La crise petrolière de ces dernières années qui a résulté en une hausse considérable du prix de baril jusqu'aux niveaux actuels des 70 dollars le baril, a été provoquée par l'accroissement de la demande lié à la croissance économique mondiale et par la faiblesse de l'excédent de capacités d'extraction de brut disponible par rapport à cette demande croissante. En même temps cependant, la faiblesse des capacités de raffinage dans le monde est apparue comme une autre goulot d'étranglement de la chaine de la distribution pétrolière.

Le raffinage est une industrie extrèmement gourmande en investissements, tout autant que l'exploration et la production, mais qui, depuis des années, s'est caractérisée par la faiblesse des marges sur les produits raffinés sur le marché mondial qui ne permettait pas de générer un retour sur les investissements suffisant. Faiblesse des marges liée également à une longue situation de surcapacités du raffinage de 1975 à 2000. Pendant toute cette période, chaque compagnie regardait l'autre pour savoir laquelle allait fermer sa raffinerie le première!  Peu à peu, le raffinage est devenu le parent pauvre d'une industrie pétrolière qui offre la particularité d'être la seule industrie totalement intégrée de la recherche et de la production du brut à son raffinage en différents produits  et sa distribution au consommateur final dans les stations services, ports et aéroports, maisons particulières, routes, centrales électriques et unités de production de produits chimiques dans lesquels ils sont utilisés.

Pourtant depuis quelques temps les compagnies pétrolières ont tendance à se concentrer sur leurs activités jugées stratégiquement les plus importantes, la recherche de nouveaux gisements et leur mise en production. Car les réserves s'épuisant, le monde a un besoin de plus en plus désespéré de pétrole et la concentration sur une seule activité permet d'y devenir de plus en plus performant. Elles se posent toutes la question d'abandonner éventuellement leur raffinage et certaines comme Shell ou BP ont déjà franchis ce pas.

Heureusement, en même temps, aCanalblog188pparait un nouveau type de société que cela intéresse de reprendre les activités de raffinage.Il est vrai qu'après les désespérants 25 ans de surcapacité de ce raffinage, la situation a bien changé sur le front des marges qui se sont littéralement envolées depuis fin 2003 et permettent désormais d'envisager une industrie autonome qui n'aurait plus besoin de savantes péréquations avec les profits de l'exploration production pour pouvoir subsister.

C'est la cas, par exemple  de la compagnie suisse Petroplus, crée en 1993  seulement pour racheter les raffineries dont ne voulaient plus les majors et rachétée en 2005 par le fonds d'investissement américain Carlyle qui se trouve à la tète, après le rachat des raffineries de Shell en France, d'une capacité de raffinage de 865 000 barils/jours.

C'est l'approche également des pays de l'Opep dont certains (Arabie Séoudite) s'étaient déjà engagées dans le raffinage dans les années 1970/75 avant de buter sur les surcapacités, et qui maintenant que la situation a fondamentalement changée,entendent repartir dans une nouvelle phase d'expansion de leurs capacités de raffinage. C'est ainsi que l'Arabie Séoudite vient d'annoncer la construction par sa société nationale Aramco, d'une nouvelle unité à Ras Tanura de 400 000 barils/jours et de lancer un appel d'offre pour la création d'une raffinerie entièrement nouvelle à Jizan sur la Mer Rouge.Il sera intéressant de voir d'ailleurs qui gagnera cet appel d'offre des pétroliers intégrés traditionnels ou des nouveaux raffineurs.

C'est le cas aussi, mais à un niveau d'engagement moindre d'autres membres de l'Opep, le Koweit, l'Iran, l'Indonésie ou même l'Algérie ce qui fait que globalement la capacité de raffinage mondiale devrait augmenter d'içi 2011 de 6 millions de barils/jours supplémentaires. Il est vrai qu'au prix où est monté le baril ces pays ont des ressources financières considérables à placer et que le raffinage n'est pas le placement le plus risqué dans le contexte mondial actuel. Cela montre en tous cas que ces pays ne craignent pas de manquer de brut en tous cas!

Il est rassurant de voir que cet acteur supposé de la crise pétrolière actuelle se redeploie en se spécialisant et en devenant une activité industrielle à part entière. Seul bemol, tous ces produits petroliers additionnels ne vont pas faciliter la réduction des émisisons de CO2 et la maitrise du réchauffement climatique...