La presse française et les médias se félicitent de l'accord entre Gazprom et Total pour l'exploitation du plus grand gisement gazier au monde, celui  de Chtokman situé dans l'environnement très hostile de la mer de Barents, la mer qui borde la Russie au nord, entre Siberie et pôle Nord.Le pétrolier Français "a été choisi", nous dit on ou encore "une alliance statégique pour Total" et le PDG de Total lui même se félicite de "la valeur d'exemplarité de l'accord avec Gazprom".canalblog169

Ce n'est pas tout à fait ma lecture de cet accord.Tout d'abord, si Gazprom après avoir annoncé qu'il exploiterait seul le champ sans avoir recours aux pétroliers internationaux qui avaient déjà travaillés depuis longtemps sur le projet, Total, l'americain ConocoPhillips et le norvegien Statoil, c'est parce qu'il s'était apérçu qu'il n'avait pas les moyens financiers suffisants pour mener de front les divers projets couteux sur lesquels il est engagé et celui encore plus couteux de Chtokman, mais surtout parce qu'il ne possède pas la technologie nécessaire pour un projet d'une telle ampleur, en mer profonde et dans un environnement extrèmement hostile. Avoir choisi Total pour lui fournir ce savoir faire qui lui manque est en soi une reconnaissance internationale extraordinaire du niveau de technologie de notre pétrolier national.

Là où cela devient moins glorieux, c'est quand on entre dans le détail du montage financier et organisationnel des accords de coopération. Car enfin l'opération dans laquelle le pétrolier dégage de gros profits et se rémunère de ses énormes investissements et des risques pris, c'est dans la vente du pétrole ou du gaz qui sort des gisements exploités.Or il semble que ce soit Gazprom qui reste propriétaires des licences d'exploitation et que ce soit lui qui commercialise le gaz produit. Il n'est pas dit explicitement qui reste le propriétaire du gaz produit mais il semble bien que ce soit Gazprom.

Que fait donc Total dans tout cela? Il participe aux énormes investissements (15 milliards d'euros dans un premier temps) et aux risques par le biais de la société d'exploitation qui sera la propriétaire des installations et dont il detiendra 25pct face à Gazprom ou Gazprom+Statoil, Gazprom demeurant en tous les cas majoritaire. Et il met à la disposition de Gazprom sa technologie à un prix qui n'est pas précisé. Quant à la rémunération de la société de production,appelons là Gazprod pour simplifier, elle dependra d'une négociation avec la société propriétaire du gaz et chargée de la commercialisation, Gazprom. Comme celui çi est actionnaire majoritaire  de Gazprod, la marge de manoeuvre pour obtenir un partage des profits équitable sera très mince.

Au total, il me semble que Total aura vendu sa technologie et son savoir faire...pour un plat de lentilles.Je suis bien conscient que face à la volonté de reprise de controle de leurs gisements nationaux maniféstés par les Poutine ou Chavez de par le monde, les accords anciens de partage de production ont sans doute vécus. Qualifier ce nouvel accord d'exemplaire est peut être par contre un peu osé.

Attendons pour avoir les détails de l'accord et en particulier connaitre le propriétaire du gaz  et de voir ce qu'en penseront les analystes financiers...