J'avais eu l'occasion de vous dire que la clef de l'intégration des économies émergentes dans l'économie globale du monde résidait dans le rééquilibrage progressif des couts des pays émergents qui peu à peu se rapprocheront de ceux des pays developpés.

Le cas type a été celui du Japon, puissance émergente dont la compétitivité nous faisait peur il y a 50 ans, et désormais membre à part entière du club des pays développés, avec un niveau de vie des populations équivalent au notre et des couts de fabrication quasi identiques aux notres. Au point que les firmes japonaises produisent maintenant dans tous les pays du monde. Dans les pays développés pour les produits lourds dont les couts de transport seraient trop élevés pour assurer leur compétitivité, ou dans les pays émergents eux mêmes pour justement reprendre de la compétitivité par rapport à des fabrications sur le sol et avec les couts du travail nationaux.

Un rééquilibrage entre économies émergentes et économies matures se fera donc inévitablement au fur et à mesure que les couts du travail( y compris les dimes souvent lourdes des Etats, de la santé et des retraites) et les taux de changes égaliseront les couts de fabrication entre ces deux types d'économie et de pays. Seul problème, ce rééquilibrage peut prendre 50 ans comme dans le cas du Japon.

Premiers signes d'un début de rééquilibrage. En Chine l'inflation commence à galoper avec  4.4pct de hausse en juin en année glissante, son plus haut niveau en trois ans. Hausse alimentée par certaines hausses conjoncturelles comme celle de la viande de porc et celle du prix des céréales et d'autres plus durables comme celle de l'énergie importée ou locale ( charbon) ou des matières premières.Toutes hausses auxquelles le reste du monde est également exposée et qui ne modifie pas la compétitivité rélative des pays. La part d'inflation qui nous intéresse nous, pays industrialisés, dans ce rééquilibage est celle qui correspond à une hausse des salaires et des niveaux de vie. Or il est difficile dans l'opacité des statistiques chinoises d'en savoir beaucoup plus. Les économistes partent du principe que, du fait de son énorme population non encore touchée par le développement, celle des campagnes profondes, la Chine dispose d'une "armée de reserve" de travailleurs pour maitriser cette inflation des couts salariaux.

Les économistes constatent néanmoins que les profits des sociétés exportatrices( souvent les filiales de sociétés étrangères) ont tendance à baisser alors que ceux des sociétés centrées sur le marché intérieur se portent bien. Conclusions, les sociétés locales font passer les hausses sur le marché intérieur alors que les société exportatrices ne les répercutent pas pour l'instant.Et que donc les couts salariaux seraient bien repartis à la hausse.

Autre élement de rééquilibrage des couts et des competitivité les taux de changes qui reflètent la santé perçue d'une économie et peut affecter gravement cette compétitivité. Pour la Chine qui fixe par elle même ses propres taux de change, une évolution lente et sans effet économique  au gré des pouvoirs publics chinois. D'où les pressions considérables des Etats Unis en particulier et d'autres pays pour voir le yuan réévalué à sa vrai valeur, largement au delà de la fourchette de conversion fixéé par le gouvernement chinois.

Pour l'autre grand pays émergent du monde, l'Inde, dont la monnaie , la roupie fluctue librement, c'est cet élement de rééquilbrage qui commence à peser sur sa compétitivité.La roupîe a en effet gagné 8.5 pct par rapport au dollar mais aussi 5pct par rappoort à la livre et par rapport à l'Euro.Ce qui pèse sur les résultats de son industrie majeure, celle des technologies de l'information avec des profits en recul, ou encore ceux des firmes de médicaments génériques.Cette hausse de la roupie a cependant un effet bénéfique (comme elle l'a en France également sans que médias et pouvoirs publics veuillent bien nous le dire) en attenuant les hausses de matières premières.

Quant à l'inflation, elle devient en effet un soucis avec un taux qui commence à dépasser les 5pct.La Banque Centrale a d'ailleurs annoncé que la maintenir sous controle à 4/4.5pct pour les trois prochaines années devenait une priorité.

Bien sur, l'écart de cout est tel entre pays émergents et pays industrialisés que ce ne sont pas ces variations limités qui vont changer les grands équilibres. C'est néanmoins un signe que le rééquilibrage est en marche et que les différentiels pour certaines industries (l'informatique en particulier) se sont nettement amoindris.Je vous avais signalé d'ailleurs une relocalisation à l'envers d'un informaticien français il y a quelque temps pour cette raison.

Il ne nous reste plus qu'à avoir la patience d'attendre une cinquantaine d'année...