réussi à sauver la jambe, très endommagé dans la catastrophe.
- Il a alors souhaité reproduire le même modèle d’aide humanitaire dans un autre endroit du monde dans lequel un désastre humanitaire d’ampleur comparable existait, le Darfour, une partie du territoire soudanais à l’extrême est du Tchad. Il a monté pour cela avec quelques amis l’association humanitaire Arche de Zoé. Personne ne semble mettre en cause sa profonde motivation humanitaire et désintéressée
- C’est après qu’il semble s’être lui-même pris au piège de ses propres promesses aux futures familles d’accueil qu’il semble bien avoir recruté en premier lieu en vue d’adoption future.
- Il avait été parfaitement prévenu, y compris par écrit, par le Ministère des Affaires étrangères ( Rama Yadé et ses services) que l’adoption n’existant pas au Soudan ni au Tchad, il n’était pas possible de les adopter en France. C’est sans doute après cet avertissement que son discours a évolué vers le rapatriement des enfants en France avec l’idée de les mettre sous la responsabilité de l’assistance publique en espérant que plus tard ils pourraient être naturalisés français et devenir adoptables.
- Là où le comportement de l’association semble avoir commencé à dériver c’est dans le changement de nom de l’association au Tchad sous le nom de Children Rescue et de président de Eric Berteau en faveur de sa compagne Emilie Lellouch qui lui ont permis de passer inaperçus. Par la suite, pour obtenir la financement de l’opération par les familles d’accueil, pour convaincre les parents de leur confier leurs enfants, pour les faire passer comme devant être évacués sanitaires, pour mettre en place avec les autorités tchadiennes cette évacuation, l’association s’est laissé aller à des omissions graves sur la destination finale et le sort des enfants, à des simulacres de blessures et a semblé découvrir qu’on ne pouvait sortir du Tchad sans papiers ce qui leur en a fait préparer des faux. Ils ont finis par être dénoncés par les collaborateurs tchadiens de l’association qu’ils ont informés de leur plan d’évacuer les enfants et avaient bien compris, eux, que l’action de l’association entrait dans le domaine de l’illégalité
Il ne m’appartient pas de commenter ni de porter un jugement sur le résultat de leur procès au Tchad. Leurs partisans ont l’air de croire que le passage devant la justice française le 14 janvier sera en quelque sorte un autre procès. Je crois comprendre que ce ne pourra pas être le cas et qu’il s’agira seulement d’une transformation « technique » de leur condamnation à 8 ans de travaux forcés en une peine équivalente en droit français. Nous verrons bien.
Il me parait plus intéressant de comprendre ce qui a pu se passer dans la tête d’Eric Breteau pour passer d’une profonde motivation humanitaire et désintéressée aux mensonges, à la tromperie et aux faux. Comme le titre de cet article vous l’indique il me semble que c’est d’abord la croyance quasi idéologique que le meilleur pour ces enfants était d’être séparé de leurs parents au Darfour ou au Tchad et d’être confié à des parents adoptifs français ! Comme si cela coulait de source, quelles que soient les difficultés que ces enfants rencontraient au Darfour ou au Tchad .
L’autre facteur me semble être le passage d’un rôle de sauveteur à la fonction bien définie dans la catastrophe du Tsunami qu’il a su assumer avec succès à celui de Président d’une association crée pour un but aux contours vagues dans un contexte inconnu. Ensuite, j’ai le sentiment qu’il s’est senti peu à peu dépassé par les attentes qu’il avait crée avec une obligation pour lui de les assumer par tous les moyens. Un engrenage qui l’a conduit de plus en plus loin vers la catastrophe finale.
Enfin un élément culturel très franco français qui est de croire que nous, français détenons toujours la vérité ou la solution qui devrait s’imposer à tous. Une attitude courante de donneurs de leçons qui fait que les français sont souvent taxés d’ « arrogance ». Une attitude qui a été renforcée dans l’humanitaire par l’invention par notre Ministre actuel des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, du « droit d’ingérence » qui fait que nous considérons que l’horreur réelle ou présumée des situations nous donne le droit, voire le devoir, d’intervenir dans le pays où ces évènements ou ces situations se présentent.
Le syndrome de Zorro matinée du droit d’ingérence comme je le disais en titre.
Ce qui me parait grave dans la genèse de ce désastre, c’est que personne dans l’entourage d’Eric Breteau, y compris des gens d’un haut niveau intellectuel comme le docteur, n’ait eu le bon sens – ou le courage- de lui dire qu’il allait au désastre. J’ai même eu l’impression qu’il se « montaient tous le bourrichon » quand ils étaient tous ensembles. C’est peut être pour ces raisons que le Tribunal Tchadien, que nous vilipendons à toutes occasions pour cette égalité de peine, en a décidé ainsi...
