Les projets d'installation de nouvelles centrales nucléaires prolifèrent en ce moment partout dans le monde et en particulier dans les pays émergents.Comme je vous en ai fait part dans mon article du 20 aôut 2007, ce ne sont pas moins de 250 centrales qui sont prévues se construire dans les années à venir, si bien sur ces projets se transforment en décision ferme de construction.

Tout ceci veut dire que les besoins en Uranium enrichi et donc en Uranium naturel vont s'accroitre considérablement dans les années à venir. Au point que les "pessimistes" et les écologistes se répandent sur les médias pour annoncer la pénurie à court terme d'Uranium. Les scientifiques balayent cette vision négativiste des réserves d'uranium disponibles en nous indiquant que les réserves actuelles sont suffisantes pour alimenter le parc existant pendant 60 ans. Bien sur , il en faudra aussi pour alimenter les centrales en devenir mais la recherche de gisements d'uranium, totalement abandonnée depuis des décennies, est pleine de promesses et plusieurs mines dont certaines très importantes sont inexploitées.

Il y a donc de la marge pour accroitre largement la production alors qu'à l'heure actuelle le marché est déficitaire du fait de la fermeture temporaire de la très grosse mine du Canadien Cameco à Sugar Lake pour cause d'inondation.

Les acteurs dans cette ruée vers les gisements d'Uranium sont tout d'abord les grands groupes miniers généralistes comme BHP Billiton, Rio Tinto ou Xstrata, plus ou moins impliqués auparavant dans l'extraction de ce minerai auquel ils n'accordaient plus d'intérêt depuis l'accident de la centrale nucléaire américaine de Three Miles Island. Ensuite les groupes miniers spécialisés "historiques" qui ont toujours été impliqués dans l'exploitation de mines d'uranium comme le canadien leader mondial de la production d'uranium Cameco. Enfin ceux dont l'objet est de maitriser la totalité de la filière du cycle nucléaire, les intégrés du nucléaire, qui donc construisent les réacteurs  et les centrales nucléaires mais extraient aussi l'uranium naturel, procèdent à son enrichissement en uranium 238 pour en faire un combustible nucléaire actif, puis procèdent au retraitement du combustible usé. Vous avez reconnu le français Areva.Canalblog181

Ci contre se trouvent les grand pays producteurs d'uranium dans le monde et leurs reserves de minerai. Le plus important est l'Australie avec 27 pct de ces reserves parmi lesquelles la plus grande mine d'uranium du monde non exploitée jusqu'à maintenant par son propriétaire WMC. Elle a donné lieu l'année dernière à un bataille mémorable entre BHP Billiton( le gagnant) et Xstrata  à laquelle Areva avait essayé de se méler mais sans en avoir les moyens financiers face aux grands groupes miniers.

Viennent ensuite à égalité le Canada et le Kazakstan. avec 14 pct des reserves mondiales  puis des acteurs plus modestes comme le Niger, la Namibie, l'Afrique du Sud, le Brésil et la Russie. L'Europe n'en a quasiment pas et celle de la France sont épuisées. Au total les reserves connues se montent à 2.6 millions de tonnes. La production annuelle actuelle est de 41 000 tonnes, dont 28pct pour la Canada, 22pct pour l'Australie 10 pct pour le Kazakhstan etc.

Comme vous pouvez imaginer, la hausse des cours de l'uranium naturel que je vous avais signalé dans un article du 13 avril 2007 et la perspective d'une forte relance de la construction de centrales nucléaires a suscité les convoitises de tous les acteurs de la filière.Nous assistons depuis deux ans à une forte concentration de cette industrie entre les mains des plus gros bien sur.

Dans la catégorie des groupes miniers traditionnellement impliqués dans l'Uranium, citons le Sud Africain Uranium One qui vient d'acheter UrAsia Energy en Avril 2007 et vient de doubler la mise en rachetant le canadien Energy Metals Co, EMC. Il devient de ce fait le second plus gros producteur mondial d'Uranium.

Dans la catégorie des acteurs de la filière intégré, Areva vient de racheter le canadien UraMin qui possède des gisements inexploités en Namibie mais aussi en Afrique du Sud et en République Centrafricaine. Dans le même temps, avec quelques difficultés, Areva a réussi à renouveler ses contrats au Niger tout en en perdant l'exclusivité.Areva, troisième producteur mondial a prévu de doubler sa production, actuellement à 6000 tonnes/ans, à 12 000 tonnes en 2012 à partir de ses bases au Canada, au Niger donc et au Kazakhstan. L'intégration d'UraMin devrait lui permettre d'accroitre sa production encore à 19000tonnes/ans pour venir chatouiller les leaders de la profession.

Autre élement intéressant, le concurrent direct d'Areva pour la fourniture de réacteurs nucléaires, l'américain Westinghouse, qui a été racheté l'année dernière par l'electronicien japonais Toshiba, va s'allier au producteur Kazakh, Kazatomprom, qui exploite des mines dans le sud du Kazakhstan. Toshiba a en effet accepté de vendre 10 pct du capital de Westinghouse au groupe Kazakh pour sceller cette alliance.La pratique actuelle des fournisseurs de réacteurs ou de centrales nucléaires est en effet de fournir le combustible à leurs clients électriciens et Westinghouse avait un désavantage compétitif par rapport à Areva dans ce domaine.

Kazatomprom, de  son coté, compte tripler sa production à 17500 tonnes/an d'içi 2016/2017 à 40pct du marché mondial. Et vient d'accueillir la participation à 22.5pct du japonais Toshiba dans la société qui exploitera une nouvelle mine d'Uranium dans le sud du Kazakstan et dont Kazatomprom sera l'actionnaire majoritaire.La mine est prévue produire 5000 tonnes d'uranium à partir de 2014 dont Toshiba aura le droit d'acheter 600 tonnes

C'est dire que du coté de la fourniture de minerai il ne semble pas y avoir de problème de disponibilité et qu'au contraire tous les acteurs de la filière parient sur la renaissance du nucléaire, comme dans les années 1960/70