Je vous avais signalé l'ouverture- enfin- du procès des Khmers Rouges responsables, il y a plus de trente ans déjà, du génocide du peuple cambodgien.Un génocide qui, de 1975 à 1979, a fait disparaitre pas moins de 1.5 millions de cambodgiens au vu et au su du monde et il faut bien le dire sans grandes réactions pour l'empécher, y compris chez nos intellectuels. Vous me direz ce n'est guère mieux pour le Darfour...

La mise sur pied de ce procès, malgré des efforts considérables de l'Onu, a été longue et difficile, -plus de 10 ans de négociations avec le gouvernement cambodgien- et toutes sortes de pretextes, parfois futiles, ont été utilisés pour en retarder le démarrage.Sans doute parce que dans le personnel politique et judiciaire actuel subsistent encore beaucoup de gens qui ont trempé, de près ou de loin, dans la sombre période des Khmers Rouge. Rajoutez y l'énormité d'un traumatisme collectif et un doigt de fierté nationale et vous comprendrez qu'il a fallu beaucoup de temps pour renverser les barrières qui s'opposaient à la tenue de ce procés. Et accepter des compromis comme la compositon du tribunal constitué à parité de juges cambodgiens et étrangers ou la main mise du gouvernement sur son ordre du jour.

C'est sans doute pourquoi le demarrage effectif a été plutôt mou et qu'il n'a finalement été accepté par le gouvernement que la comparution du seul "Duch", le directeur du centre d'interrogatoire S-21 de Phnom Penh où on disparu 16 000 personnes.Mais les choses semblent avancer maintenant avec l'arrestation et la comparution immédiate du numero 2 du PCK(Parti Communiste du Kampuchea), Nuon Chea, idéologue du parti et responsable des grandes purges comme au plus beau temps des purges du parti communiste soviétique.

On peut donc désormais espérer en la comparution d'autres responsables du génocide toujours en liberté comme le beau frère de Pol Pot, Ieng Sary, de Meas Muth, gendre de l'ancien chef militaire Ta Mok et surtout de l'ancien chef de l'Etat, Khieu Samphan. Hélas la durée des discussions pour arriver à ce procès aura été telle que certains des responsables majeurs des massacres auront eu le temps de mourir sans pouvoir être jugés. Ainsi en est il de Pol Pot mort en 1998, de Ta Mok dit "le boucher", mort en 2006, de Son Sen qui supervisait les forces armées ou de Thiounn Thioeunn.

Espérons que ce procès en tous cas permettra à tout un peuple de poursuivre sa déculpabilisation collective.