Les taux de changes entre les différentes monnaies dans le monde dépendent certes en principe de la santé économique du pays dont c'est la monnaie en titre, mais de plus en plus d'un effet de marché cest à dire de la demande et de l'offre pour telle ou telle devise.

Le fait que le dollar reste fort alors que les déficits américains sont abyssaux provient ainsi du role de devise véhiculaire du commerce mondial dont il bénéficie.Le fait que l'euro se soit apprécié par rapport au dollar ces derniers temps ne provient pas tellement des performances économiques de la zone Euro mais plutôt d'un début de défiance envers le dollar et donc d'une demande plus forte en euros sur le marché des devises.

Autre élement qui impacte la demande en telle ou telle monnaie, le taux d'intéret des banques centrales qui gèrent telle ou telle monnaie, qui fait qu'un placement dans telle ou telle monnaie est plus avantageux que dans telle autre. A ce titre la hausse des taux d'intérets en Euros est un raison additionnelle de la demande d'euros actuelle.Une matérialisation de cet impact nous est donné par la faiblesse actuelle du Yen japonais dont le taux d'intéret a été maintenu par la Banque du Japon à....0.25pct seulement!

Enfin contrairement à ce que racontent nos hommes politiques, la hausse des taux d'intérets et la force de l'euro n'ont pas que des effets négatifs. S'ils gènent nos entreprises à l'export, il les avantagent dans les couts de l'énergie qu'ils utilisent, ils contribuent à diminuer l'inflation et donc la pression sur les salaires qui en résulte et ils rendent leur investissement à l'étranger bien moins couteux. La balance globale de ces différents facteurs n'est donc pas à tout coup négative comme les plaintes des uns et des autres pourraient le faire croire. A court terme néanmoins, la faiblesse du Dollar et la forçe corrélative de l'Euro tend à rendre les produits américains plus compétitifs et les produits de la zone euro moins.Notons cependant que l'Allemagne semble s'en accommoder très bien

Un élément perturbateur majeur risque de s'introduire à court terme dans ce jeu de balance ce qui justifie le titre de cet article. C'est la décision annoncée de la Chine de mieux gérer leurs reserves de change en les diversifiant. Or comme j'avais eu l'occasion de le mentionner dans un article précédent, la Chine, par l'importance considérable de ses reserves(1000 Milliards de Dollars qui vont encore augmenter de 300 en 2007 !!!) est la maitresse du jeu mais aussi celle qui peut en souffrir le plus. Supposons par exemple que la Chine décide brutalement de convertir 300 de ses 1000 milliards de placements en dollars à des placements en l'euro. La valeur du dollar sur le marché s'écroulerait probablement ce qui aurait pour effet de déprécier considérablement la valeur des 700 milliards de dollars de réserves restant.Vous comprenez que dans ces conditions, le Chine ne pourra faire une telle modification de sa politique de change qu'avec d'infinies précautions.

D'une certaine manière la Chine tient l'Amérique mais l'Amérique tient aussi le Chine. A ce jeu du "je te tiens , tu me tiens par la barbichette", les deux pays sont forcés de s'entendre. Les moyens d'actions peuvent être de différentes natures. Un pourcentage de reserves de change chinoises rebalanceés vers l'euro tout d'abord et peut être la livre. Mais surtout l'utilisation de ces réserves pour acheter des actifs aux Etats Unis ou ailleurs dans le monde en créant un fond d'investissement qui sera de ce fait doté de moyens considérables. Enfin, il est toujours possible de faire ou d'accentuer ce que la Chine a toujours voulu faire avec parcimonie, c'est à dire laisser le Yuan se réévaluer à sa vrai valeur. C'est d'ailleurs vraisemblablement LA vrai solution...mais la aussi une réévaluation trop forte du yuan affecterait la croissance économique de la Chine

Autre élément perturbateur sur ce marché des changes, la décision pour des raisons politiques ou tout simplement par bonne gestion, de l'Iran et de certains pays pétroliers, eux aussi de rebalancer leurs placements au détriment du dollar.

Il est donc vraisemblable que nous allons vivre une année agitée dans le domaine des taux de changes cette année.