Comme j'ai eu l'occasion de vous en faire part dans ce blog à plusieurs reprises, le torchon brule entre la Commission Européenne et certains des pays membres de l'Union Européenne sur la délicate question de la séparation des réseaux de distribution et des activités de production.Pour Bruxelles, c'est le contrôle simultané de la production( electrique, gazière etc) et des réseaux( électrique, gazier, téléphonique etc) qui empèche le concurrence de se mettre en place entre les opérateurs. Les gouvernements des "grands" pays, dont la France et l'Allemagne, préféreraient conserver des sociétés nationales intégrées puissantes pour s'étendre dans le reste de l'europe et surtout préserver une paix sociale si cruciale dans ces entreprises. Pour eux donc,on pourrait rester en l'etat - c'est à dire le controle de la production et des réseaux-, avec l'aide de la feinte de balayeur de séparer juridiquement les deux activités mais avec un seul opérateur, celui de la société nationale.

La Sncf ,qui n'est pas en première ligne dans ce débat puisque la seule concurrence existante sur le rail concerne le fret(pour le trafic passager, c'est repoussé aux calendes grecques), vient néanmoins d'amener de l'eau au moulin de la Commission de Bruxelles.Ses concurrents dans le fret viennent en effet de se plaindre que la pénurie de wagons et de sillons ferroviaires les empèchent de prendre des parts de marché à l'activité fret de la SNCF. Et comme ce sont les personnels de la SNCF qui exploitent le reseau ferré qui appartient à RFF, Reseaux Ferrés de France, il n'y a pas loin de là à soupçonner la SNCF d'organiser la rareté des materiels roulants et la confiscation des sillons ferroviaires disponibles.

Ils sont quatre opérateurs nouveaux ayant obtenus leur licence d'exploitation en France,Euro Cargo Rail, une filiale du britannique EWS sur laquelle lorgne la Deutsche Bahn,Véolia Transport,Seco rail, une filiale du groupe Colas, et une filiale de la SNCF, VLFI, Voies ferrées locales et industrielles.D'après eux,la SNCF chercherait à bloquer le système et préfèrerait ne pas bouger les wagons plutôt que de les voir utilisés par la concurrence. Pour certains types de wagon, la SNCF aurait loués tous ceux disponibles sur le marché pour une durée de trois ans ce qui force les nouveaux opérateurs à en commander eux mêmes mais pour livraison dans trois ans!

Quant aux sillons ferroviaires, les créneaux horaires pour faire circuler les trains,qui sont en principe attribués par RFF,ils sont apparemment devenus introuvables ce qui ampute leur chiffre d'affaire prévisionnel de 20pct. Mais, bien sur, cette pénurie de sillons gène considérablement plus les nouveaux arrivants que la SNCF.

La SNCF se défend d'avoir une responsabilité quelconque dans la situation, en mettant la pénurie de wagons sur le compte de l'age élevé du parc de wagons français et en prétendant être également victime de l'absence de sillons. RFF a néanmoins décidé de mettre sur pied un groupe d'étude sur les sillons pour proposer des solutions à l'automne. Sinon ce sera Nicolas Sarkozy qui envisage de créer un régulateur indépendant.

Tout ceci n'est peut être que l'expression de la concurrence normale mais acharnée qui se matérialise et à laquelle la SNCF riposte par tous les moyens dont certains sont sans doute limite. Mais la bagarre commerciale n'a jamais été une affaire d'enfants de coeur...

Certains lecteurs, vraisemblablement employés de la SNCF, avaient commenté mes messages précédents sur ce sujet en affirmant au contraire que le personnel affecté à la gestion du reseau ferré était très attentif à ne pas favoriser la SNCF. C'est peut être vrai  mais ce n'est pas ce qu'en pense, et qu'en dit, la concurrence. Alors, avouons que la situation serait infiniment plus claire et qu'elle ne donnerait pas prise au soupçon si.... RFF exploitait le réseau avec son propre personnel!

C'est exactement le point de vue de la Commission de Bruxelles pour justifier la séparation des producteurs et des distributeurs.