La publication depuis 2003 par l'Université Jiao Tong de Shangai du classement des 500 meilleures universités  mondiales dans lequel les universités et organismes de recherches français se classaient fort modestement, voire n'apparaissaient même pas, a sérieusement secoué le landerneau ronronnant de la recherche et des universités françaises. Il est vrai que nos chercheurs dormaient sur leurs deux oreilles, financés qu'ils étaient sans avoir à rendre de comptes, dans une combinaison de copinage entre pairs et d'évaluation opaque des chercheurs, avec par contre l'inconvénient de moyens limités et de saupoudrage des  crédits.

Depuis, la réaction est à la contestation de la méthodologie utilisée pour établir ce classement, basée sur le nombre et la qualité des publications scientifiques effectuées par les équipes de recherches des dites universités, ce qu'on appelle la bibliométrie. Une telle méthode ne saurait s'appliquer aux universités et aux chercheurs français qui sont au dessus de ces comparaisons qui ne sont pas scientifiquement fondées, riposte la communauté de nos chercheurs! Nos mathématiciens, un  des domaines où l'école française est pourtant reconnue, jugent qu'il se connaissent tous et savent qui vaut quoi sans avoir besoin d'évaluation.Quant aux chercheurs du CNRS ils disent "Nous sommes nous, au CNRS, seuls à pouvoir nous évaluer" .

L'inconvénient, cest que le classement de Shangai existe, est reconnu par la communauté internationale, est publié tous les ans et sert donc, qu'on le veuille ou non, de Mercuriale internationale de la Recherche et des Universités.

Revenons tout d'abord sur  la méthodologie utilisée par l'Université de Shangai.Le but d'un chercheur c'est la publication du résultat de ses travaux dans un revue scientifique. Le nombre de publications par an est donc un premier indicateur de l'activité du chercheur mais pas de l'intérêt de cette publication. Pour cela on utilise le nombre de citations qui est le nombre de fois que telle ou telle publication sera citée dans des publications ultérieures d'autres chercheurs. Enfin troisième élément, la réputation du journal scientifique qui publie l'article, ce qu'on appelle le facteur d'impact. Les journaux scientifiques ont en effet des réputations de sérieux et d'excellence plus ou moins élevée qui se matérialisent par la plus ou moins grande sévérité de leur comité de lecture et de sélection des publications qui seront finalement publiées.Suivant le journal scientifique considéré le taux de rejet des articles présentés peut varier de 20 à 60 pct. Autre élement important, bien sur, le tirage de ces journaux.

Les choses se compliquent du fait qu'une publication est signée par un grand nombre de signataires, le signataire principal, en général le chef de labo, les chercheurs juniors qui ont fait le boulot et tous ceux qui ont participé  d'une manière ou d'une autre. Idem pour les laboratoires ou unités de recherche multiples  dont dépendent ces différents chercheurs et qui financent les différents programmes de recherches, seuls ou en coopération.

La méthodologie de Sanghai est essentiellement basé sur les citations d'articles, sur le nombre de publications et le nombre de prix obtenus par l'Université concerné. Il a tendance également à negliger les publications en français. Enfin il ne fait pas le tri entre auteurs principaux et auteurs secondaires. Pour la bonne raison que ce qui intéresse Shangai, c'est la performance globale d'un unité de recherche et d'enseignement,- qui sont liés dans le modèle anglosaxon-, et pas les performances individuelles des chercheurs

L'inconvénient de cette méthodologie c'est qu'elle est tournée vers la performance passée, les 10 dernieres années au minimum pour accumuler les citations ou les trente dernières années pour la prise en compte des prix Nobel et quelle a tendance à favoriser les grands ensembles de recherches et les gros budgets qui générent les bataillons de publications. Alors que nous, français, avec nos petites équipes et nos petits budgets, souhaiterions plutôt être jugés... à l'indice de performance. Comme au 24 hrs du Mans quand les voitures françaises qui y concourraient ne dépassaient pas les 1000cm3 de cylindrée!

Le gros inconvénient pour nous de cette méthodologie tournée vers les publications passées, c'est que les mauvais classements des Universités françaises ne vont pas changer brutalement mais résulteront d'un effort sur la durée,technique et financier, et d'une évolution vers des unités plus grosses, seules capables de disposer de l'éventail de moyens nécessaire en terme d'équipements et de disciplines scientifiques pour faire de la recherche efficace. Le contraire de notre politique de saupoudrage à l'échelle des départements ou des circonscriptions électorales.

La méthodologie globale n'est pas seulement utilisée par Shangai. elles l'est également par des organismes commes les Observatoires des Sciences et Technologies(OST) français ou britanniques ou par Université de Leyde qui publie un classement dit CWST des 100 meilleures universités européennes.Dans ce dernier classement, apparemment celui dont la méthodologie est la moins critiquée par nos chercheurs, il n'y a quand même que 7 Universités françaises dans les cent premières contre 25 universités allemandes, 18 anglaises, 10 scandinaves, 8 hollandaises et 8 italiennes.

Enfin de compte, et c'est l'important, Shangai ne fait que confirmer,avec un fort impact médiatique, ce que nous savions déjà , à savoir qu'effectivement notre recherche/enseignement est peu reconnue et peu productive. A partir de ce constat que, je crois, personne ne conteste, se pose la question du pourquoi et du comment progresser qui passe par une évaluation plus approfondie des performances des équipes et des chercheurs individuels, l'identification des équipes de pointes et la réorganisation globale de la recherche et de l'enseignement français.

A suivre dans un article suivant....