Dans un message du 2 aôut sur le "subprime", ces prèts immobiliers à risque qui existent aux Etats Unis, j'essayais de vous expliquer comment la déficience de certains emprunteurs sur un marché moyennement important dans le système bancaire et financier américain pouvait se communiquer au reste du monde. Les évènements de ces dernières semaines montrent malheureusement que la contamination se propage à toute vitesse à tous les autres secteurs des marchés financiers dans le monde entier, pays après pays et bourse après bourse.

Nous avons tendance à considérer l'argent comme une "denrée" très particulière, éthérée, gérée pas les états, et dont le commerce ne fonctionnerait pas suivant les mêmes règles que celles du négoce classique de tous les matériaux. Or l'argent est finalement une denrée comme une autre avec des producteurs, des distributeurs et un marché qui équilibre production et consommation, de la même manière qu'un autre liquide comme le pétrole.

Car une banque accumule d'un coté des dépots d'argent sur le divers produits financiers et services qu'elle propose à sa clientèle( Comptes courants,placement de tous types,intermédiation bancaire, etc) et reçoit d'un autre coté des paiements pour ses services, des revenus de la trésorerie dont elle dispose et qu'elle place, des intérets sur l'argent qu'elle nous prête  et des remboursements des prêts qu'elle a pu faire à ses clients particuliers ou industriels. Les entrées d'argent, comptes , dépots et placements doivent correspondre aux sorties, les sommes prétées.Si, du fait du développement des activités de prêt d'argent, la banque a besoin d'augmenter son stock roulant d'argent, elle s'approvisionnera auprès des autres banques et en dernier ressort des banques centrales, au taux que fixe et fait évoluer régulièrement cette banque centrale.Si les taux baissent, les banques souhaitent preter, un prêt fait aujourd'hui rapportant plus que celui fait demain. Par contre si les taux montent, comme depuis un an, le refinancement coutera beaucuop plus cher à la banque et le taux au client final augmentera de la même façon. Ce qui aura tendance, in fine, à ralentir l'économie.

Le dollar étant la monnaie de transaction du monde et sa réference, c'est la Banque Centrale américaine qui, sur le plan international, est le grand "producteur d'argent" du monde. Elle alimente donc, grace à la planche à billet, le système bancaire américain et international, régule l'economie américaine en faisant évoluer le taux du crédit et influence également les taux du crédit dans les autres pays du monde.

Que se passe t il en ce moment? Un certain nombre, limité, de défaillances d'emprunteurs immobiliers américains qui du fait de la hausse des taux du crédit et d'un certain marasme du marché immobilier, ne peuvent plus rembourser leurs mensualités de remboursement de prêts. La source de l'argent disponible à la banque- les liquidités- pour prêter à nouveaux a tendance à diminuer et le refinancement auprès des banques centrales coute de plus en plus cher. D'ou la Credit crunch, la restriction de crédit, qui peut affecter l'économie et l'augmentation du taux du crédit qui rend les possibilités de prêt pour faire un investissement ou racheter une autre société plus limitées et plus couteuses.

C'est ce qui explique la contagion de l'enrouement du marché du crédit aux hedges funds, les fonds spéculatifs, aux fonds d'investissements et les difficultés de monter certains LBO importants.

Autre effet pervers:la perte de confiance des investisseurs et trésoriers d'entreprise qui avaient placés leurs liquidités sur des fonds dit "monétaires dynamiques" et qui, prenant peur, veulent récupérer leur argent. Or pour vendre ces actifs "titrisés" dit ABS(Asset-backed securities), c'est à dire des prêts immobiliers subprime convertis sous forme d'obligation par les banques américaines émettrices de ces prêts qui les ont vendus à toutes les banques du monde,il faut être deux, c'est à dire que la dite banque les rachètent. Or au jour d'aujourd'hui, vous aurez de la chance si la banque émettrice vous en propose plus de 30pct de la valeur à laquelle elle vous les a vendu, si elle peut encore vous les racheter.Voila donc, du fait de cet effet pervers psychologique, des masses énormes d'argent bloquées.

La grande difficulté, dont le système financier, banques, assurances, sociétés de placement et organismes de contrôle est entièrement responsable, c'est qu'il semble quasi impossible de quantifier l'étendue du problème. Parlons nous de sommes relativement mineures, absorbables par le marché en quelques faillites et pas mal de mauvais résultats? Egalement parlons nous d'un nombre limité d'acteurs financiers sur de ce marché touchés,-comme les dirigeants politiques aimeraient à le croire-, ou d'un problème très lourd financièrement, répandu géographiquement et susceptible de contagion, touchant un nombre important de grandes banques dans le monde? Combien de temps faudra t il pour trouver les remèdes et calmer le marché? Nul ne sait.La faute aux autorités de controle de marché qui n'ont pas mis en place les instruments de suivi de ce marché à risque et aux Banques et Assurances elles même, qui, comme la BNP Paribas, sont parfois incapables de donner un montant d'exposition à ce risque.

A ce sujet, honte à la BNP Paribas, dont le manque de sérieux dans le jugement de son exposition au problème du subprime a provoqué la chute des Bourses européennes vendredi dernier et sérieusement affecté l'image de compétence  de toute une profession!

A suivre malheureusement.