Un signe de l'émergence du continent sud-américain:Un "FMI du Sud"...
Le FMI et la Banque mondiale ne se sont pas fait que des amis parmi les pays en voie de développement qui ont du faire appel à leur services, loin de là. La faute à une grande rigueur de sa politique économique qui ne permettaient de faire des prêts à ces pays en difficultés qu'en échange de la mise en place de plan de redressement et d'économies drastiques, de réduction du poids de la fonction publique, de lutte contre la corruption etc, le tout suivi de près, année aprés année, par des experts financiers pour vérifier la bonne utilisation des fonds prétés.
Sur le fond, il s'agissait effectivement d'apprendre à ces pays à bien gérer leur économie suivant les règles de l'orthodoxie scientifique dévéloppées par les prix Nobel d'économie d'Amérique du Nord. Sur la manière, c'était empiéter sur la souverainété d'états frais emergés de la colonisation et donc particulièrement chatouilleux sur ce sujet.Le pire a été atteint en Amérique du Sud ou les rapports entre FMI/ Banque Mondiale et certains états ont franchement tourné à l'aigre, jusqu'à la situation extrème de l'Argentine qui considérait la politique économique imposée par le FMI comme étant contreproductive et inacceptable socialement. De ce fait, elle denonça du jour au lendemain tous les prêts qui lui avaient été faits par le FMI, la Banque mondiale, les pays occidentaux et leurs entreprises. S'en suivit une longue période de dépression économique, des discussions difficiles avec les créanciers, avant que, allégée de toutes dettes, l'économie ne puisse repartir.
Depuis les choses ont bien changées, grace à la flambée des cours du pétrole et des matières premières( le minerai de fer brésilien) qui a permis à ces pays de devenir subitement riches. Saupoudrez de dirigeants charismatiques, nationalistes et anti américains et vous obtenez un continent en réémergence contre un ennemi commun. Tant il est vrai que, comme dans l'europe du 19ème siècle, les pays se construisent contre un ennemi commun. Cette flambée des cours a permis à l'Argentine et au Brésil de rembourser leurs dettes à l'égard du FMI avant de quitter l'institution suivi plus tard de l'Uruguay, du Vénézuela de Monsieur Chavez et de l'éviction d'Equateur du représentant du FMI. Elle a permis également aux réserves de changes des pays de la zone de passer de 2002 à 2007 de 150 à 350 milliarsd de dollars. Bref le continent est devenu riche!
La dernière avanie emblématique de l'émergence nouvelle du continent sud américain est la création d'un "FMI"
sudaméricain, porté sur les fonds baptismaux par 7 pays sud américain, l'Argentine, le Brésil, le Venezuela, la Bolivie,l'Equateur, le Paraguay et l'Uruguay qui aura son siège à Caracas, capitale du Vénézuéla, et surtptu sera doté de 7 milliards de dollars de capital versés par ces pays. Le but est de pouvoir financer des grands équipements commun au continent comme le gigantesque gazoduc(10 000km!) prévu distribuer le gaz Bolivien jusqu'au fin fond de l'Argentine, tout au sud du continent, en passant par le Brésil. A plus long terme on peut également réver d'une monnaie commune à tous ces pays
Les membres de ce FMI sudaméricain auront accès aux même facilités financières que le FMI traditionel leur offrait mais sans les conditions léonnines de bonne gestion qu'il leur imposait.L'avenir dira si les prêts mutuels entre amis sans bonne gestion peuvent fonctionner. Le Brésil en tous cas a déjà pris ses distances avec l'aspect "social" que Hugo Chavez souhaitait imprimer à l'action de "sa" banque ( il en était l'ardent promoteur depuis deux ans avec Nestor Kirschner). La Banque du Sud devra être rentable a dit le ministre des Finances brésilien.
Il reste deux mois pour définir les contributions financières des différents partenaires et surtout les droits de votes de chacun dans le mécanisme de prise de décision avant de pouvoir attirer d'autres pays andins, pour l'instant dans l'expectative, dans l'aventure. Or comme chacun sait, le diable est dans les détails.
Souhaitons bonne chance à cette Banque du Sud et au phénomène que sa création confirme, l'émergence du continent sud américain. Quant au vrai FMI de Dominique Strauss Kahn,il ne lui restera bientot plus que les pays africains comme clients...Encore que la Chine y soit devenu un concurrent redoutable avec ses prêts à fonds perdus.